La politique, elle aussi déconfinée, revient par le Sénat

Après une crise des gilets jaunes où les réponses restent aussi introuvables que la clarté des questions posées ; après une réforme des retraites tombée rapidement dans un contresens entre une universalité souhaitable et une uniformité impossible, l’arrivée d’un virus inattendu provoqua des difficultés initiales avec une absence invraisemblable de masques.

Pourtant, de grands stocks existaient préalablement, mais le Gouvernement lorsqu’il a pris ses fonctions n’en a pas trouvé trace.

Aujourd’hui, la nécessité d’un déconfinement contesté dans sa date, sa forme et ses limites et les anticipations diverses sur la suite des événements conduisent à des interrogations majeures sur la santé elle-même, mais aussi sur les lourdes conséquences économiques et sociales qui nous attendent.

La suite politique de ces situations cumulées ne manquera pas d’apparaître car, si on garde quelque indulgence pour le Gouvernement, l’horizon politique lui-même parait singulièrement perturbé.

C’est probablement ce qu’a voulu dire le Sénat dans sa majorité en s’abstenant, c’est-à-dire en s’abstenant de voter contre le Premier ministre le livrant ainsi au résultat minoritaire de ses partisans et de ses adversaires.

Cette situation ne s’exprime pas qu’au Sénat. Elle est celle du deuxième groupe de l’Assemblée nationale que sont les Républicains, elle parait être celle d’une majorité des villes de France qui n’ont pas changé de maires, et du plus grand nombre de régions françaises comme des départements. Ce qui conduit les pouvoirs publics à négocier avec attention les formes, la durée et la légitimité de ce qu’ils font sur le territoire.

L’arrivée, en 2017, du nouveau Président de la Vème République avait été saluée par la nécessité de lancer des réformes les plus souhaitables. Il avait eu pour cela une Assemblée nationale à sa guise et l’appui d’un grand nombre de français « macroncompatibles », notamment les héritiers d’Alain Juppé.

Les événements politiques survenus depuis trois ans montrent que la chance qui fut peut-être méritée fait aujourd’hui défaut. Elle met en cause la stratégie binaire des élections présidentielles dont il pouvait arriver que l’approche se fasse à trois et non pas à deux.

Quelles que soit les difficultés du moment, quelle qu’en soit leurs traces définitives, l’interrogation politique réapparait toujours mettant irrémédiablement en cause ceux qui voudraient en conserver les termes ou ceux qui souhaiteraient en modifier les résultats.

Jacques Limouzy