1914-1918 : ceux qui disparaissent, ceux qui restent et ceux qui reviendront

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La guerre n’intervint pas dans un monde apaisé. La guerre des boers, la guerre russo-japonaise, les guerres balkaniques, firent que la paix totale restait un répit et que le sang des hommes avait toujours coulé quelque part. En août 1914, on allait être servi !

Le caporal Peugeot aurait été la première victime française et le fils du Président Deschanel le premier officier. Citons parmi d’autres, un inconnu de 18 ans que sa jeune maîtresse de 16 ans avait surnommé « Ciel » ; elle jura de ne jamais se marier, ni veuve de guerre, ni mère de soldat, c’était alors elle aussi une inconnue Léonie Batiat, elle deviendra Arletty.

Le 24 août, le petit-fils d’Ernest Renan, auteur du « Voyage du centurion », Ernest Psichari, lieutenant d’infanterie disparaît.

Le 5 septembre, la veille du début de la bataille de la Marne, le lieutenant Charles Péguy du 270ème RI est tué d’une balle en plein front.

Le 22 septembre va disparaître « Le Grand Meaulnes » c’est-à-dire Alain Fournier, lieutenant au 288 Régiment d’infanterie, on retrouva son corps en 1991

Les lettres françaises continueront d’être frappées, jusqu’au bout : Guillaume Apollinaire convalescent d’une trépanation mourut de la grippe espagnole le 10 novembre 1918.

Les plus illustres ne sont pas épargnés ; Foch perd son seul fils dès le début, Franchet d’Espérey à la fin, Paul Doumer perd quatre fils, avant d’être plus tard assassiné.

Beaucoup de ceux qui échappent à la mort feront parler d’eux ; un officier de cavalerie, Jean de Lattre, est grièvement blessé d’un coup de lance au moment où ce moyen de combat multiséculaire va disparaître.

Certains se combattent et se connaîtront plus tard ; il en est ainsi de Rommel et de Montgomery.

Ernst Jünger qui fréquenta très jeune la Légion étrangère écrira à l’issue de 1918 « Orages d’acier » avant de revenir en 1940 occuper Paris.

Le futur Amiral Darlan est à terre, il commande un groupe de canonniers de la Marne.

Joseph Darnand est un héros incontesté, il va tourner mal au cours de la Seconde guerre mondiale.

Le capitaine de Gaulle est blessé ; prisonnier il s’évade, il est repris, incarcéré à Passau et à Magdeburg puis à Ingolstadt avec Catroux, Rémi-Roure et un lieutenant de l’Armée impériale russe Toukhatchevski qui allait devenir chef d’Etat-major de l’Armée Rouge et Maréchal de l’Union Soviétique. Venu en Angleterre à l’occasion des obsèques de George V, il s’arrêtera à Paris et dînera avec le commandant de Gaulle qu’il considérait comme le plus brillant écrivain militaire de sa génération.

Le Maréchal Russe appartenant à une dynastie militaire qui remontait à Koutousov, fut surnommé par certains le « Bonaparte Rouge » ; il allait être exécuté par Staline avec des centaines d’officiers qui manqueront à l’armée soviétique en 1941.

Au cours de la guerre, les tranchées sont visitées, on y reçoit Edouard le prince de Galles, et son frère Georges qui seront rois l’un après l’autre.

On voit passer près des hôpitaux de campagne les petites curies qui sont 21 voitures radiologiques équipées par Marie Curie.

A l’arrière, les femmes remplacent les hommes, Paris est redevenu un lieu de distraction pour les permissionnaires, les correspondants étrangers, pour tous enfin, si bien que les tranchées s’interrogent « Pourvu qu’ils tiennent ». Qui ? Les civils !

Dès la fin de 1917, les américains arrivent, cent-vingt mille seront tués, mais on reverra les autres.

Le colonel Mac Arthur va devenir Général de brigade, Patton est là. Il y a même le futur président Harry Truman, chef d’escadron d’artillerie.

Avant même que le commandement soit unique entre les mains de Foch, la Direction de la guerre était acquise à Clemenceau ; son constant adversaire politique le Président de la République Raymond Poincaré l’avait appelé à la tête du Gouvernement qui ne montrait jusque-là, ni la cohésion ni la fermeté nécessaire dans la conduite d’une guerre devenue mondiale et dont la France restait l’acteur principal.

Georges Clemenceau allait connaître les heures les plus exaltantes de sa vie, colorées par la victoire, et bien vite suivies par l’ingratitude notoire du Parlement.

C’est son plus grand adversaire, celui qui depuis Panama l’avait poursuivi d’une plume vigilante, Maurice Barrès, qui rendit les armes à cet homme de fer qui ne faisait rien à moitié, ni le mal, ni le bien, qui soulevé par la part divine qu’il y a dans les riches et puissantes individualités apparaitra à tous comme l’incarnation de l’invincible espérance ; il fut la pierre angulaire de la résistance française. (Barrès)

Le risque passé, l’ingratitude redevint la marque d’un peuple fort a-t-on dit quelque part. Il en fut ainsi aux élections présidentielles suivantes ; le Parlement ne voulut pas de Clemenceau, il craignait un maître, ce qui parut normal puisqu’il était souverain.

Ne surtout pas choisir le plus digne continuerait d’être la règle et conduirait un jour, entre autres raisons, la République à sa perte.

Jacques Limouzy

 

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