Émilie de Villeneuve : le charisme d’une sainte sociale

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Portrait d'Émilie de Villeneuve réalisé par le peintre Charles Valette (1813 Castres - 1888 Castres)

Dimanche matin, le 17 mai, le pape François canonisera la bienheureuse Émilie de Villeneuve. Des centaines de pèlerins sont en marche vers Rome pour assister à cet événement. La délégation diocésaine est conduite par Monseigneur Jean Legrez, archevêque d’Albi, Castres et Lavaur. La Semaine de Castres y sera.

Quand le portrait de Jeanne-Émilie de Villeneuve sera déployé sur la façade de la basilique Saint-Pierre, à Rome dimanche prochain, le pape François aura préalablement étendu le culte de la religieuse tarnaise à l’ensemble de l’église catholique. Inscrite au calendrier des saints, elle sera célébrée le 3 octobre, date choisie pour honorer la religieuse depuis sa béatification à Castres, en juillet 2009. On peut considérer que le processus qui a permis à la fondatrice des sœurs bleues d’accéder à la sainteté a démarré dès les prémices de sa vocation religieuse, au château familial d’Hauterive (entre Castres et Labruguière), où une partie de sa famille vit encore.

 

Une vie donnée aux autres

Jeanne-Émilie de Villeneuve est née à Toulouse le 9 mars 1811. Dès son plus jeune âge, elle vit au château d’Hauterive où sa mère malade s’est retirée pour se soigner. Après le décès de cette dernière, la jeune femme séjourne quelque temps à Toulouse où sa grand-mère prend en charge son éducation et celle de ses sœurs. Puis à 19 ans, elle revient à Hauterive pour soutenir son père (alors maire de Castres) dans la gestion de la vie familiale. Son éducation, très moderne pour l’époque, l’ouvre sur de multiples questions au milieu desquelles se trouvent les problématiques sociales de son temps. Ressentant le besoin de s’engager, elle envisage de rejoindre les Filles de la Charité. Mais, c’est le 8 décembre 1836, durant le délai de réflexion imposé par son père, qu’elle crée la Congrégation de Notre Dame de l’Immaculée Conception en collaboration avec deux compagnes, et avec l’assentiment de son évêque. Dans l’anonymat d’une maison de Castres, les sœurs servent les plus démunis : jeunes ouvrières, malades, prostituées et prisonniers. Émilie est aux avant-postes de ce que le pape François appelle aujourd’hui « les périphéries », ces nouvelles terres de mission qu’il ne cesse d’indiquer comme lieux où la charité doit s’exercer de manière privilégiée. La communauté religieuse est rapidement connue sous le nom de « sœurs bleues » en raison de la couleur de l’habit porté par les religieuses.

En 1847, Émilie mûrit le projet d’envoyer des sœurs au Sénégal. En 1848, après un court séjour à Gorée, lieu de départ des esclaves vers l’Amérique, une première communauté de quatre religieuses s’installe à Dakar. Dès 1849, la mission s’étend en Gambie puis au Gabon. Un seul souci anime les missionnaires qui œuvre selon l’indication donnée par Émilie : « Aller là où la voix du pauvre nous appelle ». Émilie proclame aussi : « Le meilleur moyen pour répondre à la grâce de leur vocation est de n’envisager en tout que les intérêts de Dieu seul, sa gloire et le continuel accroissement de son règne dans les cœurs ». Pour elle, il n’y a pas de doute, Dieu est amour, et c’est pour cet amour qu’elle va se consumer.

En 1853 la fondatrice démissionne de sa charge de supérieure générale pour être remplacée par sœur Hélène Delmas. Mais en 1854, l’épidémie de choléra ayant atteint Castres, Jeanne-Émilie de Villeneuve décède le 2 octobre à l’âge de 43 ans. Le choléra sévissait dans la région et on comptait un grand nombre de morts. La supérieure s’était rendue en pèlerinage à Sainte Germaine de Pibrac, près de Toulouse. Dans sa prière elle avait demandé à Sainte Germaine d’intercéder pour que cesse le mal qui ravageait son pays, allant jusqu’à s’offrir en victime dans son intention. Pour ses compagnes il ne fit pas de doute que son sacrifice fût agréé par Dieu : le mal ayant régressé, on ne nota plus de décès à cause du choléra après celui d’Émilie. Ce fût peut-être son premier miracle.

