Des Régions et du Département

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En deux propositions, François Hollande vient de nous annoncer la transformation de nos structures administratives : la diminution du nombre des régions d’une part, et la disparition du département d’autre part.

Si Midi-Pyrénées, qui est la plus grande région de France (plus grande que la Belgique) ne paraît pas visée, il est sans doute opportun de regrouper, par exemple, les deux régions de Bretagne ou de fusionner Bourgogne et Franche-Comté qui ont déjà des accords en ce sens. Pour parler de nos régions, si le propos est hors de mon sujet, je regrette que dans la précipitation de leur création, on ne leur ait pas donné des noms plus évocateurs de leur identité ou plus près de leur vérité historique. Pour Midi- Pyrénées, par exemple, ne conviendrait-il pas mieux de dire “Occitanie Centrale” (ce qu’avait bien compris Dominique Baudis, premier Président élu au suffrage universel, en choisissant comme emblème la croix occitane), ou pour Languedoc-Roussillon la “Septimanie”, comme le proposait Georges Frêche, n’en déplaise aux détracteurs incultes de ce remarquable historien.

En dehors de cela, un an après avoir défini une réforme irréaliste et ridicule de nos cantons, désormais confiés à un couple d’élus par frénésie paritaire, François Hollande avance la disparition prochaine des départements. Cela malgré le débat puéril de ceux qui exigent le numéro de leur département sur leur plaque d’immatriculation. Est-ce une diversion pour éviter de parler en détail des plans d’économie, des impôts ou du chômage ?

En fait, tout le monde est d’accord pour juger que, dans ce qu’il est désormais coutume d’appeler le “mille feuilles administratif”, il y a au moins une structure à supprimer. Car depuis quelques années se sont rajoutées des entités surnuméraires mais pouvant lever l’impôt comme les communautés de communes ou d’agglomération, s’ajoutant aux syndicats intercommunaux, aux pays ou autres structures. Le réseau territorial est devenu un maquis opaque. Doublons, investissements non prioritaires, financements croisés qui ajoutent à la confusion, enchevêtrement des compétences, etc., tout cela aux dépens du contribuable.

Avec l’instauration du Conseiller Territorial, Nicolas Sarkozy avait proposé une réforme qui évitait qu’un même problème soit traité par deux ou trois élus différents, en évitant doublons et triplons et en créant une économie d’échelle. Une fois rendu à l’évidence et toute honte bue, François Hollande est amené une fois encore à reprendre à quelque chose près le projet de ses prédécesseurs et les bonnes idées qu’avait le mouton noir honni du PS. Cette réforme territoriale avait subi le même sort que tout ce qui était amorcé avant 2012, comme la défiscalisation des heures supplémentaires. Bravo, Monsieur Je sais tout ! Deux ans de perdus par incompétence et idéologie. Une fois de plus, Normal Ier qui veut supprimer le Conseil général va refaire ce que Sarkozy avait élaboré et qu’il s’était empressé de détruire. Et encore… ira-t-il jusqu’au bout, connaissant son indécision congénitale et sa peur pathologique du conflit ?

Quant à l’opportunité de la chose, si je puis donner un avis personnel, c’est de donner la priorité au Conseil régional. J’ai été élu 19 ans au Conseil Général (et dans deux cantons différents, un canton rural et puis le canton le plus urbain du département) et 18 ans au Conseil Régional. La conclusion qui s’impose à moi, au fruit de l’expérience, c’est que la véritable entité administrative à conserver dans le processus de décentralisation est le Conseil Régional. Lorsque je me rendais, au titre de cette dernière fonction, à Glasgow, Munich ou Barcelone, je constatais que mes interlocuteurs, le Strathclyde, la Bavière et la Catalogne étaient dans des structures administratives plus importantes même que Midi-Pyrénées. Alors, le Tarn, pensez !

Dans les réformes, le pire obstacle à franchir est de faire admettre le changement d’une habitude. Si la réforme est réalisée, et surtout vite, une fois l’obstacle franchi, en quelques jours ou quelques semaines la nouvelle organisation est facilement acquise. Mais les Français sont tellement conservateurs, fût-ce à leur détriment ! Et puis, il y a sans doute des réticences. Les élus défendent leur “pré carré”. Si l’on supprime le département, l’on peut supprimer à leurs yeux un employeur essentiel qui peut fournir des “ postes ” aux membres de leur famille, aux amis et à leurs permanents politiques…

L’homme au scooter a devant lui une route bien sinueuse. Il doit forger des compromis en naviguant entre les aspirations et les intérêts contradictoires qui traversent le pays. Il doit, enfin, ruser pour déjouer les manœuvres de ses adversaires et, pis encore, de ses amis. Notre “Président normal”, spécialiste de la procrastination sait bien, depuis le Cardinal de Retz, qu’“on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens”…

Pierre Nespoulous