Apparition d’un sauveur

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Les résultats calamiteux du second tour des élections municipales qui s’ajoutent à ceux du premier tour sont propres à frapper le Président, le Gouvernement et son chef, le Parti socialiste et la majorité d’une sorte de mystérieuse terreur.

Certes, de pareils désaveux sont fréquents et même inévitables lorsque ces consultations se situent au centre de la durée probable du parcours d’un pouvoir quel qu’il soit.

Mais ils frappent aujourd’hui par leur amplitude et donnent au territoire national qui est fait de collectivités locales, l’aspect d’un champ de ruines qui à perte de vue est fait de batailles perdues.

Or, les qualités de la gestion économique, sociale et fiscale du Gouvernement de Jean-Marc Ayrault ne suffisent pas à expliquer l’ampleur jamais atteinte de cet effondrement, sans que s’y soient ajoutées quelques erreurs stratégiques propres à transformer un échec en désastre.

Tout pouvoir oublie rarement les circonstances qui l’on fait naître. Celui d’aujourd’hui est né d’un rejet qui n’était pas totalement naturel puisqu’il fut organisé : celui de Nicolas Sarkozy. Ce rejet était le seul élément crédible de la campagne.

Il n’y en avait pas d’autres et avec la poursuite de la crise que l’on avait cru bon de nier, le nouveau Président fut un homme nu de bonne volonté mais dépourvu de moyens.

La survenance des élections municipales inquiéta certes le Gouvernement mais on cru tout d’abord qu’il les laisserait baigner dans les marécages locaux.

Il n’en fut rien, quelques apprentis sorciers décidèrent qu’il fallait ranimer le croque-mitaine, la fée Carabosse, qui avait si bien servi aux présidentielles : Nicolas Sarkozy.

Et voilà que partout on entendit tinter des vielles casseroles ; furent réveillées les enquêtes préliminaires, pas forcément nées de l’imagination des magistrats mais de la pâture qu’on leur porte toujours à propos et au moment.

On écouta l’intéressé plus d’un an. Ecouter même légalement un ancien président de la République, dont on craint surtout qu’il veuille le redevenir, n’est pas une affaire judiciaire, c’est une affaire politique.

L’intéressé a-t-il été contraint de répondre ou a-t-il sauté sur l’occasion ? On peut tout croire.

L’effet aujourd’hui visible de ces activités préélectorales a été ces derniers mois de montrer que sous l’enjeu local perçait une consultation nationale ; elle allait être dévastatrice.

Alors François Hollande que lui reste-t-il ? Le Front national sur lequel la gauche compta longtemps pour contenir la droite a pris ses libertés ; il ne lui servira plus à rien. Mieux encore, la formation “Bleu Marine” a marqué des succès qui n’ont pas empêché l’UMP d’être le grand vainqueur de ces élections et ceci au-delà de toutes espérances.

La gauche de la gauche qui vit de rêves et d’utopies combattantes le déteste.

Les écologistes deviennent exigeants, ils n’ont pu que gagner puisqu’ils n’avaient pas grand chose ; ils sont heureusement divisés comme des hérétiques d’une religion qui n’existe pas encore et c’est dommage.

Des ensembles politiques redoutables s’établissent. Il suffit de voir au sud de la France l’alignement Ouest-Est des quatre métropoles, Bordeaux, Toulouse, Marseille et Nice.

Le Président est-il l’homme de la situation ? Certes, il ne mérite certainement pas les nazardes et les quolibets dont il est abreuvé chaque jour. Il est placé devant des événements excessifs qui ne pourraient être surmontés que par une personnalité hors du commun ayant l’estomac et la dimension d’un très grand homme d’Etat.

Alors qu’il était nu, il risque demain d’être écorché.

Appréhendant cette situation, le Président a-t-il suivi les conseils de La Semaine qui avait, en octobre 2012, consacré un numéro spécial au destin probable de Manuels Valls en rappelant la parole de Talleyrand ?

“Le Ministre de l’Intérieur s’occupe d’abord de ce qui le regarde et ensuite de ce qui ne le regarde pas”.

François Hollande appelle aujourd’hui celui qui lui ressemble le moins dont les sondages furent un moment les triples des siens. Celui que Jean-Luc Mélenchon vient d’appeler “le plus grand commun diviseur de la gauche” aura fort à faire pour ramener les siens ou ceux qui devraient l’être.

Manuel Valls pourra-t-il les satisfaire en se révélant suffisamment agressif avec la droite afin de les rassembler lors de son discours d’investiture.

Jacques Limouzy