 

L’intercession d’Émilie et les miracles

Le miracle qui permit la béatification d’Émilie vit la guérison inexpliquée de Binta Diaby, une jeune africaine musulmane, hospitalisée à Barcelone en 1995 pour une péritonité aigüe. La guérison, inexpliquée, est survenue après la visite des sœurs bleues d’une communauté voisine, et après la neuvaine qu’elles ont entreprise. Le miracle suivant, concerne la petite Emilly, brésilienne d’à peine 9 mois, qui s’est électrocutée en jouant avec le fil d’un ventilateur, en mai 2008. Donnée pour morte, elle a été réanimée mais sans grand espoir, le médecin ayant dit à sa famille : « Si Emilly sort d’ici en vie, elle ne va plus ni voir, ni entendre, ni parler et encore moins, marcher ». La petite fille est sortie de l´hôpital le 20 mai ne voyant plus, ne parlant plus et pleurant sans cesse la tête tournée en arrière.

Le 21 mai les sœurs commencèrent une neuvaine en invoquant Emilie de Villeneuve. Le 30 mai 2008, à 18 heures, l’état clinique de la fillette a totalement changé. Aujourd’hui c’est une fillette joyeuse et communicative qui se rendra à Rome avec sa famille pour assister à la canonisation. Le 25 septembre 2014 le Congrès des consulteurs théologiens, a considéré la guérison de l’enfant comme un miracle obtenu par l’intercession de la Bienheureuse Jeanne-Emilie de Villeneuve. Le Pape François a autorisé la Congrégation pour la Cause des Saints à promulguer le décret reconnaissant ce miracle le 6 décembre 2014, ouvrant ainsi la voie à la canonisation de la religieuse castraise.

 

L’option privilégiée pour les pauvres et la sainteté

D’une façon générale, si les sœurs bleues servent « Dieu seul », selon la devise de leur fondatrice, c’est dans la rencontre avec les pauvres qu’elles sont à son service. Elles sont donc envoyées dans les lieux de pauvreté : en mission de proximité avec les gens des quartiers où elles vivent ; dans la vie associative et paroissiale ; dans divers milieux professionnels, en particulier auprès des personnes en situation de fragilité ; auprès des prisonniers, des enfants des rues, des femmes prostituées ou violentées ; dans la promotion de la femme et la pastorale des enfants. La congrégation a fait le choix de ce que l’église catholique appelle « l’option privilégiée pour les pauvres », tout en participant à la vie des églises locales dans les 124 communautés où se trouvent les 600 membres de la congrégation. Ces communautés sont réparties dans 18 pays sur quatre continents.

Jeanne-Émilie de Villeneuve a enraciné son action dans l’idée de « voir Dieu en toutes choses et toutes choses en Dieu ». Aux religieuses de sa congrégation, et plus largement à tous les catholiques, elle propose de se laisser façonner par Jésus Sauveur ayant toujours la Vierge Marie pour référence : « Plus elles aimeront Marie, plus leur amour pour Jésus deviendra pur et généreux ». C’est cette imitation du don total, prôné par le Nazaréen, qui a ouvert la porte de la sainteté à Jeanne-Émilie de Villeneuve.

Richard Amalvy

 

Programme des cérémonies à Rome
– Samedi 16 mai 2015 à 19 heures, veillée de prière à Saint-Louis des Français.
– Dimanche 17 mai à 10 heures, messe de canonisation sur la place Saint-Pierre. La cérémonie de canonisation sera retransmise en direct du KTO TV.
– Dimanche 17 mai à partir de 16 heures, les pèlerins seront accueillis à la maison généralice (le Romitello).
– Lundi 18 mai, à 9 heures, messe d’action de grâce à la basilique Saint-Pierre.

Programme des cérémonies à Castres
– Samedi 16 mai à 20 h 30, veillée de prière à Notre-Dame-de-la-Platé.
– Dimanche 17 mai, retransmission de la messe de canonisation à Notre-Dame-de-la-Platé.
– Dimanche 17 mai à partir de 15heures, visite de la Maison mère et rencontre avec les sœurs bleues, suivie par les vêpres solennelles à 17 heures jusqu’au tombeau d’Émilie de Villeneuve.
– Dimanche 24 mai, messe d’action de grâces et procession jusqu’à Notre-Dame-de-la-Platé pour l’Angélus.
– Dimanche 19 juillet à 10h30, messe au château d’Hauterive, angélus à l’église, puis verre de l’amitié.

 

CHAMBRE EMILIE VILLENEUVE

En décembre 1836, Emilie de Villeneuve crée la Congrégation
de Notre Dame de l’Immaculée (Sur la photo, sa chambre)