« Cachez ce sein que je ne saurais voir ! »

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Quoi de neuf ? « Molière ! » répondait inévitablement à cette question Sacha Guitry. Tartuffe n’est pas mort. Il va bien et fait assaut de valeurs en gazouillant partout : « Cachez ce sein que je ne saurais voir ! ».

Commençons à reconstituer la scène : depuis les révélations de l’affaire Weinstein, nous voyons proliférer les déclarations des féministes de l’aile furieuse « Balance ton porc ! » ou « Metoo » etc. nous montrant que la période de laxisme et d’impunité des délinquants sexuels est révolue. Personne ne nie la souffrance qu’endurent celles qui furent, sont et seront victimes de ce crime qu’est le viol, qui doit être sévèrement puni. Et, à juste titre, Emmanuel Macron a promis que « la France ne doit plus être ce pays où les femmes ont peur ». En ce sens, un projet de loi « contre les violences sexistes et sexuelles » est défendu par Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat, à la suite de la déclaration du Président de la République le 25 novembre dernier faisant de l’égalité entre la femme et l’homme « une grande cause du quinquennat ».

Il n’est pas question de transiger sur l’égalité. L’important, c’est que l’égalité des droits soit aujourd’hui garantie par la loi et protégée par la décence commune. Mais dans la brèche ainsi ouverte s’est engouffré un néo-féminisme d’amazones en guerre contre un féminisme pacifique qui tient les femmes debout et autonomes celui d’un collectif de femmes dont Catherine Deneuve, Elisabeth Lévy voire Brigitte Lahaie, défendant le droit des femmes à plaire aux hommes et dénonçant le climat de délation qui a suivi l’affaire Weinstein. Le néo-féminisme exacerbé s’est répandu, tirant sur tout ce qui bouge, avec aussi des considérations idiotes comme celle du refus de « La belle au bois dormant », au prétexte que le baiser qui réveille la belle endormie n’est pas consenti. D’autres ont préféré modifier la fin de l’opéra Carmen, faisant de l’héroïne non plus une victime mais la vengeresse…

Toute atteinte à la féminité est suspecte. Je citais Molière en commençant. Marlène Schiappa et les néo-féministes associées iront-elle jusqu’à faire interdire ce dangereux fasciste, l’écosystème médiatique le mettant au rang des prédateurs ? Ainsi s’exprime-t-il :

« Est-ce qu’au simple aveu d’un amoureux transport
Il faut que notre honneur se gendarme si fort ?
Et ne peut-on répondre à tout ce qui le touche
Que le feu dans les yeux et l’injure à la bouche ?
J’aime qu’avec douceur nous nous montrions sages ;
Et ne suis point du tout pour ces prudes sauvages
Dont l’honneur est armé de griffes et de dents,
Et veut au moindre mot dévisager les gens.
Me préserve le Ciel d’une telle sagesse !
Je veux une vertu qui ne soit point diablesse,
Et crois que d’un refus la discrète froideur
N’en est pas moins puissante à rebuter un cœur ».

Il va même plus loin dans la diatribe contre les femmes, rejoignant la méchanceté du poète Juvénal :

« Leur esprit est méchant, et leur âme fragile,
Il n’est rien de plus faible et de plus imbécile
Rien de plus infidèle, et malgré tout cela
Dans le monde on fait tout pour ces animaux-là ! »

Mais sous couvert d’éradiquer les stéréotypes, les petits garçons jouant avec un camion et les filles avec une poupée, on voudrait imposer le stéréotype unique. Toutes les théories ne supprimeront pas un fait simple : c’est la différence qui rend le monde délicieusement habitable. Si céder par courtoisie sa place à une dame dans les transports en commun est assimilé à une agression sexuelle, où va-t-on ? Où commence le harcèlement dont on nous promet la verbalisation : au sourire, au compliment ? Il est très important de voir que le puritanisme exacerbé et le déchaînement sans limite de tous les fantasmes sont les deux faces d’un même refus, et qu’en définitive le puritanisme salafiste et le néo-féminisme des prétendues élites sont appelés à fusionner. L’exemple en est dans la censure, depuis le 7 janvier, frappant la chanson de Pierre Perret « La femme grillagée » !

Sont insupportables chez ces harpies leur absence totale d’humour, leur hargne victimaire et cette inaltérable soif de « surveiller et punir », leur refus même de la galanterie comme reliquat d’une société patriarcale avec son sexisme bienveillant. Or cette attitude tire ses racines du Moyen Age où la vertu chevaleresque se devait de protéger les plus faibles, cette série de petits gestes servant à faciliter la vie des femmes : quand un navire sombre, ne dit-on pas : « Les femmes et les enfants d’abord » ?

N’est-ce pas aussi un paradoxe de voir combien les femmes se ruinent pour être séduisantes, devant l’avènement d’une société aseptisée où la séduction apparaît comme un crime passible d’une lourde amende morale ? La France a été un pays initiateur de l’amour courtois. Elle est en train de devenir, copiant les Etats-Unis, le pays initiateur de la guerre des sexes, déjà évoquée au XIXème siècle par Alfred de Vigny, qui écrit, dans « La colère de Samson » :

« Bientôt se retrouvant dans un hideux royaume
La Femme aura Gomorrhe et l’homme aura Sodome,
Et se jetant de loin un regard irrité
Les deux sexes mourront chacun de leur côté ».

La littérature fourmille donc de textes à censurer. Il y a aussi cette pièce de Jean Anouilh intitulée « La culotte » où l’auteur se moque bien de ces féministes révolutionnaires qui prennent le pouvoir et veulent condamner les misérables phallocrates de l’ancien monde. Il serait utile de la remonter !

Pierre NESPOULOUS