De Noël et des crèches

Noël (natalis dies, jour de la naissance) est une fête très ancienne. Sa célébration a ses racines dans la culture et la religion romaines, au lendemain des fêtes Saturnales, pour le solstice d’hiver et la naissance de Mithra, le « Sol invictus », le soleil invaincu. C’est l’empereur Constantin qui a décidé de fixer la date de Noël, la venue du Christ, au lever de « Soleil de justice ». En tant que fête chrétienne, elle commémore chaque année le 25 décembre la naissance de Jésus, avec la notion d’un Messie né dans une crèche, caché aux puissants et découvert par des gens simples, comme l’évoquent les évangélistes Matthieu et Luc. A cause de son origine païenne, certains, comme les témoins de Jéhovah, regimbent à célébrer la fête de la naissance du Christ le 25 décembre. Elle est devenue une tradition universelle qui transcende la religion. Noël est en fait une fête séculaire qui fait partie de toutes les cultures à travers le monde.

Le 110ème anniversaire de la loi de 1905 semble avoir survolté quelques intégristes laïcs. Une querelle picrocholine est apparue, à propos de la présence de crèches de Noël dans des lieux publics. Est-ce une entorse à la laïcité ? Sont-elles le symbole de culte ou de culture ? En apparence anodine, la question suscite des débats après que des élus aient été priés de ne pas les exposer dans des lieux publics. Mais les crèches font partie d’un patrimoine et relèvent de la culture et des racines chrétiennes de la France. Leur présence n’a pas pour objectif de susciter la dévotion ou la prière. C’est une œuvre exposée ponctuellement en lien avec l’Histoire de notre civilisation et qui jusqu’à maintenant ne posait pas problème.

C’est l’histoire d’une famille qui, faute de « droit opposable au logement » se réfugie dans une étable, et donne naissance à son enfant, Jésus (Issa dans le Coran). Des éleveurs paysans, ces bergers, crient de joie et chantent dans une nuit de décembre. Quelques jours plus tard, guidés par une étoile, trois savants astronomes, Melchior, Gaspard et Balthazar viendront jusqu’en Palestine avec leurs présents rendre hommage à cet enfant. La crèche est symbole d’espérance et de paix pour nos temps de doute. Et elle se module : ainsi dans les crèches de Provence apparaissent aussi des santons qui représentent la vie de tous les jours (le boulanger, le maire, le meunier, le pêcheur, etc.).

Ca et là, des juges administratifs ont rendu des jugements contradictoires sur la présence des crèches dans certains lieux accueillant du public. Défavorable à Melun et Paris, le verdict était favorable à Nantes et Montpellier ! Les Cours divergent sur la qualification d’ « emblème religieux ». Pourtant, en ce qui concerne les magistrats, le principe de tradition ne leur est pas étranger. Sinon, comment expliquer qu’ils exercent leur métier dans un costume aussi ridicule si ce n’est parce qu’il est le fruit d’une tradition ?

La loi de 1905 a entériné les fêtes religieuses catholiques par esprit de compromis. Il s’agissait de ne pas retomber dans les errances de la Révolution qui les avaient abolies, comme elle avait supprimé systématiquement le terme de « Saint » devant le nom des localités, si nombreuses, qui le portaient, et l’ont depuis retrouvé. La folie iconoclaste avait, on s’en souvient, conduit alors au pillage des églises, à la suppression des cloches, à l’instauration, pour remplacer le calendrier grégorien, du calendrier révolutionnaire où les fêtes religieuses, le dimanche compris, étaient supprimées. Les noms des saints y étaient, pour chaque jour, remplacés par des noms de légumes, de fleurs, d’animaux ou d’outils agricoles… La France s’en est remise, comme de nos jours la Russie a pu guérir de l’URSS !

Pour beaucoup, Noël, avec le sapin, les cadeaux, le réveillon n’a pas grand-chose de religieux et encore moins de partage comme c’était naguère le cas. Certes, pour la « prime de Noël », ils sont tous un peu chrétiens ! Et ce n’est pas parce que bien des clercs ont fait fuir les fidèles que leurs ouailles se sentent moins chrétiennes… Et puis, dans l’espace public, faudra-t-il supprimer les calvaires, les croix aux carrefours, les statues de la Vierge ? Il le faudra, comme l’a dit le Président du Conseil Général d’Alsace, « si la laïcité consiste à écraser les identités des populations locales » ! Et n’est-elle pas ridicule cette réaction de la direction de la RATP refusant dans le métro les affiches du groupe « Les Prêtres » à propos d’un concert de soutien aux Chrétiens d’Orient, dans un contexte, précisément, où l’on assiste au Moyen Orient à la destruction du patrimoine spirituel ?

La loi de 1905, si souvent invoquée, garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes, ainsi que la non-discrimination et l’égalité des citoyens devant la loi, quelle que soit leur religion. Voilà les deux finalités majeures de la laïcité qui pose pour y parvenir la séparation d l’Eglise et de l’Etat. Au passage, notons qu’il en était déjà question dans l’Evangile : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». On veut étendre l’obligation de neutralité de l’Etat à la société elle-même. On confond laïcité et neutralité, cette dernière n’étant qu’un moyen et non une finalité en soi. La loi n’a jamais interdit les manifestations publiques de la religion : les limites fixées aux processions catholiques par Bonaparte en 1802 ont été abolies. Simplement elles ne doivent pas être agressives envers les non-croyants, l’esprit étant que chacun accepte la libre expression de l’autre…

Noël ? Bien malheureux, l’adulte qui n’est plus en proie au rêve, aux couleurs de l’enfance, et qui ne met pas à profit cette période pour embellir le peu de bons moments qui restent, pour nous recentrer sur nos traditions, à force, à longueur de médias et d’années, de voir s’étaler celles des autres sur notre propre terre. Noël est ce que nous en faisons, de rêves d’enfants, de rires partagés, de complicité des grands pour le bonheur des petits. Un enfant qui ne rêve plus n’est pas autre chose qu’un adulte déçu !

Ce type de recours contre les crèches donne de la laïcité une image déformée et caricaturale. Ce genre de combat devrait sans doute se consacrer à des urgences plus immédiates. Ces crèches font partie des traditions de Noël. Comme, aussi, le Père Noël auquel beaucoup croient encore à 51 % d’entre nous, d’après les « statistiques » de mars 2012 !

Allons, joyeux Noël à tous !

Pierre NESPOULOUS