Censure ?

La liberté guidant le peuple, 1830, Delacroix. © Paris, musée du Louvre

L’on a appris la semaine dernière qu’un quotidien du numérique, Boulevard Voltaire (près de 53 000 abonnés) a vu brutalement son compte Twitter suspendu sans sommation, sous prétexte que son contenu « enfreint les règles de Twitter relatifs à la violence explicite et au contenu pour adultes dans les visages de profil ». Derrière ce jargon, il faut préciser que l’objet du litige est le célèbre tableau de Delacroix « La liberté guidant le peuple », que tout le monde connaît et apprécie, figurant traditionnellement depuis 2012 (il était temps !) en frontispice des articles de ce journal. Le tableau est dans tous nos livres d’Histoire, le symbole de notre identité française post-révolutionnaire, lorsque le peuple se relève. Et cette censure est d’un ridicule montrant la force de l’incompétence.

Piétiner l’Histoire d’un pays et son expression artistique, si vous faites cela à un pays africain – à l’heure où Macron leur restitue des objets -, tous les racialistes vont vous tomber dessus et hurler au racisme. Donc on ne piétine pas l’Histoire de France et sa culture. L’inculture américaine est évidente et l’on cherche à nous l’imposer (sachant que, d’après Macron, « il n’y a pas de culture française » !) « Ce n’est pas de la culture, c’est de l’amerloque », comme disait Claude Nougaro. Voir les seins d’une jeune femme qui monte à l’assaut d’une barricade, c’est inconvenant. Avec un fusil, quel mauvais exemple ! A moins que ce soit le drapeau français qu’elle brandit aussi ? Pauvre de nous ! Si ces censeurs arrivent au pouvoir, on pourra fermer au moins la moitié des salles du Musée du Louvre ! Mais ont-ils eu peur du scandale ou du ridicule ? Après intervention auprès de Damien Viel, directeur général de Twitter-France, le compte concerné a été rétabli vingt-quatre heures plus tard.

Si j’ai longuement insisté sur cette anecdote de la censure idiote du tableau de Delacroix, c’est pour laisser apparaître le côté amusant d’une action qui l’est moins. Ce qui est inquiétant, c’est qu’on a donné à une entreprise supranationale, enivrée de sa propre puissance, de pouvoir piétiner sans sommation les platebandes de notre pays. Personne n’a oublié qu’un Président des Etats-Unis, encore en exercice, Donald Trump, a subi cette sanction, posant à ce niveau un problème majeur qu’il conviendrait de résoudre : un camp politique qui n’aurait pas accès à cette plateforme serait discriminé par rapport aux autres. En Espagne, le parti VOX a été suspendu par Twitter pour avoir enfreint le « politiquement correct » dans une campagne contre l’islamisation. Et, chez nous, le sénateur Sébastien Meurant vient d’être censuré pour un message évoquant l’islamisme conquérant. Il dénonce cette atteinte à la liberté d’expression exercée par les GAFAM se substituant à la loi française et a décidé de porter plainte au pénal contre Twitter.

L’on a constaté récemment, en Pologne et en Hongrie, que les gouvernants réfléchissaient à réglementer les comportements de ces organismes. Il est vrai qu’après subi soixante-dix ans sous la botte soviétique, ils sont rétifs à toute dictature. Pourquoi, en France, se contenter de parler au lieu d’agir ? En fait, la puissance des entités capitalistiques que sont les GAFAM pose problème pour l’exercice de la démocratie. C’est un vrai sujet de droit.

Lorsque le mur de Berlin est tombé, que l’URSS s’est effondrée, les peuples, enfin affranchis d’une dictature marxiste et mortifère, avaient enfin retrouvé la Liberté, laquelle avait de nouveau « guidé les peuples ». La trêve aura-t-elle pris fin ? Une censure à l’échelle mondiale est de nouveau en voie de s’abattre sur l’humanité. Le plus pervers de l’histoire, c’est que la dictature traditionnelle a été remplacée par le numérique, sorte d’hydre malfaisante, sans figure humaine. Le seul leader qui proteste contre cette censure est Poutine (en « visioconférence à Davos). Macron, de son côté – on le voit tous les jours – utilise Twitter sans retenue… comme forme de gouvernement.

Ne pourrait-on revenir aux fondamentaux ? En résumé, ces « géants du web » ne sont, au bout du bout, que des supports, comme Gibert et ses bloc-notes et papier à lettres, et n’ont pas à être tenus pour responsables de ce qui y est imprimé. Point ! S’agissant de la liberté d’expression, s’il y a des dérapages qui enfreignent la loi, il revient à la justice, et à elle seule, de sanctionner.   C’est sur cet argument-là et seulement sur celui-là que doit être mené le combat pour la liberté d’expression sans laquelle la liberté de conscience et d’opinion est vaine…

Mais la liberté d’expression ne fonctionne-t-elle pas comme le cliquet d’un treuil ? Doit-on être Charlie de gauche, mais surtout pas de droite ? Au lieu de pleurnicher devant ces réseaux sociaux pour bulots, l’on se demande ce qu’un Président, un philosophe ou autres font sur ces sites tout juste bons à mettre une photo de leurs orteils à la plage…

Par ailleurs, je n’ai pas de compte Twitter. Dieu merci…

Pierre Nespoulous