Castres-Mazamet-Agglomération :
Ce que j’en pense

Ayant été maire de Castres et plus souvent député de Mazamet, ayant présidé sept années jusqu’en 2008 la Communauté d’agglomération, je crois devoir vous faire part des sentiments, des vœux et des souhaits que m’inspirent le renouvellement de ses instances et l’élection de son président.

Je me souviens d’un temps où Mazamétains et Castrais fréquentions le même établissement d’enseignement secondaire puisqu’il n’y en avait qu’un pour les deux villes.

Ce fut dans les cars d’Henri Thorel qui, pionniers des transports scolaires, nous réunissaient que surgit l’idée qu’il serait plus facile de rapprocher Castres et Mazamet que de s’obstiner à fusionner Mazamet et Aussillon, tâche à jamais jugée rocambolesque (A. Ribes).

Pour se marier à l’époque, il fallait être différents et rapprocher la puissance industrielle de Castres et le destin international de Mazamet eut été possible. Aujourd’hui où ces deux cités ont perdu beaucoup de leur densité originelle, l’intérêt de leur rapprochement apparaît de plus en plus évident.

 

I – Un bipolarisme à maîtriser

Voilà pourquoi l’acquisition que j’ai pu faire il y a plus de vingt ans au nom de la Ville de Castres des quatre propriétés d’En Vieu, d’En Vieu vieux, du Causse et de l’Hermitage n’était pas sans objectifs.

En effet, si l’on voulait rompre un bipolarisme diviseur, il fallait placer des équipements lourds au milieu ; c’est ce positionnement central qui permit la création d’un District qui ne devenait possible et attractif qu’en montrant à tous que ce qui se passerait sur le Causse entre les deux villes serait un bien commun.

Plus tard, la loi Chevènement permit à ce district Castres-Mazamet de se qualifier de Communauté d’agglomération.

Alors, si certains ont pu dire récemment que les retombées du Causse étaient médiocres pour celui-ci ou celui-là ou pour eux-mêmes, qu’ils se rassurent, les retombées du Causse sont prioritairement sur la Communauté d’agglomération à qui elles apportent dimension et puissance.

 

II – Le Président et la culture du compromis

Au moment d’élire le Président et de renouveler les institutions de la Communauté, il importe de rappeler à tous que ce Président n’est ni un Maire en plus ou un Maire supérieur aux autres.

Parce que les rapports d’un Président avec l’Assemblée délibérante d’une Communauté d’agglomération n’ont rien à voir avec ceux d’un Maire avec son Conseil municipal pour la bonne et simple raison qu’il ne s’agit plus de s’adresser à des personnes physiques égales entre elles mais à des collectivités de dimensions diverses dont la présence résulte d’une adhésion communautaire originelle qui s’entretient en permanence grâce à une culture du compromis.

Le bénéfice que tous peuvent attendre de l’adhésion à une communauté vient surtout de sa dimension, seule susceptible de lui donner à l’égard d’un Département, d’une Région voire de l’Etat un niveau de négociation qui élimine l’effet de domination que ces collectivités supérieures exercent fatalement sur des territoire diversifiés.

Cette dimension sera d’autant plus nécessaire demain car les dotations de l’Etat vont se réduire. La réponse locale ne pourra être trouvée que dans une plus grande mutualisation qui sera d’autant plus possible que la Communauté sera plus importante, d’où l’intérêt pour les communes qu’on dit “petites” d’être membres des grandes unités qui les traiteront mieux que d’autres.

 

III – Un microcosme diviseur

C’est pourquoi toute attitude qui conduirait à se tirer la bourre entre communes, grandes ou petites, au sein des institutions communautaires ou à constituer des majorités géographiques ou politiques, réduirait au détriment de tous la puissance et l’énergie de l’ensemble et conduirait à son effondrement.

Avec ses 86.000 habitants, la Communauté d’agglomération de Castres-Mazamet est la première de Midi-Pyrénées avant celles de Tarbes, de Montauban, d’Albi et de Rodez, elle constitue à elle seule le quart du Département du Tarn.

Qu’elle soit bipolaire fait sa richesse mais aussi sa fragilité puisque mieux que d’autres, elle peut se défaire et retomber dans le microcosme local.

 

IV – Ne pas devenir une coquille vide

M’adressant aux seize maires de la Communauté d’agglomération, je ne puis que leur dire : si vous vous laissez surprendre par des divisions subalternes, si vous quittez la cour des grands, vous redeviendrez quelques chefs-lieux de cantons qui n’existent déjà plus et treize ou quatorze villages qui s’entendront tant bien que mal dans une Communauté sans dimension, sans prestige, sans capacité de négociation, prête à rejoindre ces coquilles vides qui encombrent trop souvent la vie publique de la France.

V – Si vous vous divisez vous n’existerez plus

C’est mon seul message en forme de testament car, à 88 ans, je me crois autorisé à le porter. Ayant été Maire de Castres et jadis six fois élu Député de Mazamet, je connais parfaitement ces deux villes qui ont été les enfants de ma jeunesse.

La vie politique m’a appris qu’il n’y avait pas besoin d’être les mêmes, de s’entendre sur tout et tout le temps pour faire des choses ensemble.

C’est parce que je me suis mis d’accord avec Raoul Bayou, député socialiste de l’Hérault qu’il y a aujourd’hui un Parc Naturel du Haut Languedoc et ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres.

 

VI – Une actualité qui reste brillante

Entre le Mazamétain et le Castrais on peut contempler l’actualité en plein essor : L’aéroport de Castres-Mazamet, l’Hôpital intercommunal de Castres-Mazamet, le Téléport de Castres-Mazamet, des espaces d’entreprises mieux équipés que Labège, l’envol du numérique avec des centaines d’emplois informatiques, le couronnement donné par la Technopole de Castres-Mazamet, la communautarisation des services et des activités, déchets-ménagers, transports urbains constamment poursuivis.

Depuis que les uns et les autres avons compris que nous ne pouvions éternellement rester enfermés dans nos communes, la volonté des hommes a entrepris de surmonter les analyses trop ressassées de leurs désaccords.

L’administration des hommes et des collectivités n’est pas un fleuve tranquille, elle est soumise à l’emprise d’évènements qu’elle subit et qu’elle n’a souvent ni provoqués, ni prévus, ni parfois compris.

Par contre, grâce aux institutions qui nous rassemblent, nous avons la faculté de créer des évènements dont pour chacun d’eux, nous maîtrisons à la fois la question et la réponse.

Jacques Limouzy