C’est la rentrée !

C’est inhabituel… On parle de rentrée scolaire au mois de juin, qui avait naguère un fumet de grandes vacances. Le coronavirus est passé par là, le confinement aussi. La phase 3 du déconfinement se poursuit : après la réouverture des restaurants le 2 juin, de nouvelles mesures ont été annoncées par le gouvernement et se sont mises en place ce lundi 22 juin. En particulier, l’école et le collège sont redevenus obligatoires, comme l’avait annoncé le 14 juin Emmanuel Macron dans son allocution. Obligatoires ? « Allegro ma non troppo », disent les musiciens. Pas trop vite ! « Notre but, a dit le ministre, c’est qu’il y ait le plus d’élèves possible qui reviennent » : une certaine souplesse est tolérée. Le protocole sanitaire a été assoupli : le précédent, de quelque soixante pages, fruit des jargonneurs du Ministère, était imbuvable.

Avec l’ouverture à tous, cela mettra-t-il fin aux directives de cuistres résumées sous le sigle cabalistique 2S2C ? On se paie de mots, avec les technocrates du Ministère, débordants d’imagination. Les directives du protocole précédent imposaient un groupe maximum de 10 enfants en maternelle, et de 15 en école élémentaire. D’où, pour les autres, le sigle 2S2C, c’est à dire Sport, Santé, Culture et Civisme. Le ministre avait dans l’idée que pendant le temps où ils ne sont pas accueillis en classe, les élèves puissent être accompagnés par des associations locales pour « développer de nouvelles compétences » autour des quatre thèmes précités. Après quoi, il leur souhaite des vacances « apprenantes » !

Le retour en classe après le confinement a des ratés. Que va-t-on enseigner en deux semaines à la fin du mois de juin quand les élèves, prêts à rendre leurs manuels, n’auront guère envie de travailler ? Est-ce utile ? Il y a généralement un relâchement les quinze derniers jours de l’année scolaire, pour ceux qui n’ont pas d’examen. Cependant, pour certains parents, à vouloir inquiéter les enfants devant l’épidémie et leur montrer qu’il vaut mieux renoncer plutôt que d’agir en faisant attention et en prenant des précautions, je ne suis pas certain que ce message les prépare à grandir et à devenir responsables.

Ce n’est pas l’Education Nationale seule qui a transformé l’école en garderie, mais les pressions de l’opinion publique. L’école n’est pas hors de la société : toutes les transformations que l’école a connues sont des demandes de l’opinion publique. Rien que le « marronnier » du cartable trop lourd en sixième est révélateur  (en journalisme, un « marronnier », techniquement, est un sujet qui revient tous les ans et où il suffit de changer les dates).

Le passage de la culture tout court à la culture ludique et à l’industrie culturelle n’est pas le fait de l’école mais de la société dans son ensemble. L’école – et c’est valable pour toutes les époques – n’a jamais été que le reflet de la société : au mieux elle suit ou s’adapte, mais par définition elle n’est pas à l’origine des grands changements sociaux ou intellectuels. La remise en cause de l’autorité, de l’apprentissage des connaissances ou de la lecture n’est pas venue de l’école mais de la société : l’école a dû s’adapter, qu’elle le veuille ou non. Ce n’est quand même pas l’école qui a mis des adolescents devant des écrans toute la journée ! On ne peut nier que des disciplines à la fois de culture et de formation comme le grec et le latin ont quasiment disparu de l’école actuelle. Est-ce une demande de l’école ? Non. De professeurs de lettres classiques ? Non. Qui a tué les « Humanités » ? C’est une demande de la société dans son ensemble : « ça ne sert à rien » ! Il est vrai que, semblablement, on peut dissuader les sportifs de participer à des entraînements, puisque les buts marqués lors de ces exercices ne sont pas comptabilisés : « ça ne sert à rien » !

Pour monsieur Blanquer, une reprise des cours plus massive est une priorité pour les enfants qui ont besoin de retrouver « une interaction sociale » avec leurs camarades de classe. Tous à l’école, donc… Après, ce sont les vacances, et puis plus de distanciation, plus de masques, plus de « mesures barrières », les bars et restos ouverts comme avant, les frontières aussi. L’on voit des rassemblements de plus de dix personnes, comme des manifestations interdites mais autorisées – est-ce le « en même temps» Macronien ? – ou comme la foule lors de la fête de la musique. Et demain ? Qu’en pense le virus ?

Pierre Nespoulous