De l’école

L’étude PISA, publiée tous les trois ans sous le patronage de l’OCDE, qui évalue depuis 2000 les compétences en sciences, en mathématiques et en compréhension de l’écrit des élèves de quinze ans, est devenue une référence mondiale, très scrutée par les gouvernements. Pour 2019, les résultats viennent d’être publiés cette semaine : l’Asie brille une nouvelle fois dans la dernière étude, Chine et Singapour caracolent en tête, avec l’Estonie, le Canada ou la Finlande, voire la Corée, tandis que la France n’est que dans la moyenne, sans réussir à réduire le poids de l’origine sociale sur la réussite de ses élèves. Peut-on se satisfaire d’un classement dans une si peu reluisante moyenne mettant à mal la réputation de notre école, pour un pays qui dans le passé était l’un des phares culturels du monde ?

L’on sait que le lobby politico-syndical qui tient le ministère de l’Education Nationale résiste et entrave les instructions de l’autorité. Tout a commencé après 68. En 1969, le ministre Edgar Faure a cru bon de soumettre l’Education Nationale aux mains de « psychopédagogues » (!) adeptes de la méthode Freinet selon laquelle les élèves découvrent tout par eux-mêmes. Ces personnages se sont institués en grands pontes, cooptant les responsables, dont ceux des Inspections générales, en fonction de leur allégeance à l’idéologie gauchiste en vigueur.

Il en a résulté la généralisation de la catastrophique « méthode globale » d’apprentissage de la lecture qui, certes revue, sévit encore lamentablement parfois en primaire et les « mathématiques modernes » qui ont été tellement nuisibles qu’ils ont été amendés. Les « activités d’éveil » (ce n’est pas l’enseignant qui sait, mais l’élève !), la destructuration du français en collège qui brime les élèves de milieux modestes, l’histoire et la géographie enseignées par thèmes avec abandon de la chronologie, l’abandon aussi de l’expérimentation scientifique au profit d’un « dialogue transversal »… Fin de l’autorité du maître, jadis cultivé et compétent. Fin des trente heures (cinq jours complets à l’école primaire). Fin du « par cœur », du calcul mental, des tables de multiplication, des dictées quotidiennes (liste non exhaustive évidement). Les instituteurs sont devenus des professeurs des écoles, le sujet du verbe est devenu un groupe nominal sujet (pourquoi faire simple quand il est si amusant de faire compliqué) et tout le monde jargonne à qui mieux mieux (on connait les exemples du « référentiel bondissant » et de « l’outil scripteur »).

Un élève qui ne parvient pas à effectuer les tâches les plus simples en compréhension de l’écrit aura probablement du mal à réussir dans un monde de plus en plus instable et numérique. Dans ce contexte, le score de la France conserve un gros point noir : les inégalités sociales y restent très fortes. Ce n’est pas du fait de l’école si la France ne parvient pas à réduire le poids de l’origine sociale sur la réussite scolaire de ses élèves. Mettons-nous du temps à comprendre ? Le dédoublement de certaines classes du primaire, dans les quartiers en difficulté, tente d’aller en ce sens. Les maternelles voient arriver de plus en plus d’enfants issus de l’immigration qui ne parlent pas français. Mais jadis, chez nous, nombre d’enfants issus de certains milieux ruraux n’entendaient pas non plus le français chez eux mais des idiomes locaux, langues régionales ou patois et l’école républicaine les amenait à un certificat d’études  que nombre de nos bacheliers n’obtiendraient pas ! Tant qu’on ne rétablira pas l’exigence, l’autorité et la notion d’effort, on ne progressera pas.

Si l’on convient que le classement de la France n’est pas brillant, l’on observe que l’Allemagne, victime de la même punition au début du siècle, avait ouvert un débat national dans toutes les sphères de la société. Quinze ans plus tard, le « choc PISA » lui a valu des bons points, en particulier pour la pratique de la langue allemande par l’importante communauté d’immigration turque. Quand on veut, on peut ? Les immigrés seuls n’expliquent pas le problème. Le Canada est au top du classement alors qu’il y a encore plus d’enfants, Pakistanais et autres, qui ne parlent pas la langue en arrivant à l’école. Mais là-bas on ne plaisante pas avec l’école…

Le ministre Jean-Michel Blanquer tente bien d’améliorer l’ordinaire, mais une force d’inertie rattrape toutes ses initiatives, paralysées par la pesanteur ambiante. L’ambition est louable, la réalisation sera besogneuse…

Pierre Nespoulous