Confinement

« Ausweis, bitte ! » Non, ce n’est pas un retour en arrière vers des jours sombres que, finalement, désormais, peu  auront connus. « Laissez-passer, s’il vous plaît ! » reste pour beaucoup une locution reprise pour rire dans le film « Papy fait de la résistance ». Il s’agit aujourd’hui de l’attestation dérogatoire de déplacement à présenter lors d’un contrôle sur la voie publique, le confinement de la population pour raison sanitaire ayant été déclaré, comme chacun sait.

Après quelques jours, voire semaines, d’enfermement, de gavage sur les chaînes d’information en continu et internet, les yeux et les cerveaux se fatiguent des écrans et l’on se trouve en face du vide culturel et spirituel dans lequel le monde « nouveau » nous a maintenus. L’on ne mourra peut-être pas du Coronavirus, mais sous perfusion avec l’info en continu, la dépression à grande échelle menace. Pour échapper à la télé, il y a la lecture. Pour ceux qui savent encore faire, bien sûr. Profitons de ces longues heures de confinement pour lire, voire écrire, comme Xavier de Maistre, écrivant en 1794 « Voyage autour de ma chambre ». Jeune officier de l’armée piémontaise, de Maistre écopa de 42 jours d’arrêts de rigueur pour s’être battu en duel. Un confinement ! Du coup, pour vaincre l’ennui, il écrit ce roman ! Se connaître soi-même n’a jamais tué personne et Socrate a même dit que c’était le début de la sagesse. Peut-être est-ce donc l’occasion d’embarquer pour un petit voyage intérieur.

Aujourd’hui, comme les forces de l’ordre au moment des attentats, comme les pompiers lors de l’incendie de Notre Dame, les héros du quotidien sont les personnels soignants qui luttent avec leurs trop modestes moyens contre un séisme de dimension planétaire dont nous ne soupçonnons pas encore les conséquences. Oubliés par les gouvernements depuis des années, méprisés au moment des grèves – n’oublions pas qu’il y a deux mois le Président Macron leur a envoyé les canons à eau – les personnels soignants continuent avec dévouement à faire face malgré le risques, la fatigue et la lourdeur de la tâche. C’est beau, pour les remercier, de frapper dans ses mains à 20 heures chaque soir. A condition de ne pas se les laver juste après ! Qui osera suggérer que toutes les amendes pour non-respect des consignes de confinement soient redistribuées en primes pour le personnel soignant ?

Et comment ne pas mettre en évidence la fameuse pénurie de masques ? Dans un numéro de l’émission de télévision « Pièces à conviction », en 2010 (1), l’insupportable Elise Lucet pointait du doigt le « manque de discernement » du gouvernement d’alors et de la ministre Roselyne Bachelot qui avait décidé d’acheter deux milliards de masques et des millions de doses de vaccins en vertu du principe de précaution pour lutter contre la contagion de la grippe H1N1. Cette journaliste « d’investigation » qui sévit toujours avec la même absence de retenue va-t-elle revenir pérorer sur l’actuelle pénurie de masques, bradés par Hollande, Ayrault et Marisol Touraine ? Et leurs actuels successeurs, des recyclés des précédentes mandatures, loin de reconstituer le stock, ont adopté – c’est le principe du « nouveau monde » start-up – la technique des industriels fonctionnant « à flux tendu » : en cas de crise, on demandera à la Chine de nous les fournir. On connaît la suite.

Si le gouvernement apparaît une fois de plus « hors sol », ce n’est pas encore l’heure des comptes. Que le chef soit « chef de guerre » ou adjudant de la 7ème Compagnie, quand la tempête est là, mieux vaut ne pas tout faire pour déclencher une mutinerie. Même si le capitaine est contestable, ce serait le meilleur moyen de couler le bateau et noyer les marins. L’urgence de l’heure est au rétablissement prompt des malades, au soutien au personnel de soins, au confinement pour tous, à la prière pour les croyants. Et s’il faut faire un peu de philosophie, je dirai que ce confinement doit être providentiel : recentrons-nous sur l’essentiel, enracinons nous. Nous étions en train de perdre notre humanité ; un virus d’un millième de micron vient de nous la rendre. Ce confinement nous place, sans le savoir, sous l’égide de Saint Benoît, patron de l’Europe, que nous fêtions la semaine dernière. Simplicité, équilibre entre les tâches domestiques et la vie intellectuelle et spirituelle : la fameuse règle monastique dévoile des trésors de bon sens et des conseils précieux garantissant la paix d’une vie entre quatre murs.

Les voies de l’idéologie étant impénétrables, nombre de leaders politiques, Macron en tête, auront brillé par leur obsession d’un monde sans frontières, trop occupés à recevoir Greta en grande pompe. Devant le virus, les frontières des nations réapparaissent ! Au moment où notre Président faisait du climat, selon son expression, le « combat du siècle », le gouvernement coréen mettait en place des tests à grande échelle et une procédure de lutte contre la progression de l’épidémie dont on connaît aujourd’hui le résultat. En matière de santé, chez nous, il y a encore quelques semaines, la priorité du gouvernement était l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et son remboursement par la Sécurité sociale.

Lorsqu’Emmanuel Macron a dit que « plus rien ne sera comme avant », souhaitons qu’il entende rééquilibrer la balance et se réapproprier ces termes honnis par les soi-disant progressistes : Sécurité collective, Nation, Patrie, Frontières. Le Coronavirus nous ramène sur terre. Ceux qui marchaient vers un avenir radieux se sentent fiévreux et affaiblis dans leur certitude et leur arrogance. La vie est une succession de choix. Il n’y a pas de place pour le « en même temps » ! Alors, après ce confinement prolongé, il faudra tirer les leçons de la crise. L’on pleurera les morts, l’on ne se moquera plus de Roselyne, l’on préparera peut-être le combat contre le prochain adversaire : sanitaire, économique, terroriste, migratoire ? Nous nous rêvions créateurs, nous nous réveillons créatures… Pour l’instant, c’est l’Etat laïc qui oblige tout le monde à entrer en Carême !

Pierre Nespoulous

(1) Quand Elise Ducet s’alarmait de l’achat de 2 milliards de masques en 2010