Castres Olympique : Urios et l’esprit d’équipe

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Photos Laurent Frezouls

Depuis bientôt 30 ans, le Castres Olympique vit une épopée au sein du Top 14. Champion de France en 2013 vingt ans après avoir reconquis le bouclier de Brennus, il n’a manqué la phase finale qu’à une seule reprise depuis 2010. Cette fin de semaine, le club est au Stade de France pour démontrer ce qui fait sa force : l’esprit d’équipe, un principe fondamental pour Christophe Urios.

Le 28 avril dernier, 25ème journée du Top 14, la torture imposée au Castres Olympique par le Rugby Club Toulonnais fut rude (59-13). Nous étions à deux matchs du barrage. Dans les bars de Castres, les aficionados étaient moroses et certains avaient décidé de partir avant le coup de sifflet final. Ces roumaigaïres exultent aujourd’hui puisque la blessure d’honneur est déjà pansée : l’épopée du club est exaltante et fantastique, et la ville, comme à l’accoutumée, se pare de bleu et blanc.

Cette épopée semble impressionner jusqu’au président du RCT, Mourad Boudjellal, qui dans sa chronique hebdomadaire a livré ses sentiments pour la Finale : « Mon cœur penchera pour le Petit Poucet qu’est Castres, et parce que Urios, ça fait un moment qu’il tourne autour. Il a beaucoup de talent, et je crois que s’il l’attrapait, personnellement ça me ferait plaisir ». Une fois n’est pas coutume, nous serons d’accord avec lui pour espérer que l’entraîneur du Castres Olympique touche le bouclier qu’il avait déjà atteint avec ses coéquipiers en 1993, quand il était talonneur.

L’affirmation de Boudjellal est à l’image de la plupart des articles parus ces derniers jours dans la presse nationale pour tenter d’expliquer la recette castraise du succès : comment le CO peut-il se maintenir depuis bientôt 30 ans dans l’élite du rugby français, et apparaître aussi souvent en phases finales, avec le 11ème budget et une masse salariale inférieure à la moyenne du Top 14 ? Réponse de Pierre-Yves Revol, président du club, dans Les Échos : « La recette est un peu difficile mais ce que nous recherchons à faire c’est essayer de cultiver ce sens du collectif si précieux pour gommer ces différences ». Ce qu’il confirme dans Rugbyrama : « Les joueurs savent l’importance du côté familial attaché au CO, ça se transmet de génération en génération ». Toujours dans Les Échos, ce commentaire à propos de l’esprit d’équipe : « Éculé, souvent galvaudé, le concept prend dans le Tarn un sens quasi mystique: le collectif sacré ».

Christophe Urios

Pour expliquer cette sacralisation dans ce « rugby de sous-préfecture », les observateurs se sont penchés sur la méthode Urios et constatent avec étonnement qu’il s’agit effectivement d’un sport d’équipe avant d’être un assemblage de gladiateurs. Dans Le Figaro : « À chaque fois, l’ancien talonneur […] utilise le même management : basé sur l’humain, l’affectif. Il organise régulièrement des entretiens individuels avec ses joueurs, il laisse souvent les aspects purement tactiques du jeu à ses adjoints pour mettre l’accent sur un relationnel fort avec ses joueurs ». On comprend d’autant plus ce culte de l’équipe en lisant le témoignage de Rodrigo Capo Ortega, ancien capitaine : « Ça se travaille jour après jour. Il faut de l’humilité. Accepter de voir un coéquipier qui joue à ta place, faire un bon match et aller le féliciter ». Bel exemple d’intelligence émotionnelle.

En parallèle à tout ce qui contribue à l’émergence de l’action et de l’intelligence collective du groupe, il y a bien sûr l’intelligence tactique de l’entraîneur, relevée par le président du Racing 92, Jacky Lorenzetti, la semaine dernière dans Midi Olympique : « Il faut parler franc. Ce sont de vrais casse-couilles. Ils sont champions de France des casse-couilles et ils ont remarquablement bien joué le coup ». Urios s’explique : Quand je prépare un match, la première pensée que j’ai, c’est comment je vais faire déjouer les mecs en face. Ensuite, comment je vais placer mon jeu. Cela fait partie des armes d’un combat.» 

En attendant le résultat que nous espérons victorieux du match contre Montpellier, il ne reste plus qu’à rêver que le Castres Olympique fasse coup double samedi soir, avec la finale René-Crabos (17/18 ans), contre Grenoble à 17h30. Vingt cinq ans après, la boucle serait ainsi bouclée entre équipe Junior et équipe 1.

Vive le rugby. Vive le Castres Olympique !

Richard Amalvy