Au secours : on a perdu la Révolution !

La réunion des gauches qui s’est tenue samedi dans un hôtel du 19ème arrondissement de Paris avec Anne Hidalgo, Olivier Faure, Julien Bayou, Yannick Jadot, Eric Piolle, Benoît Hamon, Ian Brossat et Eric Coquerel notamment ressemblait plutôt à un conciliabule de vieilles perruques sous la Restauration.

L’objectif, avait-on dit, était de recoller de nombreux morceaux afin de leur donner une certaine image ce qui laisse penser que la gauche, après avoir été unitaire et plurielle, sera désormais une mosaïque dont on s’apprête à chercher le futur constructeur.

Comme d’habitude, l’intérêt s’est peu porté sur les présents mais beaucoup plus sur les absences comme celles remarquées de Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon qui a redécouvert qu’on pouvait encore parler comme autrefois à des électeurs inconstants, étourdis, gouailleurs et populaciers, amateurs d’ivresses mais, cependant, prêts au dégrisement et leur dire que la gauche de demain pouvait être celle de jadis, mère des révolutions et appeler à une insurrection idéalisée dans le verbe.

On pense à Jules Vallès qui écrivait dans « L’insurgé » l’histoire de la Commune de Paris, et à Jean-Pierre Prévost qui tenait ce livre pour le plus beau roman de la Révolte depuis « Le Rouge et le Noir ».

C’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon, sans oublier « La Marseillaise », remet à l’honneur « L’Internationale » qu’on n’entendait plus, et dont François Mitterrand, alors candidat, avait constaté que ses ultimes interprètes ne connaissaient plus que le refrain.

En effet, on se demandait ce qu’était devenue cette impétueuse chanson française qui enflamma tant de prolétaires, épouvanta tant de bourgeois, flotta comme un drapeau sur tant de révolutions qui souvent n’aboutirent pas.

Depuis quelques lustres, elle prend place, peu à peu, dans le Panthéon des hymnes défunts, de ces chansons de gloire, d’histoire et d’amour, avec Auprès de ma blonde, Le temps des cerises, Les jolis tambours, Les roses de Picardie… et tant d’autres. L’Internationale est devenue un chant d’autrefois et, soucieux de réveiller les vieilles tendresses, Jean-Luc Mélenchon la fait à nouveau chanter.

Tout cela remue les tripes de la Gauche dans leurs profondeurs nationales et bien qu’il y ait sans doute dans l’expression théâtrale de Jean-Luc Mélenchon une mise en scène d’opportunité, il ne peut ignorer qu’il dégrade ainsi l’image de ce candidat naturel de la Gauche qu’il ne sera pas et qui, sans lui,  devient triste, sans éclat et la prive de cette hardiesse du verbe et du comportement qui annonce les grandes destinées.

Cela dit, il n’y a aucun déshonneur à perdre même une Révolution.

M. Mélenchon le sait, les révolutionnaires de 1793, qu’il cite, ont perdu grâce à leurs excès, ceux de 1848 par leur angélisme et ceux de la Commune grâce à une appréciation trompeuse de l’avenir.

Jean-Luc Mélenchon ne perdra pas la Révolution puisque son incontestable talent ne s’exerce que sur un théâtre d’ombres…

Victor Hugo, Blanqui, Barbès, Proudhon, Dombrowski, Delescluze et Bauer, fils d’Alexandre Dumas… ces ombres qui s’éveillent à l’appel de Jean-Luc Mélenchon ne tiennent ni du matérialisme historique, ni du marxisme, elles sont même pré-jaurésiennes.

Comment ne pas voir qu’il n’y a là qu’une de ces aventures nées du romantisme et qui illuminent le XIXème siècle de leurs bons sentiments, de leurs éclats, de leurs imprécisions et de leurs rêves.

Jacques Limouzy