Elections : une chose après l’autre

On connaît la fâcheuse habitude des Français d’ouvrir les campagnes électorales d’une élection avant que la précédente soit terminée.

Il en est ainsi pour la campagne des élections présidentielles qui a commencé alors que les élections régionales et départementales ne sont pas encore terminées.

Cette hâte est accrue par la conviction de beaucoup que l’inévitable combat des présidentielles est un duel entre deux personnalités qui totaliseront les votes des Français alors qu’une majorité de ceux-ci ne souhaitent pas ce duel.

Cette considération équivoque devient un travers  du corps électoral dont les motivations sont toujours négatives et consistent pour chacun à voter contre l’adversaire plutôt que pour son candidat.

Cette déplorable habitude serait pourtant temporaire si l’on attendait le résultat des élections régionales et départementales qui n’annonceraient aucun succès irréversible de l’un des deux candidats des élections binaires à intervenir.

Si l’on attendait même une semaine de plus l’élections des présidents des Départements et des Régions, on apprendrait que rien de ce que Emmanuel Macron a voulu effacer n’a disparu.

Les présidences des Départements se répartiront entre les adversaires traditionnels d’autrefois. Il est possible aussi qu’aucun président de Région ne relève clairement du président Macron ou de Marine Le Pen.

D’autres enseignements ne manqueront pas de s’y ajouter.

Premièrement, la tendance des élections municipales pourrait être confirmée.

Ensuite, on pourrait apprendre que le Parti socialiste n’est toujours pas soluble dans l’écologie.

Enfin, on s’apercevrait que cette écologie portée par des diversités doctrinaires n’ait aucune image unitaire autre que contemplative.

Tous ces enseignements n’ont pas été entendus par les futurs électeurs d’une élection présidentielle trop désespérés par l’annonce d’une élection binaire annoncée dès le premier tour.

Ces réflexions sont celles de ceux qui considèrent que le résultat des élections présidentielles est déjà inévitablement inscrit dans les urnes.

Pourtant, l’antériorité de ces élections nous a montré que souvent rien n’était visible à quelques mois du scrutin.

Une autre réflexion devrait s’imposer donc personne ne paraît tenir compte, c’est qu’immédiatement après les présidentielles, il y a les élections législatives et que l’on considère beaucoup trop légèrement que les résultats sont à la disposition du président qui serait élu.  Il est probable que cette fois-ci, cette facile anticipation ne se produise pas avec la régularité escomptée.

On devra se souvenir que cette République présidentielle est aussi parlementaire et que Marine Le Pen, pas plus qu’Emmanuel Macron, n’a la certitude de disposer à l’Assemblée nationale d’une majorité absolue de députés.

Pour Marine Le Pen ce n’est que trop visible mais pour Emmanuel Macron, si la République en Marche lui a été d’une loyauté incontestable, elle n’a jamais montré la réalité d’une majorité vivante capable de faire naître des hommes de gouvernement ce qui a condamné le Président à aller chercher ailleurs notamment chez les Républicains.

Ce qui veut dire que les deux génies politiques, MM. Jospin et Chirac, si intelligents soient-ils, qui créèrent un quinquennat afin d’éviter le spectre d’une cohabitation, ont pu raisonner de travers.

Jacques Limouzy