Autoroute A69 : Jacques Limouzy rappelle les enjeux

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Le débat sur le désenclavement routier du bassin Castres-Mazamet dure depuis plus de trente ans. La publication de la déclaration d’utilité publique (DUP) de la future autoroute A69, publiée le 20 juillet dernier, a renforcé la conviction des promoteurs du projet et la détermination de ses détracteurs. En plein mois d’août, Jacques Limouzy, ancien président de l’agglomération, est intervenu dans ce débat en publiant une tribune dans Le Figaro : «Dans le sud du Tarn, sans l’autoroute, nos villes deviendront des villages».

Le 20 juillet dernier, la déclaration d’utilité publique de la future autoroute A 69 qui reliera Castres-Mazamet à Toulouse a été publiée au journal officiel par le gouvernement. Ce projet a depuis longtemps suscité une forte mobilisation des acteurs politiques, économiques et sociaux du Sud du Tarn, réunis pour la plupart au sein de l’association Via 81. Mais tout le monde n’est pas de leur avis, à l’image d’Anne-Sophie Letac, professeur en classe préparatoire au lycée Lavoisier à Paris, qui s’est lancée dans une critique condescendante de leur action, dans une tribune publiée dans Le Figaro, «Les villages du Tarn menacés par une nouvelle autoroute, résumé du mal français». En voici un extrait : « Pour résoudre le problème d’un bassin d’emploi, la vitesse, la pollution et la destruction de l’environnement sont les premiers, voire les seuls remèdes envisagés. La ringardise tient lieu d’imagination à des élus, des chefs d’entreprise, des promoteurs immobiliers qui n’ont pas compris qu’à l’avenir les territoires comme ce petit morceau de Tarn seront des richesses convoitées pour leur rareté, pour leur silence, pour leur terre » .

Agrégé d’Histoire, Anne-Sophie Letac a des attaches familiales dans le Tarn et a certainement des peines qui, renseignements pris, ne devraient pas être alourdies comme elle le prétend: la future autoroute ne fera pas disparaître le cimetière de Saint-Perdouls près d’Algans. Mélangeant ses propos peu amènes contre les dirigeants locaux avec une critique de la ministre des Transports (qui n’a fait que ce qu’elle devait faire selon des engagements anciens et transpartisans), l’enseignante a usé d’une réthorique sentimentaliste pour décrire notre territoire comme une réserve de mohicans. Il n’en fallait pas plus pour faire réagir Jacques Limouzy, qui lui a répondu dans le même journal, dans une tribune intitulée «Dans le sud du Tarn, sans l’autoroute, nos villes deviendront des villages» : « Anne-Sophie Letac nous parle du silence et de la passivité illusoire de ce territoire, coin de France miraculeux dont elle a bien saisi la grâce toscane qui l’enveloppe, et qu’il faut protéger. Mais certainement pas en en faisant un conservatoire. »

L’ancien ministre et directeur de notre journal en a profité pour rappeler l’enjeu majeur que constitue cet équipement : « Notre croissance et notre compétitivité dépendent étroitement de notre accessibilité […]Nos entreprises, leaders dans leurs domaines, ont besoin d’être reliées à leurs clients et à leurs fournisseurs et doivent donner envie de venir s’y installer, pour vivre et travailler sur ce territoire qui allie créativité et bien-être, à l’exemple de l’industrie numérique qui vient de créer un millier d’emplois ».

Nous reproduisons en intégralité la tribune de Jacques Limouzy. Nous vous invitons à la diffuser largement, en utilisant le lien avec le site du Figaro et celui de notre journal.

Richard Amalvy

Tarn Sud : sans l’autoroute, nos villes deviendront des villages

In Le Figaro, 22 août 2018

L’ancien ministre, membre honoraire du Parlement, ancien président de la communauté d’agglomération de Castres-Mazamet, ancien maire de Castres répond à la tribune d’Anne-Sophie Letac publiée dans le Figaro du 16 août.

La tribune « Les villages du Tarn menacés par une nouvelle autoroute, résumé du mal français », parue dans Le Figaro du 16 août dernier, mêle des sentiments personnels à des considérations politiques que je pourrais partager, si ce texte ne s’était pas trompé d’adresse : l’autoroute A69 qui reliera le bassin de Castres-Mazamet à Toulouse est attendue depuis plus de trente ans par un bassin industriel qui est un des premiers d’Occitanie. Elle sera ouverte à la circulation après 2024. Pourquoi voulons-nous, avec acharnement, cette liaison essentielle ?

