De l’orthographe

Des Universités se mobilisent, paraît-il, pour améliorer le mauvais niveau en orthographe de leurs étudiants. En fait, plus de 80 % d’une génération ont obtenu le baccalauréat. Ils n’ont plus la garantie d’un bon niveau de français et éprouvent des difficultés d’expression dans toutes les filières.

Certes, il serait faux de dire que tous les étudiants sont en difficulté, mais nombre d’études montrent que la maîtrise de l’orthographe, de la grammaire et de la syntaxe est en baisse. Mais apprendre à écrire à l’Université, c’est affligeant ! Treize ans de scolarité pour en arriver là ! Et si les profs du primaire, de collège ou de lycée se mettaient au taf plutôt que de laisser à l’Université le soin de rattraper cela? L’orthographe est très importante si l’on veut être lu et compris. C’est aussi une marque de respect pour le lecteur. Je me mets à la place d’un recruteur qui reçoit un C.V. rempli de fautes d’orthographe : cela ne doit sans doute pas le mettre dans des dispositions favorables. Comment peut-on devenir un bon professionnel quand on ne peut pas faire face aux exigences, plus simples en principe, de l’école ?

Le laxisme régnant a dévalorisé la formation et la maîtrise des éléments constitutifs du français comme s’il s’agissait d’un exercice ringard, voire une corvée vexatoire ; ce n’est pas de bon augure pour l’avenir. L’enseignement de l’orthographe pâtit d’un temps d’apprentissage réduit et de pédagogies «nouvelles» inefficaces. Appelée à tort «science des imbéciles», cet enseignement et passé au second plan à l’école, sur fond d’idéologie et de lâcher prise. Nos vieux instituteurs connaissaient bien les avantages de leurs exercices quotidiens, répétitifs, mais efficaces. Ils n’ont été remplacés par aucune proposition alternative.

Quand on voit les réformes de l’enseignement où l’on pense qu’en faisant davantage d’activités annexes, l’esprit de l’élève sera plus ouvert et que cela ira mieux, on se trompe. Que diable ! L’école, c’est pour apprendre à lire, écrire et compter en comprenant ce que l’on fait, le reste vient en surcroît. Et on y ajoute apprendre à dire bonjour, s’il vous plaît, merci, si les parents s’exonèrent de cette tâche.

Ce qui manque, dans la pédagogie de nos cuistres ministériels, dont la dernière trouvaille est la suppression des notes, c’est l’encouragement à l’effort. Je viens de voir un reportage sur l’école de danse de l’Opéra de Paris. On n’y parle que de sélection, d’excellence, de hiérarchie, enfin toutes choses honnies par les grands penseurs de la nomenklatura. On trouve normal et même louable qu’une danseuse classique ou un sportif de haut niveau consacre chaque jour de nombreuses heures d’effort pendant plusieurs années à parfaire leur art, alors qu’on néglige l’apprentissage de la langue parce qu’ «il ne faut pas forcer les enfants». Et ne donnons pas pour argument que, socialement, certains viennent de milieux défavorisés. Les «djeuns» des quartiers ne sont pas, face à l’école, dans une situation pire que les enfants qui il y a un siècle et auparavant, arrivaient à l’école du plus profond des campagnes en ne sachant que la langue de leurs parents, paysans patoisants et parfois quasi analphabètes. Certains ont pourtant atteint une situation sociale de premier ordre.

Quand on observe en parallèle l’effondrement de notre pays dans le classement PIASA effectué par l’OCDE dans trente-quatre pays, ne pourrait-on pas se poser des questions ? C’est le résultat de soixante-cinq ans d’application du plan Langevin-Wallon, de sinistre mémoire, qui voulait anéantir l’enseignement bourgeois. C’est plus que réussi ! Il m’est souvent arrivé de répéter que l’on a eu tort, en son temps, de débaptiser le Ministère de l’Instruction Publique pour en faire le Ministère de l’Education Nationale.

Une entreprise qui serait aussi mal gérée et qui aurait d’aussi mauvais résultats serait depuis longtemps en faillite ! Face à une telle situation, des mesures d’urgence devraient être prises et les responsables congédiés, ces chevilles ouvrières d’un bloc intello-syndicalo-politique inamovible depuis des décennies. Et si ce n’était que l’orthographe ! Ce sont tous les outils de l’expression et de la communication qui ne sont plus maîtrisés : la grammaire, la syntaxe, le bon usage des mots. Les «parleurs des ondes» et de l’audio-visuel devraient savoir qu’ils ont un rôle exigeant d’exemple à jouer en la matière. Pour le reste, «la grammaire, c’est moi qui s’en occupe» se plaisait à dire un de mes maîtres facétieux.

Pierre Nespoulous