A propos de l’exposition « Le petit père Combes »

«Le nouveau Ministère» (Emile Combes et ses nouveaux ministres en 1902)

Vous avez publié dans votre précédent numéro un communiqué du Centre National et Musée Jaurès annonçant une exposition consacrée à Émile Combes. Cet article de présentation contient la phrase «c’est à ce poste (de président du Conseil) qu’il porte la loi de Séparation des Églises et de l’État qui sera votée sous le ministère Rouvier».

Faire de Combes le père de la loi est un contre sens absolu. Quand il quitte le pouvoir en janvier 1905 après la sinistre affaire des fiches, Combes pense certes à une loi de Séparation mais surtout pas à la loi qui sera promulguée le 9 décembre 1905. Cette loi est l’œuvre d’Aristide Briand, de Jean Jaurès, de Francis de Préssencé, tous trois différents quant à leur personnalité, mais tous trois unis pour empêcher que la loi ne se change, comme le voulait un certain nombre de parlementaires, en une loi de suppression des Églises par l’État ou en une nouvelle loi, prolongeant en quelque sorte le Concordat de 1801, de tutelle de l’État sur les églises. C’était sur ce point la position de Combes qui, membre du Sénat, ne prendra jamais la parole au cours des débats à la Haute assemblée sauf le dernier jour le 6 décembre 1905 pour déclarer, dans une intervention extrêmement brève, qu’il votera la loi « malgré ses imperfections et ses lacunes » poursuivant son propos par ces mots « nous n’entendons nullement nous enlever par ce vote le droit de remédier plus tard à des défectuosités qui n’ont échappé à aucun de nous »*.

« Plus tard » signifiant dans l’esprit de Combes l’espoir qu’aux élections législatives de mai 1906, une majorité se dégagerait pour modifier la loi. Il n’en a rien été et la Loi de Séparation est restée ce qu’elle voulait être dans l’esprit de ses rédacteurs une loi d’équilibre et de paix civile.

Alain Levy

*Journal Oficiel. Débats du Sénat. 1906. p. 1737.

Le vendredi 20 mai à 18h30, le Musée Jean Jaurès propose une conférence de Philippe Hélis, enseignant et écrivain, sur le thème Emile Combes : un Tarnais devenu Charentais.