Devaquet, si tu avais su…

Manifestations contre le projet de loi de Devaquet fin novembre 1986 rue des Docteurs Sicard à Castres

Alain Devaquet est mort, le 19 janvier dernier. Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du gouvernement dirigé par Jacques Chirac en 1986, il a affronté l’hostilité d’une jeunesse manipulée par les arrières boutiques du PS. Richard Amalvy se souvient de la difficulté de contester les contestataires d’alors.

Ancien professeur de Chimie à l’École Polytechnique, Alain Devaquet devint Ministre délégué à la Recherche et à l’Enseignement supérieur du premier gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac, en 1986. Son nom reste malheureusement attaché au projet de réforme des universités qui était inscrit dans le programme de gouvernement d’inspiration libérale, porté par l’UDF et le RPR.

Début avril 86 dans son discours de politique générale, le Premier ministre avait fixé le cap : « Dans l’enseignement supérieur, le principe d’autonomie doit être définitivement concrétisé tant à l’entrée — au moment de la sélection des étudiants — qu’à la sortie — au moment de la délivrance des diplômes ».

Cette vision fut mal accueillie par ceux qui craignaient le développement de la sélection, l’augmentation des frais d’inscription, la fin des diplômes nationaux, et une « université à deux vitesses ». Transformés en slogan, ces arguments déclenchèrent une vaste contestation, dirigée par les syndicats de lycéens et d’étudiants, en réalité par les arrières boutiques du Parti socialiste. Dans les rues, on entendit hurler des milliers de manifestants : « Devaquet, si tu savais ta réforme où on s’la met ». En quelques semaines, la Gauche rejetée par les Français au printemps, tenta de se refaire une santé avec les encouragements du Président Mitterrand, devenu Tonton.

Période « bénie » pour l’UNEF-ID, syndicat étudiant de la Gauche non communiste, on assista à l’émergence de jeunes leaders (déjà ancien trotskistes) comme Jean-Christophe Cambadélis, David Assouline, Isabelle Thomas, Julien Dray et Harlem Désir. Ces deux derniers et leurs « potes », chargés par ailleurs de contester le projet de réforme de la Nationalité prévu par le gouvernement, instrumentalisèrent, début décembre, le décès malheureux d’un jeune manifestant franco-algérien, Malik Oussekine, avec le soutien du mouvement qu’ils avaient créé en 1984 : SOS Racisme. La grande manipulation se mit en place entre cortèges bruyants dans tout le pays et concerts de masse à Paris, où tous les tonton-maniaques furent conviés à déverser leurs bons sentiments.

Le régime dialectique gauchiste dans lequel nous sommes toujours plongés s’enclencha : si nous n’étions pas « potes » c’est que nous étions fachos. À Castres comme à Toulouse, il ne faisait pas bon contre-manifester, ce qui était notre job, avec quelques copains Jeunes RPR, de l’UNI et du CELF (les mouvements étudiants de Droite et libéraux). L’histoire de SOS Racisme nous apprendra plus tard que ce mouvement servit de pompe à fric pour instrumentaliser politiquement l’antiracisme et faire monter le Front national contre la Droite républicaine.

Début décembre, le Ministre de l’Éducation nationale, René Monory, décida de reprendre en main le dossier de réforme des universités et proposa de supprimer plusieurs dispositions contestées par les manifestants, ce qui affaiblit son ministre délégué, Alain Devaquet. Ce dernier présenta sa démission le 6, et Jacques Chirac retira le projet le 8 décembre. Il fallut attendre l’arrivée de Valérie Pécresse au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, en 2007 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, pour que le projet d’autonomie des universités se réalise enfin. Reconnu comme un homme sensible, sincère et ouvert au dialogue, Alain Devaquet avait déclaré à l’Express, juste avant sa démission : « Je suis fils et petit-fils de boulanger, et si je n’avais pas obtenu de bourses, je serais encore dans la boulange ». Réflexion que Louis Pauwels, patron du Figaro Magazine, traduisit ainsi : « À ne pas sélectionner sur résultats à l’entrée de l’université on ne fait que transférer cette sélection sur les relations familiales à la sortie de celle-ci, opération où ne trouvent leur compte ni le bien du pays, ni la justice sociale ».

Richard Amalvy

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Alain Devaquet, L’amibe et l’étudiant, Odile Jacob, 1988.

Né le 4 octobre 1942 à Raon-l’Etape (Vosges), Alain Devaquet, universitaire entré au RPR dès 1977, avait également été député de Paris (1978-1981 et 1988-1997) et maire du XIe arrondissement de la capitale (1983-1995).