De Cassandre à Carabosse

Une artillerie qui ne reçoit plus les obus destinés à ses canons devient inefficace. Il en est de même, lorsque la distribution du vaccin n’est plus assurée ou n’est assurée que par intermittence.

Cette imprévision n’est pas due seulement à quelques inaptitudes gouvernementales. Elle est due aussi au caractère volatile des opinions et surtout des opinions françaises.

Mon voisin, Jean Bouchedor, m’avait affirmé il y a quinze jours : « Moi, le vaccin jamais !».

Cette opinion, loin d’être solitaire, était partagée, semble-t-il, par plus de 50 % des Français.

J’ai retrouvé hier Jean Bouchedor, il était étroitement masqué et on ne lui parlait que de loin. Il me cria : « Je viens de m’inscrire sur la liste d’attente de la vaccination, je suis 2348ème ».

J’apprenais en même temps que 80 % des français souhaitaient maintenant se faire vacciner.

Il est vrai qu’il y a là une habitude constante dans notre pays. Dès qu’une pénurie s’annonce, tout le monde souhaite être servi immédiatement.

L’accélération de la demande d’aujourd’hui élimine tout le refus d’hier ce que n’améliore pas une offre qui était déjà mal établie.

Les esprits sondeurs qui empruntaient jusqu’ici le langage de Cassandre pour annoncer des jours sombres passent à celui de la fée Carabosse distributrice de catastrophe et de punition.

Le Gouvernement est loin d’être le seul coupable de ce désordre. Le caractère volatile de la pensée « anticipatrice » de notre Pays l’est aussi et l’on ne peut que songer aux propos de Jacques Bainville : « Il n’est pas facile de conduire les peuples, et l’on doit garder en définitive beaucoup d’indulgence pour les gouvernements ».

Jacques Limouzy