Déconfinement

Voilà plus de six semaines que la France est à l’arrêt, depuis qu’Emmanuel Macron a annoncé le confinement et la limitation de l’activité économique sur le territoire. Ce mardi, devant une Assemblée nationale clairsemée en raison des règles sanitaires face au Covid-19, Edouard Philippe a présenté le dispositif de levée du confinement : « Jamais le pays n’avait été confiné comme il l’est aujourd’hui. De toute évidence, il ne peut l’être durablement. Le confinement pourrait entraîner des effets délétères ». Emmanuel Macron avait déjà péremptoirement annoncé la date du 11 mai. D’où trois constats : médical : « nous allons devoir vivre avec le virus », politique : le risque d’une seconde vague impose la prudence, géographique : la circulation du virus est hétérogène, ce dernier point expliquant la mise en place d’une différenciation territoriale dès le 7 mai au niveau des départements : rouges (circulation élevée du virus) ou verts (circulation faible), avec le maintien ou non de certaines restrictions.

Peu avare des métaphores guerrières, Emmanuel Macron, se prenant pour Clémenceau dans les tranchées ou le général de Gaulle à la Libération, faisait appel à « l’Union nationale », qui s’était jadis montrée nécessaire en ces temps difficiles. Il est vrai que cela urgeait : mardi nous étions à -13 pour le déconfinement. La présentation d’Edouard Philippe allait être suivie d’un vote. L’ensemble des partis d’opposition sollicitait un répit d’une journée pour leur laisser le temps d’étudier le discours sur lequel ils allaient devoir exprimer leurs suffrages. Pas question d’attendre plus, pour faire bon poids et ne pas perdre de temps, leur fut-il répondu. Parler d’union nationale sur ces bases tournait court et les amena à dire « Non au mépris ». Prendre l’Assemblée nationale pour une simple chambre d’enregistrement et présenter un plan à 15 heures aux parlementaires  et leur demander de le voter à 18 heures sans pouvoir formuler aucune proposition est un simulacre de démocratie, le Premier ministre évoquant des discussions « de café du commerce » !

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas Jean-Luc Mélenchon, il faut lui reconnaître ses qualités de tribun et les fervents d’éloquence ne purent qu’apprécier sa brillante intervention. Le Président le priant de conclure, il lui précisa : « J’achève ». Ce à quoi Richard Ferrand, avec l’élégance qui sied à ce goujat naucellois, lui répartit : « C’est vous qui nous achevez » ! Par ailleurs, quelle put être l’idée des « Marcheurs » en inscrivant juste après lui dans les débats, comme pour un concours d’éloquence, leur Président de groupe, le caporal de la 7ème Compagnie Le Gendre, dont le verbe ne pouvait que souffrir d’une comparaison frisant l’humiliation !

Au moment du vote, sans surprise, 368 députés (sur 571 votants) ont soutenu le plan du gouvernement, 100 ont préféré voter contre et 103 se sont abstenus. Les partis d’opposition n’ont pas voté le plan de déconfinement parce qu’il n’a pas été soumis à un examen préalable, comme exposé plus haut. D’un autre côté, le gouvernement, confiant en la majorité que lui assurent ses députés Playmobil LaREM, peut les prier de voter ses propositions sans prendre le temps de réfléchir…

Cette situation ne peut qu’ajouter à la pagaille née d’une défiance à l’égard d’Emmanuel Macron et du gouvernement qui ne semblent pas à la hauteur de la situation. En cause, leurs tergiversations, leurs contradictions et ce qu’il faut bien appeler leurs mensonges. Qui croire ? Tout et son contraire. Les masques étaient inutiles il y a peu (car il n’y en avait pas), bientôt obligatoires ! Cette gestion des masques restera comme le symbole d’une contre-vérité et d’une mauvaise gestion. Et les chiffres ? L’on sait qu’il suffit de leur tordre le bras, ils avoueront tout ce que vous voulez. Il y a une semaine, Emmanuel Macron a fait savoir qu’il n’y aurait pas de déconfinement par région. Cette semaine, Edouard Philippe nous annonce la déclinaison du processus par zone géographique.

Les conférences du grand vizir de la Santé, à l’allure macabre, nous débitent tous les soirs, à l’heure du dîner, la longue litanie des morts quotidiens et des hospitalisations. C’est anxiogène. Et, pour les prévisions, quand on a constaté leur sens de l’anticipation, adressez-vous plutôt à madame Irma et à sa boule de cristal…Le gouvernement tâtonne, ajuste, pour bien traiter le compromis entre deux menaces : la reprise de l’épidémie et l’écroulement économique. Cela demanderait de l’intelligence, du flair, du doigté, de l’humilité. Entre le rétropédalage constant des autorités et les commentateurs donneurs de leçons qui savent tout devant les caméras de la télévision, sait-on encore peser pour ce qui est juste et bon ? Les médias jouent le rôle qui leur a été attribué, notamment sur les chaînes d’information en continu. Mitterrand le roublard disait qu’il faut plus d’informations, car l’excès d’informations tue l’information, facilite la désinformation et accentue l’ignorance du peuple.

Pierre Nespoulous