Commémorations…

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A l’occasion du centenaire de la signature de l’armistice de 1918, le Président de la République avait choisi de consacrer quelques jours à des commémorations sur les lieux des conflits : c’était son « itinérance mémorielle », terme au parfum de pédantisme d’un communicant de start-up. Cette errance « mémorielle » a par moments revêtu des aspects fort divers, Emmanuel Macron a rencontré sur son chemin des Français qui n’étaient pas là que pour agiter de petits drapeaux derrière les barrières de sécurité. Beaucoup lui ont dit, dans un bain de foule toutefois parfaitement encadré, ce qu’ils avaient sur le cœur : retraités, ruraux, classes moyennes, le tout focalisé comme un symbole sur le prix des carburants. La belle communication macronienne a été bousculée par l’actualité : les séances de commémoration alternaient avec des visites économiques et sociales, ainsi que l’avait voulu le président, soucieux de redorer au contact du peuple son étoile pâlissante. Cela faisait quelque peu désordre et n’a pas forcément été productif. A ce sujet, d’ailleurs, sur BFMTV, le publicitaire Jacques Séguéla rappelait ce vieux principe du marketing : on fait campagne pour un produit, pas pour deux. « Macron ne peut pas à la fois s’occuper des poilus et des poids lourds »…

Les jacqueries contre les hausses d’impôts ou l’inégalité de leur répartition et contre la multiplication des taxes ont toujours existé et cela devrait inciter l’Etat à plus de prudence et de dialogue. Le pire est que ces récriminations populaires bien choisies sont une expérience pour la nouvelle « com » présidentielle destinée à relever une popularité en berne, résultat de la déception d’une grande part de la population devant l’entêtement, l’orgueil et la façon d’Emmanuel Macron d’avoir toujours raison. Une citation de Jean Cocteau nous vient à l’esprit : « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur ». Elle semble avoir été adoptée par l’Elysée qui justifiait ainsi le contact du Président avec la France profonde : « En allant dans les territoires jadis meurtris par la guerre et aujourd’hui par la crise, on n’allait pas faire une cure thermale… » Faut-il s’attendre, ce samedi 17 où seront dans la rue les gilets jaunes des fâcheux, des fâchés et des fachos, à voir Emmanuel Macron aller sur les barrages routiers pour « prendre le pouls du pays » ? Chiche !

Après l’« itinérance », il était grand temps pour le Président de rentrer à la maison, pour tenter encore de redonner quelque lustre à sa fonction, avec la présence à Paris de puissants de ce monde, dans une cérémonie pensée tout entière à la gloire d’Emmanuel Macron. Soixante-dix chefs d’Etat étaient conviés à la commémoration de l’armistice de 1918. Certains étaient encombrants et si un désir de paix les animait tous, chacun dans sa besace était porteur de différences avec le voisin. L’on a pu ressentir un malaise devant ce grand spectacle de l’utilisation d’un martyre monstrueux d’il y a un siècle pour des opérations de politique internationale et européenne, et pour servir de tribune au combat des bons « progressistes » chers à Emmanuel Macron contre les vilains « nationalistes ». Pour jeter une pierre dans le jardin de celui-ci, Donald Trump n’a pas manqué de déclarer : « Il n’y a pas de pays plus nationaliste que la France, un peuple très fier, avec juste raison ».

Si l’on s’est peu appesanti, dans les organes d’information, sur le silence discret et boudeur de Vladimir Poutine, sensible au mépris macronien, l’on a développé en long, en large et en travers le comportement de Donald Trump. Ce dernier, courroucé par certaines déclarations de notre Président et imperméable aux avances de celui-ci a fini par l’accabler d’une avalanche de « tweets », y compris l’ironique et parodique « Make France great again » ! D’un caractère sanguin et aux yeux de certains quelque peu goujat, Trump s’est déchaîné après sa visite parisienne. Soulignons toutefois que, s’il a subi quelques vexations, le destinataire de ses interventions en l’occurrence est l’opinion publique américaine auprès de laquelle il doit renforcer sa popularité. Et puis, pour une fois où un diplomate a un langage direct ! Sous certains aspects, il est excellent ; ses vérités vont agacer quelques « godillots » de LaREM !

Le 11 novembre est une belle commémoration du patriotisme de la France. Le peuple français, dont notre Président veut renier ce sentiment au profit d’une Europe technocratique, ne veut plus de son arrogance. On finit par rire de l’image de la Cadillac présidentielle de Donald Trump enfumant la cour de l’Elysée !

Pierre NESPOULOUS