Cet inconnu de l’Elysée

Mon Oncle,

Votre lettre de la semaine dernière est fort injuste et vous a conduit à juger le Président sur des écarts que l’histoire ne retiendra pas. Vous ne le connaissez pas !

Il faut que vous sachiez que ce bon Monsieur Hollande fut jadis conduit à diriger le Parti socialiste, tâche où il n’eut pas réellement d’adversaires même s’il lui manqua souvent des amis.

Aussi, laissa-t-il cette grande formation politique dans l’état où il l’avait trouvé, ce qui est en soi une sorte de succès.

Il faut dire que ce n’est jamais sans état d’âme que ce Parti accepte d’être administré mais exceptionnellement conduit.

On se souvient encore qu’un jour, le Parti socialiste supporta qu’un homme venu d’ailleurs s’empare de lui en quelques heures durant lesquelles François Mitterrand se fit socialiste comme jadis Henri IV s’était fait catholique.

Lorsqu’un homme sait ce qu’il veut nécessité fait loi, il aura suffi à François Mitterrand de connaître exactement les situations, de mettre fin à ses dernières pulsions droitières et de disposer dans l’exécution d’une volonté sans failles et certes il l’avait !

Les captations d’un grand héritage politique sont rares au Parti socialiste, même si celle-là fut décisive, elle fut unique car François Hollande n’a rien d’un homme qui sortirait tout armé d’une aventure aussi romanesque.

Or, la candidature à la présidence de la république, jusqu’ici naturelle chez les premiers secrétaires, fut dérobée à François Hollande en 2007 tant son personnage certes de bonne compagnie manquait d’éclat et dissimulait des qualités certaines sous trop de discrétion qui n’était cependant pas de l’ignorance.

Ainsi, fut-il parfaitement conscient qu’en désignant la propre mère de ses enfants pour la candidature suprême, on lui avait fait une mauvaise manière dont il se souviendrait.

Cet affront fut accru lorsque Monsieur Montebourg alors spécialiste en quolibets et autres nazardes révéla ce qu’on pensait de lui en déclarant que “le seul défaut de Madame Royal était son compagnon”. Comme François Hollande est un lent, Monsieur Montebourg n’a pas encore reçu le salaire de ses appréciations mais on reste persuadé que cela pourrait venir bientôt.

Ainsi, François Hollande restait un inconnu dont l’image n’était éclairée que par l’injustice des siens, souvent portée par cette première secrétaire que le Congrès de Reims avait institué dans des conditions contestables.

Or, dans toute carrière d’homme d’Etat, comme d’homme de guerre, rien ne va sans la chance.

François Hollande eut la sienne lorsque l’on appris qu’un certain Dominique, messie attendu, sûr de lui et de son succès à la primaire, ne viendrait pas parce qu’il flambait trop souvent sur le brasier d’Eros.

Cela acquis, il entrepris de réunir les “contres” et les “antis”, du tout et du n’importe quoi, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, pour faire de ces activistes de la négation un solde positif, propre à la placer en tête de la compétition mais où les siens se perdraient dans la vaste macédoine des adversaires de son concurrent. 

C’est à cela qu’il dut, peut-être, cette difficulté à entrer dans ses fonctions, cette hésitation et ces détours familiers de ceux qui ont des problèmes pour savoir où l’on peut mettre les pieds, enfin cette errance permanente ponctuée de montages subtils et de pactes providentiels.

La dernière prestation tranche par ses dimensions avec les précédentes.

Désespérant d’attendre qu’une croissance internationale entraîne celle de la France, le Président a décidé d’échanger une baisse des charges contre une création corrélative d’emplois.

Cette proposition ne manque pas d’à propos ; il n’est pas certain qu’elle réussisse, mais si elle ne réussissait pas, elle aura tout de même réussi à refiler au patronat le mistigri du chômage.

Cette initiative est d’autant plus astucieuse que (Monsieur Mos-covici dixit) les allocations familiales seront financées par les économies faites puisque il y a cinquante milliards de prévus à terme.

Vous apprécierez, mon Oncle, l’adresse de ceux qui nous gouvernent, puisque un seul chiffre est à la fois une économie ici et une dépense ailleurs.

Certes, vous me direz qu’on ne peut être à la fois l’une et l’autre et qu’il s’agit pour des analystes exigeants d’un virement de deniers publics d’un budget à l’autre. Autrement dit, on commencera à dépenser des économies qui ne sont pas encore faites !

Il reste que François Hollande n’est pas n’importe qui, même si certains peuvent en douter. Il pourrait être appelé à nous surprendre.

Homme de réflexions, à réaction lente, il n‘est pas fait pour des mandats trop courts.

Songez, mon Oncle, combien le septennat lui aurait mieux convenu, en lui donnant une amplitude plus longue que celle de sa majorité parlementaire, en lui permettant de mieux s’imposer à des ministres qui lorsqu’ils sont socialistes persistent à se prendre pour ses pairs et à le prendre lui pour le premier secrétaire.

Il est vrai, mon Oncle, qu’il y a grâce à lui des choses qui marchent bien en France comme la destructuration de la société avec Madame la Garde des sceaux, avec Monsieur Peillon qui en prend à son aise avec l’histoire où l’on ne se retrouve plus, avec des Dames ministres qui détricotent la famille.

Et on dit, mon Oncle, que le Président ne fait rien ! Rien n’est plus faux puisqu’il prend des risques !

Innocent

234ème lettre d’Innocent Patouillard, contribuable Castrais, à son Oncle, Célestin Crouzette, propriétaire exploitant à la Montagne.