Second tour : Le petit Prince ou la Grosse Bertha

Débat de l'entre-deux-tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron (Capture d'écran France 2)

Le choix de dimanche est celui d’une France confiante et apaisée. La recomposition politique a été imposée par le résultat du scrutin du 23 avril. Les explications de Richard Amalvy.

Le débat télévisé organisé jeudi dernier a vu se confronter deux styles plutôt que deux projets. Face à un homme courtois qui avait pris le risque de débattre avec elle, Marine Le Pen, plus rugueuse que combative, a sorti la Grosse Bertha. Occupée pendant deux heures à lâcher de gros obus à la charge imprécise, elle a perdu l’occasion de développer son projet, notamment sur l’économie et la monnaie. Sous le regard de millions de Français, la Grosse Bertha si percutante en campagne électorale s’est transformée en pétoire agitée et inefficace.

Premier de la classe bien élevé et pas qu’idéaliste, Emmanuel Macron ressemble au petit Prince qui écoute le renard lui dire « on ne voit bien qu’avec le cœur ». Bien plus qu’une utopie, c’est une ruse acceptable dont on voit les bienfaits au Canada dans la posture du premier Ministre, Justin Trudeau. Le prétendant à l’Élysée a certainement observé la manière dont le chef du parti libéral de 45 ans casse les codes de la politique à Ottawa, et il s’en inspire pour imaginer sa recomposition.

Le résultat du scrutin du premier tour, en reléguant les partis de gouvernement et en organisant l’affrontement entre les chefs d’En Marche et du Front national, a validé l’hypothèse d’une recomposition politique en France, et a consacré l’audace de l’ancien ministre de l’Économie qui a démissionné de tout pour se mettre en campagne. Après le scrutin présidentiel, cette recomposition dépendra du résultat des élections législatives du mois de juin.

Trois scénarios sont possibles.

M. Macron pourrait disposer d’une majorité absolue soutenue par des parlementaires étiquetés En Marche. Les oppositions se recomposeront alors en trois pôles : droite, gauche (avec qui ?) et FN.

Une majorité pourrait allier sociaux-démocrates, socio-libéraux, centristes et gaullistes sociaux. C’est, en Allemagne, le modèle de coalition formée depuis 2005 entre la CDU/CSU de Mme Merkel et le SPD de M. Schroeder. On leur doit de grandes réformes économiques et sociales qui font la compétitivité des entreprises outre-Rhin. Bruno Le Maire, candidat à la Primaire de la Droite et du Centre a déclaré y être prêt. J’y suis pour ma part favorable dès l’instant où elle s’engage à bousculer les archaïsmes politiques pour réduire le nombre des parlementaires, confirmer le non cumul des mandats et l’imposer aussi dans le temps (pas plus de trois mandats). La colère des Français contre la vie politique s’éteindra si ces réformes sont faites et si, enfin, une vraie politique est menée pour l’emploi, donc en faveur des entreprises, de l’innovation, de la formation et de la ré-industrialisation. Je le résumais ainsi pendant ma campagne législative de 2012 : il n’y a pas de pouvoir d’achat sans emplois, et il n’y a pas d’emplois sans entreprises. Évoquant l’irruption de Mme Le Pen à l’usine Whirlpool, Pierre Gattaz, patron du Medef a twitté : « on ne ré-industrialise pas la France à coup de selfies ».

Enfin, le scénario de la cohabitation. C’est celui qu’espère Les Républicains et leurs alliés centristes. Il est parfaitement jouable avec François Baroin comme chef de file. La proximité des programmes d’un point de vue économique et social permettrait cette cohabitation avec le Président Macron. Sur la photo, la recomposition serait en marche quoiqu’il en soit de la compétition générationnelle que ces deux pourraient se livrer, à moins qu’ils coopèrent pour le bien du pays.

Sur la base de ces scénarios, et parce que je connais l’inanité du programme économique et social de Mme Le Pen, je n’ai aucune difficulté à voter « Macron » dimanche, comme le recommande Nicolas Sarkozy, François Fillon, Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin.

Richard Amalvy