Attention à ne pas traiter les scandinaves de Vikings !

L’expression « Je suis Charlie«  avait fait fureur, comme une traînée de poudre, notamment sur les réseaux sociaux, quelques heures après le drame du 7 janvier et l’odieux assassinat des journalistes de Charlie Hebdo. C’était une paraphrase du célèbre « Ish bin ein Berliner » (Je suis un Berlinois) de John Fitzgerald Kennedy à Berlin, en 1963, en pleine guerre froide. Etre ou ne pas être ? C’est bien sûr la question d’Hamlet chez Shakespeare : « Etre ou ne pas être, telle est la question. Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou à s’armer contre elle pour mettre fin à une marée de douleurs ? » Pour ceux qui auraient raté cet épisode, ce slogan avait pour but de promouvoir et défendre la liberté d’expression, même si, bien sûr, c’était une liberté d’expression sélective. Bravo aux « Charlies » qui ont alors défilé en se faisant manipuler par les politiques et les medias. Finalement les jours ont passé et l’on voit que l’esprit « Je suis Charlie » n’a été qu’une récupération étatique après l’ignoble attentat des frères Kouachi. Nos gouvernants, le prince de l’Elysée en tête, s’étaient alors précipités pour surfer sur la vague de l’émotion. L’on voit depuis la stérilité de la tentative d’union nationale prônée alors. La politique d’unité du pays ne peut qu’être axée sur la restauration de l’identité française, après les quarante ans de dérouillée qu’elle a encaissés et désormais près de la mise à mort par la grâce de François Hollande et de ses séides.

Déjà, en janvier, pour être indignée de ces sordides exécutions, la France entière n’était pas forcée de s’identifier à Charlie Hebdo, oubliant de dire « Je suis flic » pour Ahmed Merabet, le policier abattu sur le trottoir ou semblablement « Je suis Frédéric Boisseau » pour l’agent d’entretien qui était au mauvais endroit au mauvais moment. Cela n’enlève en rien l’empathie et la sympathie pour toutes les victimes, mais ce n’est pas insulter la mémoire des morts de dire que la ligne de ce journal relève plus souvent de l’insulte que de l’humour ? C’est du lourd… très lourd !

Charlie ne prend pas grand risque : nul trisomique ne viendra jamais, kalachnikov à la main, flinguer le dessinateur à l’humour si inspiré. Cela est réservé aux islamistes.

Mais si j’en parle aujourd’hui, c’est que l’esprit « Charlie » a encore frappé. Avec, comme à l’ordinaire, finesse et délicatesse, avec bon goût et subtilité… La « une » de Charlie Hebdo de la semaine dernière alimente une caricature du général de Gaulle portant dans ses bras un bébé emmailloté aux traits de Nadine Morano, de cette légende : « Nadine Morano, la fille trisomique cachée de de Gaulle » ! Charlie ne prend pas grand risque : nul trisomique ne viendra jamais, kalachnikov à la main, flinguer le dessinateur à l’humour si inspiré. Cela est réservé aux islamistes. Nadine Morano a sorti une lapalissade, si l’on comprend ce qu’elle voulait si maladroitement exprimer. Il va falloir désormais faire attention à ne pas traiter les scandinaves de Vikings !

Mais l’on est d’autant plus choqué quand on sait que le général de Gaulle et son épouse ont bien eu une fille, Anne, avec un tel handicap, morte à vingt ans dans les bras de son père. « Sans Anne, peut-être n’aurais-je pas fait ce que j’ai fait. Elle m’a donné le cœur et l’inspiration » confessait le général à son biographe Jean Lacouture. Et, à l’issue de l’inhumation, à Colombey les deux Eglises, « Maintenant, elle est comme les autres« . Il y a des cas où l’odieux s’ajoute à la goujaterie.

Dans l’affaire des caricatures de Mahomet, Charlie Hebdo s’est simplement planté en pensant que cela passerait aussi facilement qu’en insultant le pape ou les cathos depuis des années. Il n’avait pas compris que ses « potes » étaient d’un autre bois et susceptibles de répliquer. Les Français réprouvent cet humour qui fait rire rue de Solferino, à l’Elysée ou chez les Bedos, friands de ces écritures de gens de gauche au cerveau vide de tout respect. Dis-moi de quoi ou de qui tu ris, et je te dirai qui tu es ! La liberté d’expression ne serait-elle que la liberté de penser comme le pouvoir en place ?

Et il n’y a pas de CRIF, de LICRA ou de SOS Racisme pour déposer une plainte contre cette insulte faite aux handicapés ? Il faut être juif, noir ou maghrébin pour avoir un tel comité de défense ? Discrimination ? Oui, les trisomiques y sont désormais utilisés comme une échelle de valeurs négatives ! Certes, l’enfant trisomique a une grande qualité : il ne saurait dessiner des saloperies pareilles : il n’a pas l’ »esprit Charlie » ! Mais la limite de l’humour et de la dérision est bien le propre de l’homme : l’âme et la conscience. Je suis humain. Et je ne suis pas Charlie…

Pierre Nespoulous