« De l’Atlantique à l’Oural » ? 

L’humiliation dans l’affaire de la fourniture de sous-marins récupérée par les Américains et le peu d’estime que leurs dirigeants manifestent pour leurs « alliés français » nous offrent une occasion inespérée et gaullienne de recouvrer notre autonomie diplomatique et militaire. La rater serait une trahison. Charles de Gaulle, en bon géopoliticien, avait déjà tout compris en 1958 en quittant l’OTAN et en fermant les bases américaines. Nous ne sommes que les vassaux des USA qui en profitent pour torpiller notre industrie de défense. Il serait temps que la France pense à ses intérêts et  à  ceux  de  son peuple, notamment  en matière énergétique et   commerciale, à  moins de n’être plus  rien diplomatiquement.

Emmanuel Macron gesticule mais semble aux ordres. Or, aux yeux de Biden, l’Europe est quantité négligeable. Seule la Chine, le grand rival économique et militaire, intéresse les Etats-Unis, d’où la création récente de l’axe anglo-saxon indo-pacifique auquel il ne nous a même pas été proposé de participer d’ailleurs, malgré notre présence dans cette région, en Nouvelle Calédonie notamment. Si la France décide de retrouver un peu de souveraineté, il lui faut un allié de poids ; il n’y en a qu’un : la Russie… On se souvient du discours du général de Gaulle à Strasbourg en 1959. Désireux, face à la crise Est-Ouest, de réunifier le peuple européen, il évoquait une Europe qui irait « de l’Atlantique à l’Oural », une alliance qui, au-delà des idéologies, était géographiquement et culturellement naturelle.

Mais la menace soviétique, bien réelle, et la guerre froide ont figé les alliances.  Du moins jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989 et la dissolution du pacte de Varsovie en 1991 car la Russie communiste n’existe plus. Par contre, l’OTAN, elle, ne désarme pas. Pire, elle pousse ses bases de missiles vers l’Est. La France reste dans l’organisation, rejoignant en 2007 son gouvernement intégré et les USA, alliés « indéfectibles » de la France continuent à ériger la nouvelle Russie comme ennemie potentielle. On passera sur les expérinnces de ces donneurs de leçons démocratiques dont on a vu les limites en Irak, en Syrie ou en Afghanistan.

Le mythe du débarquement des marines sur les plages normandes pour nous sauver a encore – et c’est heureux –  de beaux jours devant lui, Mais il ne saurait cacher, comme certains le souhaiteraient, pour expliquer la victoire, les sacrifices plus grands encore sur le front de l’Est, derrière des années de rodomontades anti-Russie. Nous avions aussi fourni des avions aux combattants de l’Est, les Normandie-Niemen, et ils n’ont jamais oublié.

Il serait opportun de retrouver notre identité française et la défendre plus efficacement. Si, face au mépris, le France continue de se faire dépouiller, elle deviendra le réceptacle de l’Allemagne et des USA, l’espace libanisé de l’Europe. L’Europe ? N’oublions pas qu’en dehors d’une Histoire commune au cours des siècles, elle doit aussi à la Russie une grande part de sa culture et ses plus belles œuvres littéraires et musicales. Bien sûr ce peuple possède aussi la plus grande expérience du collectivisme marxiste dont il a mis soixante-dix ans à se débarrasser et qui est si vivace chez nos « intellectuels » de bazar, dont personne d’audible en France ne songe à briser l’influence.

La France vient d’être humiliée par les Anglo-Saxons qui n’ont jamais été et ne seront jamais nos amis de cœur. Elle doit montrer aux USA qu’elle est indépendante et libre de sa politique, et donc cesser de participer aux sanctions unilatéralement imposées par eux, reprendre le commerce avec la Russie en retissant des liens de nation à nation. Ce ne devrait pas être le bout du monde pour un président apôtre du « en même temps »…

Pierre Nespoulous