De la censure au boycott

« Sleeping Giants » (Les géants endormis) est une association qui se présente comme « un collectif citoyen de lutte contre le financement des discours de haine » sur Internet et les médias. Né aux USA après l’élection de Donald Trump, il fait partie de ce fascisme d’extrême gauche importé et entré désormais dans sa phase active chez nous. Dans la ligne de cette mode qui nous vient d’outre Atlantique avec Black Live Matter, ses méthodes envahissent la presse de gauche et les réseaux sociaux. Leur mode d’action est d’interpeller publiquement les annonceurs dont les publicités apparaissent dans des médias qui leur déplaisent ou des émissions relayant des discours qu’ils disent d’extrême droite, donc considérés à leurs yeux comme racistes et machistes, dans le but d’assécher leurs financements publicitaires.

Le Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM) dénonce « une campagne diffamatoire et discriminatoire menée par le collectif Sleeping Giants » et n’exclut pas de porter l’affaire en justice. Le Code pénal, en effet, réprime « l’entrave à l’activité économique à raison d’une discrimination résultant de l’expression d’opinions politiques ». Car le statut de presse d’information politique et générale (IPG) est accordé par l’Etat afin d’assurer l’existence d’une presse pluraliste, seule garante du caractère démocratique du débat public.

Dans cette campagne d’extrême gauche destinée à museler la diversité d’opinions, le principal outil de communication est le compte Twitter, où ces « géants endormis » se réfugient derrière un courageux anonymat pour chercher à censurer les points de vue différents des leurs par l’intimidation et le chantage. Acteur anonyme du totalitarisme de la pensée, ce collectif s’élève contre tout discours en marge de la pensée officielle du « politiquement correct », c’est à dire du camp du bien, de la diversité et de la société inclusive. Mais, être dans le vent, n’est-ce pas une ambition de feuille morte ?

Certains annonceurs obéissent par peur, faiblesse ou compatibilité idéologique. Ainsi Décathlon retire ses publicités à la chaîne CNews pour Noël, voire 2021. Qu’une chaîne de magasins de sport, pour courir derrière une frange de clientèle, décide de boycotter illégalement une chaîne  de télévision en piétinant la liberté d’expression est une chose fascisante. Le journal Valeurs actuelles publie « Le mur de la honte », recensant une quarantaine de marques qui ont cédé au chantage et se sont engagées à ne pas publier de publicités sur son site.

J’évoquais ci-dessus la chaîne CNews Sans doute certains de ses journalistes ou intervenants incarnent-ils un courant de pensée qui est très fort et représenté dans notre pays : la droite. Christine Kelly a un ton très particulier, la discrétion d’une grande journaliste, avec une vraie bienveillance et une façon intéressante de revisiter l’actualité à travers sa personnalité et son regard. « Censure » ? Et alors, des propos qui relèvent de l’expression du pluralisme des courants de pensée et d’opinion, que doit-on en faire ? Le collectif Sleeping Giants avait appelé les annonceurs à boycotter la chaîne d’informations en continu après l’arrivée d’Eric Zemmour et avait recensé 35 marques ayant renoncé à CNews. Malgré cela, selon le compte consulté par Capital, les recettes publicitaires ont cru de 14% pour cette chaîne qui est sans aucun doute dure à battre entre 18 heures et 21heures avec l’audience de ses émissions Face à l’Info et L’Heure des pros

Notre bon Benoît Hamon, éphémère étoile de la gauche détentrice du bien et du beau, en est tout chamboulé. Au micro de Public Sénat, ce défenseur du revenu universel et du désoeuvrement pour tous a exprimé son indignation contre le succès de la ligne éditoriale de cette chaîne, avec ses Eric Zemmour, Pascal Praud, Ivan Rioufol ou Gilles-William Goldnadel et autres agitateurs de pensées hors consensus. Il est ouvert à la liberté d’expression, affirme –t-il. Des opposants, pourquoi pas ? Juste un peu, tout de même…

Prenons garde qu’au nom de la lutte contre les prétendus « discours de haine », les médias et les juges valident les pires censures : celles de toutes les opinions déplaisant aux lobbys à la mode,  « progressistes », immigrationnistes, pseudo-féministes et LGBT, au nom de la culture de l’entre-soi, de la pensée unique et du degré zéro du débat d’idées. A défaut d’identifier ces géants minuscules (mais les virus sont eux-aussi minuscules mais dangereux), on aimerait bien la liste des entreprises qui se sont soumises… cela nous aiderait pour acheter… chez les autres ! Et s’il ne reste à la gauche que la censure pour se battre, c’est que la bataille est mal engagée !

Pierre Nespoulous