A dissatz Padena

Robert Marty est mort à l’âge de 77 ans. Professeur de collège, écrivain et mainteneur de la langue occitane, il était connu du grand public pour incarner le personnage de Padena. Il a aussi inventé le mot « Bolegason ». Richard Amalvy lui rend hommage.

Je n’ai rencontré Robert Marty que quelques fois. Nous n’étions pas de proches amis, mais l’intensité de nos conversations étaient suffisantes pour nous rendre réciproquement sympathiques. Il avait été professeur de français, d’espagnol et d’occitan au collège de Mazamet. Poète et écrivain en langue d’Oc, président de l’Institut d’Études Occitane, il révéla les racines occitanes de la figure républicaine en publiant « Marianne, fille de Puylaurens, où comment fut baptisée la République » (1). Il s’impliqua en politique en étant, notamment, candidat de l’union occitane tarnaise aux élections législatives de 1986.

Robert Marty est connu du grand public pour avoir créé le personnage de Padena (la poêle), au restaurant La Grepia (la crèche), tenu par son épouse Josiane Daunis, à Puylaurens. Josiane est par ailleurs artiste peintre. Pendant des années, il a fait rire aux larmes un public conquis d’avance, venu applaudir ce fada occitan qui racontait les déboires de Marcelou. Son sujet favori était la connerie humaine, sur laquelle il disait : « C’est un sujet fabuleux. S’il y a des limites à l’imagination, il n’y a aucune limite à la connerie ». Il la pointait donc sans équivoque dans des « pesotas » (sketch) comme « Los cons ». En 1985, je lui demandais sa source d’inspiration. Il répondit : « Fernand Raynaud, Raymond Devos, Bourvil, Catinou et Jacouti ». Il ajouta : « Faire le comique, je le fais peut-être depuis toujours, la différence avec certains, c’est que moi je le sais ».

L’écrivain aimait le rugby et cultivait une passion pour la littérature fantastique. Il lisait Garcia Marquez et Charles Naudier. Il s’essaya lui-même au fantastique avec le roman « L’ombre douce de la nuit » (l’ombra doça de la nuéch).  Il fut l’invité de Pivot en 1976 pour présenter son livre « Découvrir le roman populaire ».

Les Castrais lui doivent le nom de la scène musicale Lo Bolegason (2). En 2001, nous cherchions un nom pour baptiser l’établissement. Une série de mots fades et sans racines avait été proposée. Avec l’accord de Jacques Limouzy, président de la Communauté d’Agglomération de Castres-Mazamet, j’ai contacté Robert Marty et Daniel Loddo, musicien occitan et ethnologue, qui se sont pris au jeu de la création d’un néologisme. Je ne me souviens plus de la liste de tous les mots trouvés, mais des deux proposés sur la liste finale : Boleg’art et Bolegason. Ce fut le deuxième qui l’emporta, néologisme basé sur le verbe « bolegar » (mélanger) et le nom commun « son », qui a la même signification en français. C’était bien la mission de ce nouveau lieu que de mélanger les sons. Ainsi, les bolegaïres qui fréquentent cette salle de spectacle peuvent être au cœur de la création musicale occitane. L’hybridation culturelle est source d’invention et de renouvellement. Qu’ils s’en souviennent.

Robert Marty avait le talent de la convivencia, cet art de vivre occitan millénaire. Il a contribué à le promouvoir en maintenant la langue par l’enseignement, l’écriture et le théâtre.

En écrivant ces lignes, j’ai une pensée amicale pour Josiane Daunis et sa famille.

A dissatz Padena !

(1) Sur la base d’une chanson patriotique écrite en 1792 par Guillaume Lavabre, cordonnier à Puylaurens : La garisou de Marianno (la guérison de Marianne). Un livre aux éditions de l’IEO.

(2) Prononcer : Lou Boulegosoun.