Denis Tillinac

Denis Tillinac amoureux du général de Gaulle (copie écran TV5Monde)

Le journaliste, écrivain et éditeur Denis Tillinac s’est éteint ce samedi 26 septembre, à l’âge de 73 ans. Selon le communiqué de l’Elysée lui rendant hommage, « il était l’incarnation de cette « droite mousquetaire » qui rêve en grand et défend ses valeurs avec panache ».

Né à Paris, d’un père chirurgien-dentiste, il y poursuivit une scolarité chaotique dans divers établissements privés dont il fut régulièrement renvoyé jusqu’à l’obtention de son bac avec mention. Son bonheur était de retrouver la campagne corrézienne, sa grand-mère et le petit village d’Auriac, berceau familial et dont son père sera maire durant quelques années. L’agitation bourgeoise l’ennuyait : en mai 68, il avait préféré quitter Paris, seul, pour rejoindre sa province en Solex ! Et à droite toute, conscient que notre Nation ne fut faite que par son aristocratie et toujours défaite par sa bourgeoisie ! Il intégra Sciences Po Bordeaux, avant d’entreprendre une carrière de journaliste à Tulle, à La Montagne et à La Dépêche du Midi, expérience dont il souligna les bénéfices, dont le moindre n’était pas de comprendre la Comédie Humaine, version Scènes de la vie de province. « Quand tu as fait cinq ans de locale, tu as tout compris ! » déclarait-il sur le ton du vieux briscard à qui on ne la fait pas.

Le jeune journaliste suivit un politique en campagne électorale, à travers les terres de son fief corrézien : Jacques Chirac, ce qui fut le début d’une longue amitié. Certains lui ont reproché d’avoir longtemps cru en ce « grand échalas » fondamentalement courbé à gauche, mais en dépit de désaccords tactiques ou politiques, pour le journaliste-écrivain, l’amitié et la fidélité primaient sur tout. Spectateur du monde contemporain, en prenant le recul nécessaire pour réfléchir et sans abandonner ses chroniques de presse, Denis Tillinac entreprit aussi une grande carrière d’écrivain, dont il serait fastidieux d’énumérer ici tous les ouvrages, depuis Spleen en Corrèze, La Duchesse de Chevreuse ou Cholley le grand guerrier, jusqu’au Dictionnaire amoureux de la France, voire Le masque de l’éphémère et autres, dont Chirac, Hollande, une histoire corrézienne…

C’est dans l’Ame française qu’il livre le fond de sa pensée : « Etre de droite, c’est prendre en compte le passé simple, composé, décomposé, recomposé d’un sol fertilisé par des paysans, christianisé par des saints, très longtemps assemblé et gouverné par des rois. Et c’est aimer ce passé comme un enfant aime sa mère, même si elle l’a taloché plus souvent qu’à son tour. » Ou encore : « La foi chrétienne n’est pas nécessaire pour enluminer le patriotisme de l’émotion sacrée qui nous saisit devant la tombe de Péguy dans les blés et les coquelicots de la Brie. Il suffit de sentir charnellement que la France fut une chrétienté d’antique ruralité avant d’être un Etat, une nation, une monarchie, une république. De sentir cela et d’en tirer fierté et réconfort.

Toujours transparaît dans ses écrits ce que l’on appelle la « France profonde », un terroir autour d’une Préfecture, d’une sous-préfecture, d’un chef-lieu de canton, des clochers et tout ce qui va avec. Mais Denis Tillinac n’en était pas pour autant d’un chauvinisme exacerbé et égoïste comme celui de son compatriote député de Tulle Jean Montalat déclarant en 1966 « La Corrèze avant le Zambèze ». Il avait, à la suite de nombreuses pérégrinations à travers le monde conservé un grand intérêt pour celui-ci, témoin son ouvrage Haïti et la France, ou ce qu’il dit du Liban, dans L’âme française encore : « L’intelligentsia française avait pris le parti d’Arafat dès le début de la guerre civile en 1975. Les fedayin de l’OLP étaient « progressistes », les maronites, chrétiens, francophones et francophiles. Voilà le fin mot de la trahison de nos élites. Défendre ceux qui nous aiment leur eût semblé un comble de vulgarité populiste »…

Denis Tillinac aimait avec passion la France. Il le proclamait, s’insurgeait contre ceux qui la méprisaient et refusaient son passé, son Histoire, ses traditions. Il célébrait le sport, la messe de minuit, les moments passés à table avec des amis, la vie rurale qu’il vantait, mais aussi Paris et ses codes dont il se moquait avec délectation. L’on trouvait rassérénant de s’imprégner de sa prose si juste, si réjouissante. Il avait le profil du parfait humaniste, authentique, simple, respectueux, bienveillant. Cela ne l’a pas empêché d’écrire : « Le bonheur d’être réac »…

Soixante-treize ans, c’est jeune… Ses amis vont regretter son rire, son enthousiasme et ses outrances, comme la délicatesse de style de cet homme de la droite populaire et bonapartiste, épicurien, amateur de rugby, fin lettré, bretteur de talent, maître en je m’enfoutisme et très sérieux au fond.

Pierre Nespoulous