Apprentis sorciers

Bousculés entre les élections régionales et départementales, l’Euro de football et les questions tournant autour de la vaccination, le médias ont accordé peu de place à l’adoption en lecture définitive par l’Assemblée Nationale du projet de loi Bioéthique, dont la mesure phare est l’ouverture à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les « couples » de femmes et femmes seules. Cette façon discrète visait à faire passer en douce par des députés aux ordres, à la veille de vacances « post-Covid » une question sociétale dont on ne comprend pas la surévaluation par les partis politiques, les médias, les relais d’opinion, la publicité et, bien entendu, les lobbys.

Ce qui est stupéfiant, c’est que, au-delà de la France, la caste qui dirige l’Europe fait de ces questions une idéologie obligatoire. L’Union européenne est devenus colonisatrice et a retiré aux peuples leur souveraineté, décidant qu’ils ne devraient plus être maîtres chez eux et que ceux qui résistent doivent être mis au ban. Etant d’un naturel très naïf, j’ai toujours cru et continue de croire que la raison d’être de l’Europe est seulement d’assurer l’existence d’un cartel économico-financier entre les Etats-membres. Les seules valeurs dont l’UE doit se préoccuper se situent uniquement dans cette perspective, avec celle de maintenir la paix entre ses membres. Toutes les autres formes ou sortes de « valeurs » ne relèvent pas de sa sphère de compétences.

De plus en plus l’on constate que les « valeurs » de l’UE, pour madame Von der Leyen, sont la déconstruction sociale, le délitement national, la dictature des minorités. Sans le consentement des populations, la Commission de Bruxelles veut se mêler de tout, de la tête à la braguette, s’opposant à des chefs d’Etat qui, comme le Hongrois Orban, ne veut pas que les enfants et adolescents de son pays soient associés à la dépravation du type Duhamel et fait voter une loi en ce sens. Et Emmanuel Macron, européen convaincu, est à l’origine de la loi bioéthique, une promesse électorale qu’il souhaitait voir aboutir avant l’élection présidentielle.

Il existe donc bien un droit à l’enfant que l’on pourra se procurer sans le concevoir, objet d’un contrat entre adultes : il aura deux mères et sera orphelin de père. Le président est satisfait : il tient sa promesse. Mais la PMA sans père mène inéluctablement à la Gestation pour autrui (GPA) car en effet , une fois un droit accordé à toutes les femmes , au nom de l’égalité (n’oublions pas l’insupportable « celles et ceux »), les revendications viendront du côté des hommes. L’on tombe dans la marchandisation et le commerce des corps de mères-porteuses, les esprits étant invités à s’ouvrir un peu plus, au détriment de la dignité humaine, un enfant n’étant pas une marchandise qu’on loue. Nos députés ont pensé au droit à l’enfant, mais pas aux droits de l’enfant (dont celui d’avoir un père).

Où est le bon sens, où est l’humanité, quand une oligarchie autoritaire décide que des enfants peuvent être privés de père – les accidents de la vie s’en chargent bien assez, hélas! – : la loi naturelle est pour tous les mammifères et nous ne sommes pas des escargots ! Ce que ces progressistes n’ont pas prévu, ce sont les milliers d’enfants à la recherche du géniteur. Nous en avons tant connus, de ces enfants traumatisés (« de l’assistance » disions-nous) s’obstinant durant des années dans la recherche de leur filiation ! Combien de procès en paternité aurons-nous à l’avenir si, en outre, l’anonymat du donneur est levé,  comme c’est envisagé au nom d’une élémentaire responsabilité individuelle ? Un article du Figaro annonce une pénurie de sperme – dont le prix augmente déjà à la pompe – et des files d’attente. Car, enfin, un enfant naît d’un homme et d’une femme. Et je pense à Electre qui, dans la pièce de Giraudoux, dit à Oreste : « J’aime tout ce qui, dans ma naissance, revient à mon père. J’aime comme, tout d’un coup, pour m’engendrer, il est sorti de ses pensées et de son corps même »…

Nous assistons, depuis de longues années, à une idéologie selon laquelle toute avancée des droits de l’homme est un progrès, et cela, au détriment de valeurs spirituelles et morales et d’institutions traditionnelles qui guident les hommes depuis la nuit des temps. L’on peut se demander comment des gens qui se piquent par ailleurs d’écologie ont pu voter pour un tel bidouillage de la nature. Il y a près de cinq cents ans, Rabelais écrivait : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Ou alors nos dirigeants parviendront-ils à terminer le programme génétique initié dans les années quarante de l’autre côté du Rhin ? Je vais sans doute faire hurler dans les chaumières, mais si l’on avait été sous le régime de la charia, jamais cette loi n’aurait vu le jour… La question demeure, lancinante : « Comment en est-on arrivé là ? »

Pierre Nespoulous

Tags: