Macron : La stratégie du renversement

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Que l’on ne s’y trompe pas : Emmanuel Macron n’a pas nommé des ministres d’ouverture comme ce fut le cas avec Mitterrand, Chirac et Sarkozy. Il poursuit une stratégie de renversement qui consiste à faire tomber des murs plus qu’à ouvrir des portes. Explications.

Le renversement des partis

Cette stratégie de renversement repose sur le constat initial que la ligne de fracture verticale séparant la Gauche de la Droite est dépassée, et qu’il faut la faire basculer en une nouvelle ligne, horizontale, séparant les progressistes des conservateurs, indifféremment issus de la Gauche, de la Droite et du Centre.

Le résultat du 23 avril procède d’un premier mouvement dynamitant la Gauche pour obtenir, comme De Gaulle en 1958 avec le parti communiste, une gauche d’opposition représentée par la France insoumise de Mélenchon, laissant un PS résiduel qui n’a plus le moyen de gouverner. Le deuxième mouvement, après le 7 mai, vise à amputer la droite républicaine de sa partie la plus modérée pour la transplanter dans le nouveau corps politique que serait la majorité présidentielle sortant du scrutin législatif du 18 juin prochain. La bouture Édouard Philippe, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin est destinée à cela. Mais d’autres figures de droite se cachent dans la liste du gouvernement nommé mercredi, comme Jean-Michel Blanquer (Éducation) et Muriel Pénicaud (Travail). Ces personnalités, qualifiées de « membres de la société civile », contribuent, elles, à opérer le renversement idéologique voulu par le Président Macron.

Le renversement idéologique

Le renversement des partis précipite le renversement idéologique. S’il n’y a plus ni Gauche ni Droite, que reste-t-il en termes d’idées ?

Tout d’abord, un corps de doctrine progressiste que peuvent partager les socio-démocrates, les socio-libéraux et les gaullistes-sociaux, tous adeptes d’un libéralisme tempéré, euro-optimistes, capables de détecter et d’accompagner les mutations culturelles et sociétales.

Ensuite, une radicalisation souverainiste et populiste qui se scinde en deux pans : nationalistes (Front national) et internationaliste (France insoumise).

Enfin, un pôle libéral conservateur qui partage avec les progressistes le goût de l’entreprise mais qui s’oppose comme réactionnaires aux changements sociétaux.  C’est ici que s’ancreraient Les Républicains, ces derniers devant faire comprendre à leurs électeurs ce qui les sépare en tout d’un extrême qui se dit de Droite.

La clarification idéologique imposée par Emmanuel Macron repose aussi sur des comportements institutionnels correspondant aux aspirations des Français. C’est le troisième cran du renversement.

Le renversement institutionnel

Le renversement institutionnel est comportemental. Il s’appuie sur le constat que les Français ne veulent plus que la politique soit pratiquée « comme avant ». D’où : l’intérêt général avant celui des partis ; le recrutement ouvert à tous et en ligne des candidats aux législatives investis par « En marche » selon cinq critères stricts ; le passage au crible des patrimoines et de la situation fiscale des futurs ministres ; l’annonce que la politique intérieure ne sera jamais commentée à l’étranger ; la restriction des informations données en off aux journalistes. Finis les excès.

Mais tous ces renversements ont besoin d’une incarnation, celle du « double corps » du monarque républicain, à la fois humain et souverain. Ce renversement d’image s’est exprimé durant toute la journée de l’investiture, l’enfant prodige se transformant en Président de la République, devenant chef des Armées dans un command car lors de la montée vers l’Arc de Triomphe, puis chef de l’État à Berlin, indiquant aux côtés de la chancelière ce que serait la nouvelle feuille de route internationale de la France.

Tout ceci est donc renversant.

Richard Amalvy