Aux dirigeants de la droite : courage

Partager sur :

L’opposition n’aurait pas à se quereller sur les alliances avec le FN si elle avait l’audace de vraies réformes, par ordonnances et par référendums.

Les électeurs du PS jouent les “invisibles”. “Leur” presse, retrouvant de l’oxygène, a souligné la “panique” qui a saisi l’UMP lors d’une polémique récente sur le FN. Trois erreurs expliquent cette crise.

– Accepter de débattre sur l’opportunité d’une alliance. On n’achète pas des actions à la hausse ! Puisque la réponse sera négative, pourquoi exciter un électorat issu de la droite ? Le FN ne joue plus les supplétifs de sous-préfecture : il prétend se substituer à l’UMP. C’est avec ses électeurs qu’il faut s’allier, pas avec le parti qui nous fait battre dès qu’il le peut, oubliant Maurras : “La politique du pire est la pire des politiques.”

– Subir, sans broncher le chantage à la “moralité” du PS. Quand les voix du FN se reportent sur un candidat du PS, ou que les anciens électeurs de Cahuzac votent FN, nul bruit. Quand un candidat de l’UMP les attire, le PS vocifère. “Moral” ? Le PS, depuis Mitterrand, est l’allié électoral de l’extrême gauche, qui ne s’est jamais vraiment repentie d’une idéologie coupable de 100 millions de morts. “Le communisme et le nazisme, des jumeaux hétérozygotes”, écrivait l’historien modéré Chaunu. Les dirigeants de l’OAS, références fréquentes au FN, ont, eux, été condamnés avant d’être amnistiés par de Gaulle.

– Plier l’échine sous les accusations d’une “droitisation” inexistante ; simplement, depuis la campagne de Nicolas Sarkozy, un retour aux fondamentaux du gaullisme présents dans le programme défendu par Jacques Chirac en 1986, avec le soutien des centristes. Pragmatisme, orthodoxie maastrichtienne et accommodements avec le réel ne peuvent tenir lieu de vision du monde. La France n’est pas une porcelaine de Limoges qui se brise quand on la saisit : elle est prête à une alternative qu’incarne pour l’instant le FN. Mais il n’y a pas d’électeurs FN heureux. Ce parti prospère, comme autrefois le PC, sur des souffrances réelles : celles des ruraux qui n’ont pas le temps de manifester contre les milliards engloutis dans des politiques de la ville, souvent inefficaces ; celles des ouvriers dont on exige des efforts de productivité avec de maigres salaires ; celles des employés des caisses d’allocations familiales et des agents des hôpitaux ou des impôts qui subissent l’arrogance et la violence d’usagers invoquant leurs droits communautaires.

Tant que la droite privilégiera les conflits de personnes, ne s’adressera qu’aux cadres et se divisera sur la question de l’immigration, elle entretiendra le vote de ces humiliés d’un libéralisme de gauche, à la manoeuvre depuis longtemps : “sans-papiers”, laisser-faire moral et délocalisations sont les enfants d’une même mondialisation, rejetée par les Français modestes.

Il ne suffit plus de dénoncer les aberrations économiques du FN : après dix ans d’exercice du pouvoir par la droite, les caïds de l’immigration font encore la loi dans les cités et les prisons, l’AME donne aux clandestins la faculté de se refaire gratuitement une santé quand les Français n’ont plus les moyens de se payer une mutuelle.

Les Français se souviennent moins du fait que Nicolas Sarkozy a sauvé la France de la crise de 2008 que des misères de la vie quotidienne. Nous avons été des “réformateurs à la marge” alors que le monde nous renvoyait à notre déclin : la défiscalisation des heures supplémentaires quand il fallait revenir aux 39 heures, la franchise pour l’aide médicale aux étrangers, le conseiller territorial plutôt que la suppression du département, la retraite à 62 ans quand nos concurrents l’ont reculée à 65, des outils nationaux de politique industrielle quand la politique de la concurrence en Europe doit être révisée.

Les Français aspirent à un pouvoir s’imposant aux communautés, aux minorités, à l’Europe quand elle gaspille, aux autorités morales de pacotille. Nous avons la nostalgie de la puissance. L’âme de la France nous parle plus que les discours sur la compétitivité et les gargarismes de pseudo-humanistes. Aux dirigeants de la droite, nous sommes nombreux à dire : faites sauter les tabous sans haine ni crainte. Engagez-vous à réformer, comme le propose Jean-François Copé, par ordonnances et par référendums : les honnêtes gens et les travailleurs, croyez-moi, vu du Tarn, sont plus nombreux que les autres.

Bernard Carayon,

Avocat et ancien député (UMP) du Tarn

Tags: