Aux urnes ! 

Les Français ne croient guère aux élections. La fin du confinement va-t-elle leur faire retrouver le chemin des urnes ? Les élections intermédiaires – départementales et régionales – sont, selon les statistiques, moins courues que les présidentielles et les municipales, considérées par les Français comme les plus dignes d’intérêt. C’est la présidentielle qui reste la butte témoin de notre démocratie ruinée. Depuis l’instauration du quinquennat, la majorité offerte au président élu n’est constituée que de godillots désignés par lui et dépourvus de la moindre légitimité personnelle. Le troupeau majoritaire français, gavé de télé-réalité, de mensonges répétés par la propagande médiatique, acculturé, décérébré, ne sait pas raisonner par lui-même depuis longtemps. Ses seuls centres d’intérêts résident dans le football, les rumeurs du café du commerce, de ce qui tourne autour de ses biens personnels. Emmanuel Macron l’a bien compris. Et il a amorcé sa campagne avec des visites stéréotypées en province, voire même en envoyant ses ministres en mission, avec un seul objectif, chasser le RN, comme Tartarin le lion, tels Darmanin et Dupond-Moretti dans les Hauts de France, image rappelant Laurel et Hardy.

Depuis 1981 et la première décentralisation effective, sous François Mitterrand, il semblerait que tous les bricolages successifs des partages d’attributions entre les divers niveaux de collectivités locales, entre administration et représentants élus, relèvent d l’improvisation. L’Etat est entravé par ses propres circulaires, directives, normes et contrôles, qui empêchent les instructions du sommet d’être appliquées. Dans la France profonde, qui plus est, on ne rencontre pas un corps de métiers qui ne subit pas un inconvénient avec les directives issues de Bruxelles, édictées par des gens qui ne sont élus par personne et n’ont donc aucune légitimité. Il y a deux menaces qui pèsent. Il est évident qu’un aménagement du territoire devrait avoir pour but de revitaliser cette France des régions (« des territoires », comme dit le premier ministre). Il y a surtout des déshérences à ce niveau. Quant aux hommes politiques, ils sont tétanisés par les prises de risque et se cachent derrière les Comités d’experts (voir Covid 19) dans lesquels les batailles d’egos et d’intérêts font rage. La réalité est qu’il s’agit de choisir pour chaque domaine quel est le niveau le plus pertinent , local, régional, national.

L’Etat semble avoir abandonné en bonne part ce qu’on nomme le régalien, la défense, la sécurité, l’éducation, la justice, la santé aussi, pour consacrer une grande partie des ressources qu’il prélève à sa subsistance, mais surtout à ce que l’on appelle faussement la paix sociale, distribuant des subventions à tout ce qui compte comme quémandeurs. Cet Etat n’a ps été en mesure de mener une stratégie en matière industrielle et a laissé faire des délocalisations qui affaiblissent notre indépendance nationale comme la honteuse vente d’Alstom à Général Electric par le ministre de l’Industrie d’alors, Emmanuel Macron, contre l’avis de son prédécesseur Arnaud Montebourg, mettant sa démission dans la balance…

Les élus locaux – ils l’ont montré durant la crise sanitaire – devant l’inquiétude de leurs administrés, sont prêts à relever le défi devant cet Etat bureaucratique ou faussement maternel que l’on nomme Etat-providence. Rendre le maire puissant ? Sans l’affaiblir avec la communauté de communes ? Il faut voir la spécificité française du « mille-feuilles administratif ». Mais cela n’est pas là notre sujet aujourd’hui, à la veille de ces élections départementales et régionales alors que l’on pourrait se livrer à un inventaire à la Prévert des compétences de ces deux collectivités. Un esprit un tantinet soupçonneux y verra une tendance récurrente et délibérée de zélés jacobins à garder le pouvoir à Paris, tout en prétendant s’en défaire. C’est la négation de la subsidiarité, ce concept dont se gargarise à tort l’Union européenne. Peut-être faudrait-il vouer aux gémonies quelques uns de ces jacobins pour établir que non, ce n’est pas sur les bords de la Seine que sont prises les meilleures décisions locales pour Castres, Pampelonne ou Saint-Paul-Cap-de-Joux. Les instances locales et régionales voudraient bien, mais ne peuvent point, ne disposant pas d’une autonomie fiscale suffisante aussi longtemps que les impôts seront recueillis par Bercy puis redistribués aux collectivités,

Il y a une certaine désespérance chez les gens. Ils pensent que même les élections ne suffisent pas, que voter ne sert à rien, que la politique consiste à permettre à des personnes sans principes de vouloir gouverner des gens sans mémoire. Qui donc, des hommes politiques ou des journalistes, nous rappellera à l’approche de ces élections, que voter est un droit mais aussi un devoir civique ?

Pierre Nespoulous