A propos de racisme

Tout type de racisme, quelle qu’en soit la forme, est intolérable et inacceptable. D’ailleurs le racisme n’est pas une opinion, mais un délit. Et il doit être sanctionné comme tel. Un triste incident, fort saugrenu, a enflammé tous les organes d’information ce 8 décembre, à l’occasion du match PSG – Istanbul Basakschir. Dans un stade « sanitairement » correct et donc à huis clos où, faute du brouhaha et du folklore habituels, des encouragements ou sifflets et insultes, tout dialogue s’entend, dont celui de deux arbitres roumains, l’un se plaignant à l’autre du comportement d’un cadre de l’équipe turque. Comment, dans le feu de l’action, désigner quelqu’un qu’on ne connaît pas au milieu de ceux qui l’entourent ? On peut le pointer du doigt, ce n’est ni poli ni efficace. On peut aussi, faute de mieux, le décrire à partir d’un trait caractéristique visible : le grand, le rouquin, le maigre (Javier Pastore, ancien joueur du PSG ne s’en est jamais offusqué : « el flaco », le chauve, ou… le noir. C’est ce dernier terme qu’a maladroitement utilisé l’arbitre incriminé, en roumain, c’est-à-dire « negrù » et non « negro » comme l’ont interprété certains, tel un joueur camerounais criant au scandale et rameutant l’ensemble des troupes : « Why you said negro ? ». Les puristes regretteront l’absence de l’auxiliaire « did » dans ce syntagme interrogatif, mais là n’est pas l’essentiel, convenons-en.

Stop à la névrose antiraciste généralisée, puisqu’une meilleure compréhension d’un fait divers ne tient qu’à un seul mot. Que des gens incultes soient incapables d’appréhender l’étymologie et le lien entre langues latines, quoi de plus normal ? Notre grande ministre des Sports, Roxana Maraniceanu qui, puisque roumaine, avait tous les éléments pour comprendre le vocabulaire de l’échange entre les deux arbitres, a néanmoins cru bon d’ajouter son grain de sel dans une réaction subsonique à la désinformation et l’exagération propagées à la terre entière. Le football est ciblé par nombre de militants politiques du fait de son exposition médiatique, tel épisode devient une affaire d’Etat en passant à la télé. De toute façon, maintenant que cette affaire a été montée en épingle, plus aucune discussion rationnelle n’est possible et le malheureux arbitre va être sanctionné et mis au pilori. L’entraîneur portugais de l’OM, André Villas Boas s’est ému : « Je pense à sa famille, qui sera l’objet de sarcasmes, et à ses enfants qui souffriront de quolibets à l’école »…

Avec le racisme, les temps ont-ils changé ? Dans mon enfance, le deuxième personnage de l’Etat, président du Sénat, était un « homme de couleur », Gaston Monnerville. Et la « négritude », un courant littéraire et politique créé avec fierté durant l’entre-deux guerres, s’épanouissait, rassemblant de célèbres écrivains francophones noirs comme Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Jacques Rabemananjara, Léon-Gontran Damos ou Birago Diop. Tous loin du rap !

Parlant d’écrivains, le remue-ménage occasionné par un fait divers footballistique ne nous interdit pas, en ce début décembre, de rappeler aussi l’anniversaire du décès d’Alexandre Dumas qui ne semblait pas renier sa « négritude ». Petit-fils d’un noble et d’une esclave noire, il se décrivait dans ses « Mémoires » comme un « nègre », avec « des cheveux crépus » et un « accent légèrement créole ». Fut-il victime du racisme ? On ne sait, et seul Jacques Chirac, ayant déjà assimilé le discours de la repentance, crut-il bon d’ajouter dans le discours qu’il fit pour l’entrée de l’écrivain au Panthéon en 2002 une allusion au regard de la société sur ce « fils de mulâtre » et « son teint bistre, ses cheveux crépus ». Doit-on lire désormais Monte Cristo un genou en terre ? Si c’était le cas, le père de Porthos ne semble pas avoir eu la rancune aussi vive qu’Edmond Dantès ! Il faut dire qu’il avait aussi des nègres, terme consacré pour désigner celui qui aide un écrivain à rédiger son texte, le plus connu étant Auguste Maquet…Il n’était pas non plus rejeté par les femmes, si l’on en croit sa biographie publiée en 2010 par Michel de Decker, au titre évocateur : « Alexandre Dumas, un pour toutes, toutes pour un »…

Un des maux de la société consiste dans le fait que tout est devenu prétexte à faire un esclandre identitaire. Il y en a qui cherchent la moindre trace de ce qui peut diviser les individus non pour en débattre mais pour en découdre, dans un concours de celui qui a la plus grosse conscience morale. L’hystérie collective prend toujours le pas sur le bon sens, l’analyse et la modestie. Si Nougaro était encore de ce monde, pourrait-il interpréter sa merveilleuse chanson d’un autre siècle : « Armstrong » ? Et c’est fou ce que ceux qui nient l’existence des races passent leurs journées à en parler ; ces folies n’existent que parce que nous leur donnons du poids. A-t-on tellement de mal à promouvoir le troisième volet de notre slogan national, la fraternité ? Comme disait un jour Serge Gainsbourg : « Je voudrais que la terre s’arrête, pour descendre »…

Pierre Nespoulous