Jacques Limouzy réconcilie la laïcité avec ses origines

Jacques Limouzy s’intéresse au destin d’Émile Combes, l’ancien président du Conseil naît à Roquecourbe qui fut éduqué au petit séminaire de Castres. Dans une conférence magistrale donnée mardi dernier, il est remonté aux sources de la laïcité dans le diocèse d’Albi.

Mardi dernier, les membres de la Société Culturelle du Pays Castrais, et de nombreux castrais se sont retrouvés dans l’auditorium archicomble de la Médiathèque de Castres pour écouter Jacques Limouzy qui donnait une conférence sur le thèmes : « Castres, l’État, l’Église et la séparation ». Accueilli par Aimé Balssa, président de la société savante de Castres, l’ancien maire qui a le goût de l’histoire, s’est transformé en conteur pour partager l’inépuisable matière dont sa mémoire regorge sur un sujet inattendu : il a emporté ses auditeurs dans une vaste fresque où il était question du diocèse d’Albi, de l’Église et de la papauté, de l’histoire de France et des guerres de religion. Parlant sans notes pendant une heure quinze, de l’avis d’Aimé Balssa « l’orateur a réalisé une vraie performance pour passionner le public présent ».

Remontant aux origines des rapports entre l’État français (royal, impérial ou républicain), et la papauté, Jacques Limouzy a finalement retracé les conditions difficiles de la mise en place de la Loi de 1905 qui devait consacrer, au début du XXème siècle, la séparation des églises et de l’État. À l’origine de ce texte, Émile Combes, natif de Roquecourbe, ancien élève et professeur au petit séminaire de Castres.

Tout en croisant les parcours de deux personnalités antagonistes nés la même année (1835), Émile Combes et le pape italien Pie X, le conférencier a emporté son audience dans des allers retours vertigineux entre Paris, Rome, Castres et Albi, pour dévoiler le rôle éminent joué localement, par l’archevêque de l’époque, Monseigneur Mignot, et par son vicaire général, l’abbé Louis Birot, impliqués aussi dans le débat sur le Modernisme qui agitait l’église catholique d’alors.

Cette conférence s’appuie sur un long travail de recherche que Jacques Limouzy a rassemblé dans un manuscrit qui se transformera très bientôt en livre. Il y situe l’action et la pensée d’Emile Combes sur les lieux de son enfance et de sa formation première, le séminaire de Castres. Pour lui, Émile Combes encore clerc séparait déjà la religion et la philosophie dans une thèse qu’il offrit à l’Académie de Castres, « ville où les affrontements de la foi et du doute perduraient depuis près de mille ans ».

En effet, séduite par l’hérésie albigeoise objet d’une croisade, ayant eu César Borgia pour évêque au XVème siècle, Castres fut appelée à recevoir la Réforme d’abord sanglante puis apaisée par Henri IV, et disposa d’une Chambre de l’Edit de Nantes. Jacques Limouzy raconte que la ville, atteinte ensuite par la Révocation, semblait après tant de contradictions « attendre qu’un de ses fils lui propose un nouveau schisme ». Il le résume ainsi : « Entre la formation et l’action, il y eut la recherche, celle d’un docteur en théologie qui découvre le schisme universel à greffer sur toutes les religions : la laïcité ». Ce qui lui fait préciser que « l’on peut dès lors comprendre pourquoi la laïcité est une construction spirituelle chez l’ancien président du Conseil quand pour Aristide Briand, elle est une remise en ordre nécessaire du Droit public».

Mardi soir, il était finalement question d’Émile Combes et de son pays natal qui, selon la vision de Jacques Limouzy, a été « marqué depuis mille ans par l’histoire de Dieu sur la terre, et par toutes les aventures d’une foi scrupuleuse, contestée, ou contradictoire ». Faisant un parallèle très juste avec Jean Jaurès, autre ilustre castrais, il en a profité pour suggérer que le prochain collège de Castres prenne le nom d’Émile Combes. Ce serait une belle manière de réconcilier la laïcité avec ses origines.

Richard Amalvy