A propos de race : La France est une Nation

Voici quelques jours aux prises avec les questionneurs de Laurent Ruquier, Madame Nadine Morano, accélérant un débit toujours rapide, a laissé passer dans son propos une notable inexactitude qui aurait pu paraître vénielle si les clameurs qui suivirent dès le lendemain furent pour beaucoup du même tabac et tinrent même pour certaines d’une logomachie vociférante.

Puisqu’elle est française, lorraine et de droite, Madame Morano aurait pu se souvenir de ce journaliste d’avant-guerre, successeur de Raymond Poincaré à l’Académie française, Jacques Bainville, qui écrivait en 1924 l’une des meilleures et en tout cas la plus vendue des histoires de France, et qui dans sa préface écrivait « La France n’est pas une race, c’est une Nation ».

En effet, l’évolution créatrice qui permit à la vie en se ramifiant et en se complexifiant de faire apparaître le phénomène humain, l’a rendu ici, là ou ailleurs porteur d’inévitables diversités.

Peut-être les premiers des hommes, du moins les premiers des primates qui méritèrent ce nom pour la première fois, bien que séparés par des distances qu’ils ne couvriraient jamais, ignorants que leurs semblables pouvaient exister ailleurs, soumis à des conditions de vie implacables dans des territoires aux infranchissables limites, n’ayant comme organisation sociale que la tribu, héritière de la meute et de la horde des animaux, peut-être donc sur un ou deux millions d’années se sont dégagés des caractères physiques et mentaux pour des groupes devenus nombreux mais qui ne communiquaient pas.

Peut-être, en effet y-a-t-il eu des races ?

Mais lorsqu’après un si long parcours, les occupants de la planète se présentèrent les uns après les autres à l’aube de l’histoire, ce fut dans le plus grand désordre car ils étaient déjà différents.

Ils étaient devenus des peuples prêts à se combattre, à se dominer, à disparaître, à se comprendre ou à s’unir.

Plus que d’autres peuples, une diversité originelle a débarrassé la France de l’hypothèque raciale car depuis l’aube de son parcours dissipant les brumes de l’histoire, porteuse d’échecs et de victoires, d’occasionnel et de définitif, elle apparaît capable de faire que les desseins d’un grand peuple se constituent en destin national.

Car, si la Grèce inventa la Cité et si Rome créa l’Etat, la France devait révéler à l’attention du monde, par la conviction et par l’exemple, la réalité incontournable de la Nation.

La France était semble-t-il prédestinée à cette tâche depuis que se précisaient dans la nuit de ses origines les éventualités propres à en faire apparaître la nécessité.

Jacques Limouzy

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