De la prison au Grand débat…

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L’affaire récente de la Centrale de Condé sur Sarthe, où un détenu islamique a poignardé avec un couteau en céramique deux surveillants n’est pas la première en la matière mais elle a réenflammé les esprits et généré mobilisation et blocages devant de nombreuses prisons. Evidemment, le sujet n’est pas « porteur », à la différence des « gilets jaunes » par exemple, et les médias ne lui ont attribué qu’une portion congrue. Pourtant, le chiffre avancé par les syndicats est de 12 agressions de surveillants par jour dans nos établissements pénitentiaires. Le législateur a du mal depuis des années à percevoir la question de ces violences et de leurs limites. En prison, « on a acheté la paix sociale en n’appliquant pas le règlement pénitentiaire », affirme Nicole Dhuicq, ancien député, spécialiste de ces questions. L’actualité nous permet d’évoquer la différence entre le traitement à la limite de l’inhumanité subi par Carlos Ghosn dans les geôles japonaises et celui dont a bénéficié l’agresseur de Condé sur Sarthe, recevant sa compagne dans une sorte d’appartement privé à l’intérieur de la Centrale !

Les personnels pénitentiaires n’ont évidemment pas le droit de grève et les difficultés à voir aboutir leurs revendications entraînent un malaise social, la « cocotte-minute » se maintenant sous pression, et les sanctions prises après le conflit social de janvier 2018 restant dans tous les esprits. Plus près de nous, Julien Doyenard, secrétaire-adjoint FO à la Centrale de Lannemezan, précise : « Les surveillants pénitentiaires ne demandent pas la lune, seulement d’avoir des équipements de protection adaptés à la violence et à la dangerosité des détenus ». En 2012, on leur a enlevé les matraques…

Les surveillants de prison se trouvent désarmés. Ils sont face à des individus qu’ils ne peuvent fouiller et contre lesquels ils ne peuvent pas se défendre. Et l’exemple de la compagne de l’agresseur de Condé sur Sarthe illustre bien, en lui fournissant un couteau en céramique, que l’on rentre plus facilement dans une prison que dans un avion à l’heure actuelle ! L’on comprend l’inquiétude des surveillants face à un éventuel retour des djihadistes. Est-ce l’insécurité de la profession qui fait que les candidats sont rares ? La moitié des candidats inscrits ne se présente pas au concours. Outre qu’il y a le « fantasme carcéral » : les enfants rêvent de devenir policier ou pompier, pas surveillant de prison !

Face à cette sorte d’indifférence médiatique pour une profession difficile, il convient de reposer un cadre et d’en revoir le fonctionnement. Je crains toutefois qu’elle soit encore, l’oubliée du « Grand débat » !

Ne pourrait-on par exemple voir ce qui se passe chez nos voisins ? Déjà, en Suisse, les détenus paient depuis toujours leurs repas. Et, à l’heure d’une harmonisation européenne chère à Emmanuel Macron, ne peut-on voir aussi ce qui se passe aux Pays Bas ou au Danemark ?

Le ministre de la Justice néerlandais a rendu publique la semaine dernière une loi condamnant les détenus et leur famille à verser à l’Etat 16 euros par jour passé en détention. Cette loi s’applique aux prisonniers mais aussi aux parents de mineurs incarcérés. Ils participeraient ainsi aux frais de justice et d’emprisonnement, aux dépenses liées à l’investigation de leurs crimes et à l’assistance aux victimes. Des coûts que le gouvernement néerlandais ne veut plus faire supporter à ses seuls contribuables. Cette nouvelle mesure devrait lui rapporter 65 millions d’euros par an.

Les Danois ont aussi la même stratégie. Et, en dehors de la gestion des prisons, ils vont encore plus loin : désormais, les immigrés arrivant au Danemark devront gager leurs droits d’accès aux soins médicaux gratuits, hors bien entendu les urgences vitales, par une période de probation pendant lesquelles ces soins seront à leur charge. « Le temps est venu pour nous de mettre en place des conditions plus restrictives » commente le ministre de l’Emploi, Inger Strojberg, « car notre système actuel d’Etat-providence est très vulnérable, parce qu’il est trop facile d’en profiter ». Le Premier ministre, Lars Lokke Rasmussen explique : « Nous avons au Danemark un haut niveau de prospérité que nous aimerions conserver. Il est impossible que les gens n’aient qu’à pousser la porte et obtenir des avantages financiers sans contribuer à l’économie de l’Etat » (source : The Copenhagen Post).

Quant à nous, nous en sommes à chercher de bonnes idées à soumettre au Grand débat macronien pour remonter les finances de la France. L’on voit par les exemples de ce qui se fait ailleurs que l’on peut faire autre chose que d’estropier les allocations des retraités, d’empiler sur le Tiers-Etat taxes et contributions au point de vouloir restaurer – il y a encore de la marge –  la gabelle, l’aide, l’octroi, le taillon, les morte-payes, la pezade, l’impôt sur les fenêtres, la taxe sur les chiens, toutes joyeusetés qui ont provoqué l’explosion de 1789…

Pierre NESPOULOUS