Décès de Paul Bourges, maire honoraire de Lacrouzette

Paul Bourges est mort le dimanche 18 avril. Ancien carrier, il a tout au long de sa vie mis ses convictions au service de ses prochains, comme militant associatif, puis comme élu local. Hommage de Richard Amalvy au maire honoraire de Lacrouzette.

En avril 1994, dans le cadre de mes études en sociologie, j’effectuais une enquête sur l’engagement des élus municipaux dans un canton rural. Pour constituer mon panel, j’avais envoyé un questionnaire à l’ensemble des élus municipaux du canton de Roquecourbe, préalable à des rencontres avec chaque conseil réuni ensuite pour une discussion portant sur la différence de sens entre « engagement politique » et « engagement social ». Sur les 82 élus rencontrés, seul cinq d’entre eux était adhérents à une formation politique, et c’était au RPR. La plupart des répondants indiquèrent avoir été candidat à la demande de leurs pairs ou par tradition familiale, et dans une liste d’adjectifs leur permettant de qualifier leur rôle en tant qu’élus, ils choisirent majoritairement les mots « utile » et « service ». Je ne fus pas surpris car, lors d’une conversation avec Geoffroy de Montalembert, ancien doyen du Sénat, ce dernier m’avait dit : « la politique est dans tout, mais tout n’est pas politique ». Pour la plupart de ces élus locaux, l’engagement associatif fut un préalable à leurs mandats de conseillers municipaux. Deux d’entre eux retinrent mon attention : Gaston Bousquet, maire de Burlats, et Paul Bourges, maire de Lacrouzette.

Le premier était un formidable conteur à l’humeur tumultueuse, et l’un des derniers représentants de la démocratie chrétienne qui l’inspirait toujours.

Le second, catholique engagé, mu par un sens aigu des responsabilités et de la parole donnée, avait été élu une première fois sans être candidat. Je voulu connaître ce prodige électoral et Paul Bourges me le raconta : « En 1971, mon prédécesseur avait des problèmes avec sa majorité et ne voulait pas se représenter. Il n’y a pas eu de listes officielles et des gens ont glissé des modèles de listes dans les boites aux lettres. À l’issue du scrutin, nous avons été quatre, élus sans être candidats. Je suis arrivé en tête et 248 personnes avaient été nommés par les électeurs. J’ai rencontré l’ancien maire et je lui ai proposé d’être son premier adjoint. Nous avons dégagé un groupe de 19 personnes et nous sommes allés au deuxième tour ».

Pétri d’une véritable humilité, Paul Bourges démarrait sa carrière d’élu local en privilégiant « la notion de groupe » et sans chercher la première place. Au cours du mandat, il y eut une dissension entre le maire et son premier adjoint au sujet du mur du cimetière, mais rien de grave puisqu’ils finirent ensemble leur mission. En 1977, Michel Albert ne se représenta pas comme maire, et Paul Bourges consentit à conduire une liste « à la condition de former une véritable équipe ». Il quitta ses engagements associatifs, dut être moins présent dans l’entreprise cogérée avec son frère Louis, et prit du temps sur sa vie personnelle : « J’ai peut-être négligé le côté familial. Il y a 25 ans, mes enfants en avaient besoin. Ma femme a dû le faire ». Georgette, soutenant son grand homme, le partagea avec le village et fût, elle aussi, très engagée dans les associations comme l’ADMR. Et finalement, pater familias hautement respecté, c’est entouré par l’affection de sa famille qu’il s’est éteint dimanche : cinq enfants, dix petits-enfants et dix-neuf petits-enfants, tous soudés autour du patriarche.

À une question concernant les apports personnels du mandat d’élu municipal, il répondit à l’enquête en citant ce qu’il fit pour la collectivité : « J’ai pu approfondir mes connaissances en matière de gestion et dans le domaine du social. Je me suis intéressé à la propreté du village, aux problèmes de pollution. Pour le schéma d’aménagement du Sidobre, nous avons dû zoner le territoire pour octroyer les autorisations d’exploiter. J’ai réussi à faire admettre la participation de Lacrouzette au syndicat mixte pour la gestion de l’aérodrome. J’ai mieux étudié les problèmes de fiscalité ». Ayant acquis une confiance en soi, adepte du franc-parler, Paul Bourges fit entendre sa voix à l’élocution si authentique auprès des pouvoirs publics pour discuter de l’attribution de fonds européens, aller chercher des subventions et négocier avec la DDE et la DDA.

Au cours de notre conversation, Paul Bourges utilisa le mot « gestionnaire » plusieurs fois : « Je ne me considère pas politique mais gestionnaire. Il n’est pas plus mal de passer par le mouvement associatif avant d’être élu. Il ne s’agit pas d’un engagement politique. Nous sommes là pour gérer. Au niveau local on ne peut pas vraiment avoir de différents politiques. Quand on analyse les aspects du point de vue gestionnaire, je n’ai pas de problèmes, j’ai une ligne et je m’y tiens. Dans ces cas je respecte la collégialité du conseil municipal ». Ancien dirigeant du club de basket de Lacrouzette, une institution qui remonte à l’après-guerre, l’édile a toujours privilégié l’esprit d’équipe et l’intérêt général. En 1994, à un an du renouvèlement électoral, il déclarait : « Il faut que je prépare ma succession ».

Paul Bourges conclut notre entretien par cette anecdote qui montre sa force de conviction et son énergie à rassembler : « Le cimetière protestant et le cimetière catholique étaient séparés par un mur. On aurait dit deux mondes à part. J’ai fait tomber le mur. C’était un geste symbolique. Avant, j’avais vu tous les protestants individuellement. Aujourd’hui, c’est le cimetière de Lacrouzette ». Il ajouta aussi : « Pour l’évolution du village, j’ai fait participer la population. J’espère que ma présence n’aura pas été inutile ».

Famille, amis et anciens administrés, rassemblés mercredi matin dans l’église de Lacrouzette, ont répondu par le nombre à son interrogation d’alors, et son cercueil fut déposé ensuite dans ce cimetière qu’il voulut pour tous, et dont le mur alimenta tant de débats.

Richard Amalvy

La Semaine et son directeur politique, Jacques Limouzy, adressent leurs condoléances attristées et amicales à Madame Georgette Bourges et à tous les membres de sa famille.