Chante, Maurice !  

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Photo (c) DR

Maurice a gagné son procès. Il doit pouvoir continuer à chanter et à évoluer dans l’environnement qui est le sien, ainsi en a décidé le tribunal d’instance de Rochefort (Charente maritime), ce 5 septembre. Maurice est le coq appartenant à Corinne Fesseau, habitante historique de l’île d’Oléron, objet d’un procès ouvert le 4 juillet et intenté par un couple de retraités ayant acquis une résidence secondaire dans le voisinage, se disant incommodés par les nuisances sonores du chant du volatile. L’affaire n’est pas mineure : elle a même été évoquée par le New-York Times !

La nature du coq l’incite à chanter dès potron-minet. Il fut, comme on le sait, le témoin du reniement de Saint-Pierre et, mis à part cela, semble n’avoir gêné personne jusqu’à une époque récente. Mais contre ce coq, devenu au fil des siècles un emblème de la France à cause d’une homonymie latine, voilà que les plaintes se multiplient depuis que les citadins transportent les villes à la campagne, comme le suggérait Alphonse Allais.

Ainsi, parmi les problèmes de société qui reviennent souvent sur la table en cet été, les néo-ruraux qui rêvent d’une campagne silencieuse et inodore qui n’existe pas, s’élèvent contre bruits et odeurs qui s’élèvent de la campagne. Faut-il que notre époque soit tombée bien bas pour qu’un coq fasse la une des chroniques judiciaires ? Et il n’est pas le seul en cause : il y a tous ces bruits caractéristiques de la campagne dont se plaignent certains citadins qui arrivent avec dans leurs valises un mode de vie pas du tout en adéquation avec celui qui rythme la ruralité. Du meuglement des vaches au tintement des cloches, en passant par le bruit des tracteurs qui trouble les grasses matinées, le braiement des ânes, le bêlement des moutons, l’aboiement des chiens voire le chant des oiseaux, tout indispose des gens pourtant rompus au vacarme insupportable d’une circulation ininterrompue et pétaradante, ainsi qu’aux horribles bruits stressants des villes.

De plus en plus de plaintes sur les nuisances de la campagne sont déposées auprès des maires qui n’en peuvent plus ! Ainsi de Christophe Georges, maire de Pignols (Puy-de-Dôme) : « J’en aurai entendu pendant plus de dix ans en tant que maire, mais celle-ci dépasse de beaucoup les limites » déclare-t-il à propos d’une plainte de vacanciers déplorant « de petits dépôts de pollen sur les volets et les tables », dus à l’existence d’une ruche dans l’environnement ! Ici, un habitant préconise l’emploi d’insecticide pour éliminer les cigales, trop bruyantes à son goût ; là, c’est la demande de faire combler une mare, à cause du coassement des grenouilles à longueur de nuit ! A quand les campagnes contre les grillons ? Et il n’y a plus le forgeron pour battre le fer dès 5 heures du matin !

En mai, Bruno Dionis du Séjour, maire de Gajac (Gironde) a transmis une lettre ouverte aux députés, dénonçant la recrudescence de ces plaintes et souhaitant que, par une proposition de loi, les « bruits de la campagne » soient reconnus comme « patrimoine national », avec demande d’inscription auprès de l’UNESCO. De son côté, réagissant à l’affaire du coq Maurice, le député de Lozère Pierre Morel-à-L’Huissier a déposé une proposition de loi visant à les faire inscrire au patrimoine rural. Ainsi le juge pourrait dire au plaignant : Je ne peux pas vous donner raison, parce que cela fait partie du patrimoine et d’une tradition rurale ». Car, si l’on continue comme cela, c’est toute la problématique de la vie en commun en milieu rural – je passe sur l’odeur du fumier – qui peut être mise en cause, jusqu’aux activités agricoles !

Le maire de Saint-André de Valborgne, dans le Gard, Régis Bourelly, a fait installer à l’entrée de son village un panneau anti-grincheux portant, avec toute la diplomatie permise par l’humour, le symbole du respect de la vie rurale : « Attention, village français. Vous pénétrez à vos risques et périls. Ici, nous avons des cloches qui sonnent régulièrement, des coqs qui chantent très tôt, des troupeaux qui vivent à proximité, certains ont même des cloches autour du cou, des agriculteurs qui travaillent pour vous donner à manger. Si vous ne supportez pas ça, vous n’êtes pas au bon endroit. Sinon, nous avons de bons produits de terroir, des artisans talentueux et heureux de vous faire découvrir leur savoir-faire et leur production ». En somme, la ruralité, on l’aime ou on la quitte !

Alors, chante, Maurice ! Chante pour promouvoir cette France des terroirs et ces campagnes ! Chante, Maurice, pour exalter la ruralité et notre patrimoine, pour réenraciner la France dans son Histoire ! Chante, Maurice, pour dire aux râleurs que leur pays est l’œuvre de millions de paysans dont le travail patient et rude, dès le signal matinal de tes ancêtres, l’a façonné. Chante, Maurice, pour leur rappeler les racines et la profondeur de l’âme française !

Pierre Nespoulous