Castres-Mazamet : le fondamental

Ce soir-là, il y a bien longtemps, j’avais dîné chez mon ami André Ribes qui demeurait alors sur les hauteurs du Bout-du-Pont-de-L’Arn.

C’était une superbe nuit d’été et le ciel ne manquait pas d’étoiles. Au sol, depuis les dernières lueurs de Saint-Amans-Valtoret, jusqu’aux premières de Caucalières, il y avait une ville de 35.000 habitants partagée entre sept communes et, au centre, s’inscrivait une division entre les lumières d’Aussillon et celles légèrement bleutées de Mazamet.

Alors que le ciel n’était pas séparé, sur la terre existait une frontière. André Ribes en effet désigna la lueur qui terminait cette frontière : « Il y a là un homme qui dort avec les pieds à Mazamet et la tête à Aussillon. On n’y arrivera jamais, ils ont le génie de la division !» » me dit-il, « ce serait plus simple de rapprocher Castres et Mazamet. »

Était-ce une illusion ? Comment pouvait-on avoir des camarades qui avaient été élèves ensemble dans un établissement secondaire et qui étaient à la fois Castrais et Mazamétains ? Cette idée me visita plusieurs fois lorsque je devins maire de Castres et à six reprises député de Mazamet.

L’idée d’une agglomération bipolaire m’a toujours poursuivie. Jusqu’au dernier temps de ma vie, j’ai tenté d’en trouver les chemins. Ai-je réussi à entreprendre ce parcours ?

En effet, la géographie de Castres-Mazamet dessine plus qu’un simple espace urbain, c’est une véritable agglomération.

Ceux qui me suivent, quels qu’ils soient, doivent savoir que sans la puissance d’une agglomération bipolaire de 85.000 habitants aujourd’hui, ils deviendront hélas de gros cantons d’une constance moyenne. Mais ce bipolarisme, s’il accroît la force extérieure de l’institution, n’en élimine pas pour autant sa fragilité.

Cette agglomération est bipolaire, on doit l’admettre. Elle est réunie par le fait que des équipements supérieurs, comme l’aéroport, le centre hospitalier intercommunal et l’espace du Causse sont situés en son centre et qu’elle se trouve donc à participer par cette dimension urbaine, industrielle et économique, au mouvement qui va se produire lors du développement de l’ensemble toulousain vers une métropole européenne.

La croissance de Toulouse ne se fera pas sur un désert. Ce développement exige la présence, autour de Toulouse, d’agglomérations, qui, dans un rayon d’environ 100 kilomètres pour une population de 80 à 100.000 habitants, seront celles de Montauban, Albi, Castres-Mazamet et Carcassonne.

Il est évident que rien ne doit être fait pour empêcher l’agglomération de Castres-Mazamet de parvenir à ce statut. La liaison autoroutière est indispensable pour cela. Il faut donc qu’à Castres, et surtout à Mazamet, on ait conscience d’appartenir à cette agglomération en ne rêvant pas d’une division.

Peuplée de près d’un quart des habitants du département sur moins d’un douzième de sa superficie, elle est essentiellement urbaine et ne saurait être scindée sans perdre sa nature.

À ceux maintenant qui nous suivent de ne pas la détruire ou la contester.

Si j’écris ces quelques lignes à l’extrémité d’une vie déjà longue c’est parce que je me souviens que ces deux villes furent les enfants de ma jeunesse.

Jacques Limouzy