La généalogie industrielle et commerciale de l’agglomération Castres-Mazamet démontre que la compétence internationale, conjuguée avec les savoir-faire locaux, a permis de développer notre économie, de la diversifier et de la maintenir vivace encore aujourd’hui, pour maintenir nos emplois. Notre croissance et notre compétitivité dépendent donc étroitement de notre accessibilité.

Alors que près de la moitié de cet équipement autoroutier est réalisé depuis les mises en deux fois deux voies de 2000 et 2008, et que les villages réellement affectés se comptent sur le bout des doigts, je crois devoir éclairer le contresens commis sur l’essence de ce territoire. Il n’a jamais été une association de villages comme pourrait le faire croire l’article d’Anne-Sophie Letac : depuis Jean-Baptiste Colbert, qui avait transformé un artisanat rural en manufactures ; depuis que le diocèse de Castres habillait le Canada alors français ; depuis la géographie de Joanes citant Castres comme l’une des principales cités industrielles du midi.

Il en est ainsi, également, depuis que Mazamet, rompu au commerce international, a rejoint Castres dans la même communauté de destin ; depuis que les industries pharmaceutiques et cosmétologiques ont, en plus d’un demi siècle, connu une expansion mondiale ; depuis qu’un centre universitaire de qualité avec un IUT et une école d’ingénieurs informatique s’y développent ; depuis que des sociétés comme IMS Networks et Thalès y deviennent des fers de lance de l’industrie numérique et de la cybersécurité. Tous ces éléments ont fait naître une agglomération de plus de 100 000 habitants, pôle urbain, industriel et de recherche privée qui serait le seul en France à ne pas être reliée à sa métropole régionale par une autoroute.

Nos entreprises, leaders dans leurs domaines, ont besoin d’être reliées à leurs clients et à leurs fournisseurs et doivent donner envie de venir s’y installer, pour vivre et travailler sur ce territoire qui allie créativité et bien-être, à l’exemple de l’industrie numérique qui vient de créer un millier d’emplois.

Avec les autres bassins déjà connectés à Toulouse, Castres-Mazamet constitue un facteur d’équilibre pour la croissance de la capitale régionale qui n’accèdera au rang de métropole européenne qu’en s’appuyant sur les principales agglomérations qui l’entourent à moins de 100 kilomètres.

Si nous refusons les moyens propres à notre développement ce ne seront pas les villages qui disparaitront, mais nos villes qui deviendront des villages.

Au nombre d’entre eux figure, en Haute-Garonne, celui de Bonrepos-Riquet qui évoque un équipement structurant que nous n’oserions pas refuser aujourd’hui, le canal du Midi, et un exemple d’entrepreneur, Pierre-Paul Riquet, baron de Bonrepos, qui mena toute sa vie une existence singulière qui fut le contraire de son nom.

La tribune à laquelle je réponds met en cause les élus du département et des dirigeants d’entreprise pour l’intérêt qu’ils portent au projet d’autoroute, mais sans aller jusqu’à évoquer le principal d’entre eux, Pierre Fabre

L’unanimité autour de l’autoroute est réelle, car tout ce qui a pu se faire depuis que les uns et les autres avons compris que nous ne pouvions éternellement rester enfermés dans nos communes, a été le fruit de la volonté des hommes plutôt que de l’analyse toujours ressassée de nos désaccords. C’est dire qu’il ne s’agit pas d’une question partisane.

Depuis qu’il y a une histoire du sport, le Castres Olympique a été cinq fois champion de France de rugby à XV sans que les deux tiers du public du stade de France sachent où se trouve notre agglomération et que les trois quarts puissent y parvenir sans un cheminement minutieusement préparé.

La tribune en cause semble nous vouer à n’être qu’un coin miraculeux de la France profonde dont la grâce toscane doit être protégée. Nous y souscrivons, mais à condition de ne pas devenir un conservatoire ou une réserve. Nous ne sommes pas des contemplatifs.

Au contraire, l’activité industrielle et manufacturière qui nous a toujours accompagnés et qui peut changer d’objets chaque jour, doit nous permettre de faire avec plus de sureté ce que souhaitent ceux qui s’opposent à cet équipement majeur : financer notre douceur de vivre.