Castres Olympique : un rugby transcendantal

Partager sur :

Photo Ville de Castres

Il fallait à l’équipe du Castres Olympique une foi inébranlable pour renverser les prédictions de ceux qui annonçaient, avant l’heure, le sacre du Montpellier Héraut Rugby. Et plus que par la foi, finalement, l’équipe s’est sublimée par cette transcendance qui insuffle le dépassement de soi en temps exceptionnels.

Il n’y a rien d’irrationnel dans tout cela, mais d’abord, une stratégie rigoureuse : un jeu structuré et puissant doté d’une défense ferme et solide, et une capacité à déconstruire celui de l’adversaire sur ses points faibles, bien étudiés. Tout cela a transformé une bande de copains voyant le Bouclier de Brennus comme son Graal, en une énergie motrice inébranlable dans sa conviction et son projet. Les mêmes, qui se demandaient où habite le Petit Poucet du rugby français, se sont ravisés dès la fin de la première mi-temps : l’exploit était à portée de main et de pied. « Quel mépris », pensions-nous en regardant d’en bas ceux qui ont du mal à situer Castres sur la carte de France. À la 80ème minute, le score affichait un gaillard 29-13.

Parmi les amateurs de beau jeu, quelques réactions. Sur Twitter, David Skrela a salué le symbole : « Le Castres Olympique est l’exemple parlant des valeurs de notre sport que l’on aime tant ! ». Thierry Dusautoir s’est dit « admiratif » du parcours du CO : « Bravo pour cette leçon de détermination et de force collective ». Frédéric Michalak a quant à lui utilisé les hashtags #inspiration, #courage, #sacrifice, #cœur.

Sur BFM Sport, après le match, Christophe Urios restait modeste : « Moi, le rugby je l’aime comme on le joue aujourd’hui, quand l’équipe donne des choses, une forme d’émotion. Mes mecs ils sont super sympas, ils sont simples. Moi je veux des mecs simples. Ils sont abordables, ils se remettent en cause. Ils ne sont pas toujours bons. On a parfois perdu des matchs à la con, mais on donne tout ce que nous avons, tout. Et les gens se reconnaissent là-dedans ».

Avec la même envie d’en découdre que leur équipe, plus de 10 000 supporters ont fait le déplacement au Stade de France, par bus, par train spécial, en voiture et en avion. Trois fois plus en nombre que les Héraultais. Ils ont porté leur XV et englouti celui de Montpellier par leur clameur. Cette même transcendance a rassemblé plus de 12 000 fans sur la place Pierre-Fabre, en communion totale et à distance avec son équipe. Cette ferveur était émouvante, unissant un peuple dans l’espoir de revoir le Bouclier à Castres. Les accolades, les larmes de joie, les acclamations, les sautillements, les chants et les applaudissements ont ponctué la soirée. La photo est belle, qui montre l’église Saint-Jean Saint-Louis, au fond de cette foule compacte, renforçant l’image d’un rugby de terroir. Après tout, nous étions à l’Albinque, village dans la ville, où l’urbain et le rural se sont toujours mêlés : le CO est le club du pays castrais.

Dimanche, une foule de 15 000 personnes est venu saluer les valeureux joueurs à leur retour, et toucher du doigt ou des yeux le Brennus. Rodrigo Capo Ortega s’est exprimé ainsi : «  Je vais parler avec mon cœur. Je me rappellerai toujours 2014 contre Toulon, nous étions triste et malheureux. Je vous avais promis que nous rapporterions le bouclier. Voilà ! ». Avec son inimitable accent anglo-saxon et occitan, Rory Kokott a résumé la scène : « Le bouclier de Brennus vous appartient aussi ».

Quant à Pierre-Yves Revol, président du club, il a réaffirmé la dimension familiale du CO et son attachement au rugby de terroir, fustigeant au passage le dévoiement de l’approche business. L’équipe, alignée sur les principes donnés par Pierre Fabre il y a trente ans, a bien montré que le rugby est plus une affaire d’hommes qu’une lubie d’homme d’affaire. Une minute de silence poignante, demandée par Pierre-Yves Revol, s’imposa sur la place qui porte le nom du bienfaiteur du club, donnant à ce moment une dimension transcendantale supplémentaire.

Selon notre belle devise, le pays castrais était debout. Fier, tout simplement.

Richard Amalvy