Comprendre la souveraineté numérique

L’heure est-elle grave ? Cette question au sujet de notre souveraineté numérique nationale et européenne mérite une mise en perspective pour comprendre les véritables enjeux. C’est ce que nous propose la nouvelle livraison des « Cahiers français » car ils nous invitent à « comprendre la souveraineté numérique », une excellente lecture en ces temps où beaucoup réfléchissent au monde d’après le Covid et où l’Europe fait preuve de nouvelles ambitions et d’une nouvelle solidarité, peut-être, et il faut l’espérer, de moins de naïveté et de complaisance sur ce sujet de la souveraineté numérique.

L’émergence et le développement d’Internet dès les années 90 ont permis la création d’un «cyber-continent», aujourd’hui dans ce cyber monde où nous assistons, un peu impuissant, à l’omnipotence d’acteurs qui mettent en cause la souveraineté des États européens en fragilisant leurs modèles économiques et sociaux voire en déstabilisant les rouages démocratiques. La suprématie des GAFAM* à la fois technologique et économique le cyberespace, sans contexte possible, à l’exception de celui de la Chine. Dans cette bataille planétaire, les acteurs européens ne pèsent pas grand-chose ! Toutefois, tout n’est pas perdu à condition d’y mettre véritablement des moyens à la hauteur des enjeux. Si la souveraineté dans la fabrication des médicaments est plus que souhaitable, la souveraineté numérique l’est tout autant pour assurer également la résilience future de nos sociétés.

Les français sont suspicieux quant à l’utilisation de l’application StopCovid et donc font preuve de méfiance vis-à-vis de leurs propres dirigeants nationaux sur des fonction régaliennes, mais en utilisant Google Maps, Alexa d’Amazon, Siri d’Apple et bien d’autres applications, des millions de français acceptent de donner massivement et avec constance des informations confidentielles à des acteurs privés étrangers qui désormais savent tout de nous. Il y a là un paradoxe d’une sorte de servitude volontaire qui menace notre souveraineté et qui met nos démocraties et nos économies dans un état de faiblesse dangereux.

Pourtant une étude récente du Cabinet Carvea Consulting basée sur un panel réalisé par OPINEA révèle que la souveraineté numérique est perçue par 78% des français comme un élément aussi important que de disposer de sa propre armée. La crise inouïe que nous traversons provoque une conscience, mais il y a urgence. Les acteurs publics et privés doivent mettre les actes en pratique afin de favoriser l’émergence de solutions numériques alternatives aux offres conçues et gérées hors de l’Europe. L’exemple du marché entre la DGSI (Direction de la sécurité intérieure) et la société américaine Palantir est emblématique du piège duquel il faut sortir.

A l’image du « Buy American Act » en vigueur aux Etats-Unis, il faut promouvoir le « Buy European Act » car toute administration publique du périmètre européen qui veut disposer d’outils numériques, qui plus est sur des secteurs sensibles, devrait accorder une priorité aux acteurs des pays européens, cela est le seul cadre pour se protéger et faire naître un marché de taille critique.

L’intelligence artificielle est l’un des chantiers qui mérite le soutien massif des fonds publics pour donner à l’Europe et notamment à la France la capacité à créer, maîtriser, contrôler et exploiter toutes les potentialités de ces technologies et infrastructures numériques.

Au sein du Groupe IMS et plus particulièrement au sein de la filiale Cyblex Technologies, notre contribution face à ces défis est de mettre l’Intelligence Artificielle et les technologies algorithmiques au service de la cyberdéfense, ceci avec la prétention de faire émerger des solutions de protection des données pour créer une alternative notamment aux offres made USA, mais surtout plus ouvertes, collaboratives et souveraines dans le domaine de notre sécurité numérique.

* Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft

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