De l’école

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L’actualité, c’est la rentrée. Qui dit rentrée dit école. Si, à cette occasion, on avance le nom de Michel Lussault, cela n’évoquera sans doute rien pour l’ensemble des Français. Pourtant ce personnage important s’est illustré, au Ministère de l’Education Nationale, comme président du Conseil Supérieur des Programmes où il fut nommé en 2014 par le ministre Najat Vallaud-Belkacem. Michel Lussault vient d’annoncer sa démission, via les médias, sans doute une manière élégante de tirer sa révérence. Non content de cette goujaterie, stupéfait d’être incompris, drapé dans les plis majestueux de la vertu, il se répand en invectives contre le ministre Jean-Michel Blanquer.

Ce sinistre apparatchik brejnévien a servi sa doctrine à des milliers de professeurs. L’Education Nationale est la seule institution qui préserve les valeurs soviétiques : bureaucratie, langue de bois, idéologie, les écoles du souverain bien pédagogique étant les ESPE, qui ont succédé au tant décrié IUFM dont on a changé les étiquettes mais pas le contenu. Les enseignants, surtout ceux du primaire, qui tentent de compenser la vacuité émotive et culturelle de nombre d’enfants issus de familles délabrées méritent qu’on les aide en leur assurant les services requis pour qu’ils puissent enseigner à lire, écrire et compter, ce à quoi ils sont destinés, et non en leur imposant des consignes jargonnantes émises par un cercle restreint de penseurs technocrates prétentieux.

Du jargon, dis-je ? La vacuité le dispute à la cuistrerie. Il y a quelques années, l’emploi de « référentiel bondissant » pour désigner un ballon avait provoqué l’hilarité. Cette fois, on aurait plutôt envie de pleurer, quand on lit la lettre envoyée par la médiocre Najat Vallaud Belkacem aux professeurs de collège. En la copiant, on a envie de lui demander « par quel truchement son concept onirique à tendance kafkaïenne parvient in fine à s’accommoder du paradigme coexistentiel inhérent à la vision sublogique qu’elle a de l’existence intrinsèque »? Allons, mon jargon aurait plu à Lussault, géographe de formation, qui définit ainsi la Ville : « géotype de substance sociétale fondée sur la coprésence », ce qui, vous en conviendrez, est à la portée d’un élève de CM1.

L’idéologie pédagogique prospère à l’abri des nominations dans ces comités qu’il faut bien alimenter en « experts ». Experts en quoi ? Ce titre évoque la science. En fait de science, M. le désormais ex-président Lussault les prend toutes : psychologie cognitive, didactique, sociologie, histoire de l’éducation, sans jamais se demander en quoi elles sont des sciences et si l’usage que l’on en fait n’est pas idéologique. Le pire, c’est que la gangrène du pédagogisme, cette version totalitaire de la pédagogie, s’est étendue à tout le ministère, y compris l’inspection, soit par complicité idéologique, soit pour paraître dans le vent, soit pour faire carrière. Réforme après réforme, l’école aura été sciemment, méthodiquement et fort efficacement dénaturée et transformée en cette « fabrique du crétin » décrite et analysée par Jean Paul Brighelli dans l’ouvrage qui porte ce titre.

Depuis 40 ans, les maîtres à penser de l’Education Nationale ressassent le même discours : on ne peut pas revenir à l’école d’avant 68, accusée de tous les maux, élitiste, inégalitaire. Ils refusent de réhabiliter la mémoire, l’effort, la discipline. La mauvaise monnaie a chassé la bonne. C’est aussi comme une bombe à retardement, question de générations : les parents d’aujourd’hui, trop jeunes pour avoir connu cette école, n’ont aucune idée de ce qu’elle était et pourrait être. Les enseignants aussi, qui ont subi la formation – ou la déformation – dispensée par les pédagogistes.

Au lieu de ressasser des lieux communs, il suffit de revenir aux vieilles méthodes qui ont permis aux « hussards noirs de la République » d’apprendre à lire, écrire et compter à des enfants dont, souvent, les parents ne savaient ni lire ni écrire et ne parlaient pas le français mais des idiomes locaux, situation qui de nos jours est celle de nombre d’enfants d’immigrés.

Courage à M. Blanquer. Un pédant de moins, certes, avec Michel Lussault, mais les pédagogues idéologues gauchistes restent en embuscade. Verra-t-on un jour la fin d’un cycle qui englobe aussi les tristes noms de Meirieu (paix à ses cendres) et Bourdieu voire autres Diafoirus de la pédagogie ? Le ministre annonce des mesures de bon sens. Aura-t-il les moyens de les mettre en œuvre ? Il a beaucoup à faire s’il veut nettoyer les écuries d’Augias !

Pierre Nespoulous