A genoux !

Portés par un courant venu des Etats-Unis, une poignée d’activistes s’emploie à défendre les droits des minorités, le plus souvent de race, de genre ou d’orientation sexuelle. Ces « woke », littéralement « éveillés » devant toutes les injustices prennent la pleine lumière à travers les réseaux sociaux. Pourtant peu nombreux, ils dominent par l’intimidation et la menace et entendent tirer des millions de français voire d’européens de leur sommeil patriarcal, raciste, machiste, islamophobe, homophobe. Ils s’offusquent sans relâche, s’offensent à tout propos, jouent les redresseurs de torts.

La France ouvrait son euro de football contre l’Allemagne. Il avait été annoncé qu’avant le match, l’équipe de France s’agenouillerait pour soi-disant lutter contre le racisme en hommage au mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte). Finalement , les adversaires refusant d’entrer dans ce jeu et une profonde réprobation montant de la nation, il n’en fut rien. Ce mouvement ne concerne ni les Français ni l’Europe et c’est un concept américain que nous n’avons pas à aborder en France et encore moins les bleus.

Ce lundi, nous avons encore vu les Belges sacrifier à ce rite devant des Finlandais goguenards. Déjà, à l’ouverture de l’euro, l’Angleterre et la Pologne s’affrontaient sur la pelouse de Wembley. Ce qui a fait parler, ce n’est pas la défaite des Polonais, mais plutôt leur décision de ne pas observer cette consigne anglo-saxonne de suivre les mœurs américaines avec cette coutume de s’agenouiller au début des matchs, tradition considérée comme un symbole d’excuses pour le colonialisme. Le Président de la Fédération polonaise de football, Zbigniew Boniek, ancien grand joueur de renom, a défendu ses joueurs : « Je suis absolument contre cette action. C’est du populisme, parce que rien ne suit. Certains footballeurs s’agenouillent, mais si on leur demande pourquoi, ils ne sauront même pas »…

En juin dernier, lors d’une rencontre qui opposait à Budapest les Hongrois aux Irlandais, la petite minute « Black Lives Matter » a vu les Hongrois rester debout, alors que les Irlandais, imbibés de propagande jusqu ‘à la moelle, ont mis un genou en terre, dans ce triste geste de soumission. Jusqu’au premier ministre Orban  qui a donné son avis : « les Hongrois s’agenouillent seulement devant Dieu, la mère patrie et lorsqu’ils demandent en mariage leur dulcinée », ajoutant que « le sport, c’est autre chose : les athlètes combattent debout ! »

Ce geste de mettre le genou en terre pour protester a été effectué pour la première fois en 2016 à l’encontre de Donald Trump par l’ancien joueur de football américain Colin Kaepernick et est devenu depuis un symbole. Nous avions vu l’année dernière l’activisme sévir au sein du paddock de la F1, le champion du monde Lewis Hamilton incitant ses concurrents à manifester de cette manière, et le refus ostensible de s’agenouiller des pilotes Räikkönen , Verstappen, Leclerc, Sainz et Kwiat. Ce dernier, russe, ne prônant de s’agenouiller que devant « le drapeau, la patrie et Dieu ».

En ce qui concerne les Polonais et les Hongrois, comme les pays de l’Est européen, si l’Occident aspire depuis les Lumières à l’égalité et la réclame en tout point, ils ont déjà donné. Le rêve communiste d’égalité sociale porté par l’avant-garde éclairée du prolétariat  (une minorité finalement) persévéra soixante-dix ans ! Ils savent ce que sont l’opposition et la répression. Restent-ils la poche de résistance et un des derniers remparts de la culture européenne face au discours de déconstruction de notre Histoire ? A l’heure où les Etats-Unis, soucieux de leur hégémonie, jouent à « qui aura l’idée la plus absurde », force est de constater que certains Français suivent tristement ce chemin, par fanatisme idéologique et par obscurantisme certain. Le concept de remise en cause systématique de ce qui s’est déroulé dans le passé fait son chemin , que ce soit à l’Université, dans certains partis politiques et dans une frange de la population. La fierté historique n’est pas présente dans le débat public à l’heure des « réseaux sociaux », en même temps que le « woke » et suivant la mode victimaire anglo-américaine…

Pour en revenir à l’équipe de France de football, elle a compris qu’elle n’avait pas à manifester contre le racisme de cette manière, que, par ce geste, récupérer un mouvement qui vient des USA, serait un non sens en France et serait aussi se renier puisqu’elle n’a, comme témoignage, qu’à exister telle qu’elle se montre quotidiennement !

Au fond, pour ne pas se soumettre au communautarisme anglo-saxon, ne peut-on pas rappeler ces aphorismes – vrais ou apocryphes – de Mark Twain : « Christophe Colomb  a  découvert l’Amérique. Il eût mieux valu qu’il passât à côté ! » ou bien : « C’est un pays passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation »…

Pierre Nespoulous