« Bête comme la paix »

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Signature du traité de Versailles le 28 juin 1919. D.R.

« Bête comme la paix » avait-on dit à Versailles à propos du Traité d’Aix la Chapelle (1748) où la France victorieuse s’était retirée sans profit.

En 1919 toujours à Versailles, la paix s’annonça incertaine dans ses adhésions et improbable dans son exécution.

Aussi débouchât-elle sur un monde fugitif qui, durant à peine vingt ans, fut un après-guerre suivi d’une avant-guerre sans qu’à peu près rien ne les sépara.

Car, personne dans la préparation du Traité, n’avait recherché la même chose, mais sachant qu’il en était toujours ainsi, on réussit à conclure, plus ou moins, bien des négociations, où chacun était venu avec des prétentions contradictoires.

La République avait fini avec ses alliés par gagner cette guerre qu’elle avait insuffisamment préparée, sans artillerie lourde, avec des stocks de munitions insuffisants et une infanterie en képis et pantalons rouges. Tels avaient été, en1914, les deux premiers mois qui furent ceux où l’on sut que l’on ne devrait pas perdre.

Cependant, les objectifs de la guerre n’avaient pas fini de changer. On savait qu’elle devrait effacer le Traité de Francfort (1871), c’est-à-dire satisfaire les rêves qui hantaient depuis si longtemps la Nation touchant le retour des provinces perdues, car il n’y avait pas de ville de France qui n’ait de ponts et de rues de Metz, de Strasbourg ou de boulevards d’Alsace-Lorraine.

Ressentie par ceux qui l’avaient voulue depuis si longtemps comme un affrontement Franco-Allemand, elle apparut dès le premier jour comme européenne et l’on dut convenir, bien avant qu’elle ne finisse, qu’elle était devenue mondiale.

Ainsi, le Traité qui devait maintenant clore d’aussi redoutables querelles devrait s’élever dans l’adhésion et se montrer dans les applications à intervenir au niveau des grandes antériorités que proposait l’Histoire de l’Europe, c’est-à-dire le Traité de Westphalie (1648) et le Congrès de Vienne (1815) qui, chacun, avait organisé le monde de l’époque.

Pendant près d’un siècle et demi, les traces de la paix de Westphalie avaient subsisté et celles du Congrès de Vienne n’étaient pas effacées en 1914.

Il n’était pas douteux que les négociateurs de Versailles dussent faire aussi bien que leurs prédécesseurs au niveau de la clarté des adhésions et de la loyauté attendue dans l’application, et ceci, dans le document le plus monumental disposant de l’avenir des Nations que le monde ait connu jusque-là.

Or, chemin faisant, il allait se révéler que la Nation française recevrait une part qui serait au-dessous de sa victoire, des mérites et des efforts qu’elle avait déployés et des promesses qui lui avaient été faites par les uns et les autres.

En effet, la sécurité de la France ne fut pas assurée. Nous restions les vaincus de 1815, l’Allemagne conservait ses soixante millions d’habitants. Nous en avions à peine quarante.

L’Angleterre recommença à mettre tous ses soins à éviter qu’il y ait une puissance dominante sur le Continent. Elle ne l’avait pas accepté de l’Allemagne et elle devait veiller à ce que la France de 1919, dont le prestige était à son sommet, ne la remplaça pas.

Clemenceau dira à propos des quatorze points du Président Wilson : « Cela fait quatre de plus que Dieu dans ses commandements ». Wilson les avait érigés en philosophie dont il s’était fait le prêcheur : l’équilibre européen vieille recette gagnerait à être remplacé par la Société des Nations ; l’Allemagne devait être contrôlée, peut-être punie, mais dès qu’elle serait digne d’entrer à la Société des Nations, la sécurité de tous, et en premier lieu de la France, serait assurée. On n’est pas plus naïf !

La France ratifia, l’Angleterre aussi, mais sous réserve de l’adhésion des États-Unis, dont le Sénat refusa toute ratification, et on n’en parla plus. Le Traité marcha sur trois pattes, peut-être moins.

Sa suite fut soumise à des discussions éprouvantes où se croisèrent les réparations attendues par la France et le remboursement des dettes dues aux États-Unis.

Mais la France n’était pas que débitrice, elle était aussi créancière de la Russie pour un montant plus élevé, mais que la Russie ne rembourserait pas.

Des conférences se succédèrent sur le montant des réparations dues par l’Allemagne à la France et sur la dette de la France.

La France finit par déclarer que si les réparations n’étaient pas versées, elle ne rembourserait rien.

Finalement en 1925, à Locarno, l’Allemagne fut admise à la SDN sept ans après, mais c’était disait-on le retour d’une « bonne Allemagne », celle de Weimar. Mais celle-là, ses jours étaient comptés !

Quant au Maréchal Foch, il déclara qu’il s’agissait d’une trêve et que cela recommencerait dans vingt ans.

Il ne se trompait que de 65 jours.

Jacques Limouzy