Apôtre du dialogue inter-religieux, le cardinal Panafieu est mort

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À Rome, le 21 octobre 2003, Le pape Jean-Paul II remet la barrette de cardinal à Mgr Bernard Panafieu.

Tarnais d’adoption, ancien vicaire à Mazamet et curé à Brassac, Mgr Panafieu laisse un héritage pastoral dédié au dialogue entre les cultures et les religions. Sa devise épiscopale était « Préparer le chemin du Seigneur » (Parare viam Domini). Il est décédé à Carpentras le 12 novembre dernier à l’âge de 86 ans. Hommage.

Il était curé de Brassac lorsqu’en avril 1974 le pape Paul VI le nomma évêque auxiliaire d’Annecy auprès de Mgr Jean-Baptiste Sauvage. Né à Châtellerault mais issu d’une famille originaire de l’Aveyron, le père Bernard Panafieu achevait ainsi son séjour dans le Tarn qui débuta au séminaire d’Albi en 1950.

Après avoir poursuivi ses études au séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux, et ayant effectué son service militaire en Algérie, il fut ordonné prêtre à Notre-de-Dame de Paris, le 22 avril 1956 pour le diocèse d’Albi. Il devint aussitôt vicaire de la paroisse Saint-Sauveur de Mazamet auprès du chanoine Carivenc, tout en étant aumônier de la JOC. Il fut ensuite aumônier du lycée La Pérouse à Albi. Entre 1967 et 1970, il œuvra comme aumônier des étudiants à Toulouse, et poursuivit en parallèle ses études à l’institut catholique de Paris avant de revenir dans le Tarn, à Brassac, comme curé-doyen en 1971, charge qu’il cumula en 1973 avec celle de secrétaire général du conseil presbytéral du diocèse.

En décembre 1978, il quitta l’évêché d’Annecy pour l’archevêché d’Aix-en-Provence et Arles. En 1994, il est nommé coadjuteur du cardinal Robert Coffy, archevêque de Marseille après avoir été celui d’Albi. Il lui succéda le 24 août 1995. Le pape Jean-Paul II le créa cardinal lors du consistoire du 21 octobre 2003 avec le titre de cardinal-prêtre de la paroisse San Gregorio Barbarigo alla Tre Fontana, à Rome.

En 1996, le pape polonais avait déjà nommait Mgr Panafieu membre du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux ainsi que du Conseil pontifical Justice et Paix. Il y avait sans doute une raison à cela. En 1982, le père Panafieu avait déjà mis en place un jumelage entre le diocèse d’Annecy et celui de Natitingou au Bénin. Au plan national, l’ancien curé de Brassac fut successivement président du Comité épiscopal France-Amérique latine et celui du Comité pour les relations avec l’Islam. Installé dans la cité phocéenne, il soutint avec conviction la dynamique Marseille Espérance initiée en 1990 par l’ancien maire (PS) Gaston Deferre. À cette époque déjà, ce dernier pressentait le retour du religieux (confirmé aujourd’hui) dans l’espace public : une interrogation sur le  « vivre-ensemble » le décida à réunir autour de lui les différents responsables religieux (catholiques, arméniens, protestants, orthodoxes, musulmans, juifs et bouddhistes). Provenant d’une autre majorité, l’actuel maire (LR) Jean-Claude Gaudin a conservé ce dispositif de dialogue et travailla avec Mgr Panafieu dont il dit aujourd’hui. « C’était un ami. Il avait su prendre en compte la diversité d’une cité largement ouverte sur le monde ». Nos collègues de La Provence rapportent aussi le témoignage de Martine Vassal, Présidente du Conseil départemental (LR) des Bouches-du-Rhône, pour laquelle Mgr Panafieu était « un modèle de sagesse en ces temps troublés par les extrémismes ».

C’est à Aix-en-Provence que Mgr Panafieu fit la connaissance de Jean Legrez qui participait alors à la fondation d’une fraternité monastique. Ils se retrouveront à Marseille quand ce dernier s’y installa tout d’abord comme sous-prieur (1996) puis comme prieur (2001) du couvent dominicain Saint-Lazare. Appréciant la personnalité du père Legrez, l’ancien archevêque d’Albi n‘est certainement pas étranger à la promotion épiscopale de l’actuel titulaire du siège, qui fut d’abord évêque à Saint-Claude (2005) avant d’arriver dans la cité épiscopale tarnaise en 2011. S’exprimant au micro de nos collègues de RCF Pays Tarnais, Mgr Legrez a exprimé sa reconnaissance : « Je le considère comme un père et un ami. C’est quelqu’un que j’ai bien connu et estimé. Ce qui caractérise son ministère, c’est le conseil. Beaucoup de jeunes prêtres ont été suivis et accompagnés par lui. C’était un homme discret, simple, cultivé, qui a favorisé le dialogue avec les autres religions ».

Dans un télégramme adressé à Mgr Georges Pontier, président de la conférence épiscopale (autre tarnais et successeur de Mgr Panafieu au siège épiscopal de Marseille), le pape François a souligné « une éminente contribution au dialogue entre les cultures et entre les religions, favorisant ainsi une coexistence paisible entre tous ». Ce que nous appelons « convivencia » en terre occitane.

Retiré depuis 2006 dans la communauté Notre-Dame-de-Vie à Venasque (Vaucluse), il s’est éteint à l’hôpital de Carpentras des suites d’une pneumopathie. Il était atteint par la maladie de Parkinson.

Gageons que les graines de paix semées par Mgr Panafieu continuent de germer à Mazamet, Brassac et Albi, où les signes des temps sont les mêmes qu’à Annecy, Aix et Marseille.

Richard Amalvy
 

Autres informations

Mgr Bernard Panafieu fut aussi membre du Conseil permanent des évêques de France, président de la Commission du monde universitaire, membre de la Commission sociale. En 2005 il prit part au conclave menant à l’élection du pape Benoît XVI. Il était commandeur dans l’ordre de la Légion d’honneur et dans l’ordre des Chevaliers du Saint-Sépulcre.

Interview de Mgr Georges Pontier sur l’antenne de RCF.

Discours du Mgr Bernard Panafieu lors de la remise de la cravate de commandeur dans l’ordre de la Légion d’honneur.

  • La messe de sépulture de Mgr Panafieu a eu lieu ce jeudi à Notre-Dame-de-Vie, à Vénasque. Son inhumation aura lieu à la cathédrale Sainte-Marie-Majeure de Marseille vendredi 17 novembre à 15 heures, au caveau des évêques. La cérémonie sera retransmise en direct sur KTO TV.
  • Dimanche 19 novembre, à 11 heures, Mgr Jean Legrez, archevêque d’Albi, priera pour lui au cours de la messe solennelle de la fête de Sainte-Cécile.