Controverses

Durant le confinement de la population, la pandémie du Covid-19 a pratiquement accaparé tout le temps d’antenne des chaînes d’information en continu. Une bonne part en a été consacrée, controverses à l’appui, au traitement proposé à l’IHU de Marseille, à base d’hydroxychloroquine et d’azythromicine par le Professeur Didier Raoult, finalement « plus connu que la plupart de ministres du gouvernement Philippe », selon la journaliste Sophie Coignard. Pour nos autorités sanitaires, « en l’absence de données cliniques solides et publiques, on ne peut pas en déduire une preuve d’efficacité, ni des recommandations », et à la suite d’une étude de la revue Lancet confinant à l’escroquerie, le ministre Oliver Véran lui-même fut aussi expéditif pour l’interdire qu’un juge face à un quelconque Fillon.

C’est vrai, les traitements à base de quinquina ne sont connus que depuis le XVIIème siècle ! Nos vieux coloniaux, comme nos soldats rappelés en Algérie au siècle dernier, ont pris une nivaquine tous les matins pour éviter le paludisme, sans conséquence pour leur santé. Entre un médicament, peut-être inefficace contre le coronavirus, mais dont on connait les effets secondaires, et rien, le choix est vite fait. Il y a des effets secondaires ? C’est un rappel toujours utile de dire que les médicaments allopathiques ne sont pas des sucres d’orge et qu’il faut les éviter en automédication.

Le citoyen moyen en a soupé, de ces crises intestines entre carabins, ces querelles de chapelle grotesques INSERM/IHU, Lévy/Raoult, OM/PSG ! C’est « Dallas », pour ceux qui se souviennent du feuilleton ! Dans le domaine scientifique, les controverses entre savants sont l’essence même de ce qui fait avancer la connaissance. Mais, dans ce cas précis, la polémique est plus profonde que le seul débat sur l’efficacité de la chloroquine. C’est une véritable honte que de régler ces problèmes sur les plateaux de télévision, en n’ayant par ailleurs rien à proposer que la critique, parfois violente. Ce dossier est devenu passionné car la personnalité du Pr Raoult est « clivante », comme on dit de nos jours. Mais ce n’est pas une excuse pour ceux qui donnent l’assaut dans une sorte de pandémie hystérico-médiatique d’experts en tout…

Que reproche-t-on à notre virologue de renommée mondiale ? Tous ses détracteurs lui ont reproché avec une certaine violence, de ne pas avoir observé le standard de la discipline. Dans le domaine de la recherche, celui-ci est d’effectuer une « étude randomisée en double aveugle » pour confirmer sans ambiguïté l’efficacité d’un traitement. Après le recrutement d’un nombre important de patients, on les répartit, au hasard, en deux groupes que l’on différencie par la prise d’un médicament pour l’un et d’un placebo pour l’autre, ni les médecins ni les intéressés ne sachant qui a pris quoi. Il s’agit alors de tirer les conséquences en comparant les résultats.

Dois-je dire ici que, bien que d’une incompétence encyclopédique dans le domaine médical, je connais parfaitement le processus, ayant participé pendant dix années (deux mandats de cinq ans) sur désignation du Préfet de Région, aux réunions mensuelles du « Comité de Protection des Personnes » chargé d’examiner ces protocoles, comme « candide » en quelque sorte, en compagnie de sommités hospitalières toulousaines. Une telle mission d’auditeur est d’apporter un regard extérieur sur la procédure, pour les sujets qui tendent à l’intérêt général et aux droits individuels, avec un éclairage autre que celui d’une analyse purement technique, sans aucune prise sur cette dernière autre qu’éthique et vue du dehors.

Quelques leçons épistémologie seraient nécessaires : la science n’a jamais progressé sous l’effet de la seule rationalité. De plus, la médecine, si elle peut s’appuyer sur des découvertes scientifiques, ne peut en tant que telle avoir le statut d’une science à proprement parler. Je n’ai pas d’avis médical, bien entendu, sur le Pr. Raoult, mais je comprends fort bien qu’il dise non à la médecine bureaucratisée et aux recherches interminables menées par des statisticiens quand il y a urgence de soigner des gens en pleine épidémie.

Protocoles, normes et processus ne tombent pas du ciel. Ils ne cessent d’évoluer. Les prescriptions d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier. Et ne seront pas celles de demain. Il n’est donc pas blasphématoire de contester leur bien-fondé. La sacro-sainte méthodologie de la randomisation avec double aveugle que certains jugent parfaite a apporté la caution scientifique et permis leur mise sur le marché à des médicaments proscrits depuis, comme le Distrilbène, le Lévothyrox, le Médiator, le Myolastan, des antidépresseurs dangereux, et ainsi causer des cancers, des maladies neuro-végétatives, des scléroses, des AVC, des hépatites B et C, etc.

Pour la science médicale, il y a les tenants d’une recherche clinique brute fondée sur les essais comparatifs d’un côté et de l’autre ceux qui privilégient une observation pragmatique pour proposer une solution thérapeutique aux patients. Passons sur ces « médecins de plateaux télévisés » qui ont ces temps derniers, en grand nombre, troqué leur stéthoscope contre le fond de teint des maquilleuses avent leur passage devant les caméras. Encore une fois, tout est dans Molière, avec Chrysale, dans « Les femmes savantes » :

« Raisonner est l’emploi de toute ma maison,

Et le raisonnement en bannit la raison ».

Alors, pour nous remettre, replions-nous vers un remontant « à consommer avec modération » un verre de « Clos Roquine » cet excellent cru de Corse-Figari !

Pierre Nespoulous