Dès samedi soir, la veuve sera joyeuse

L’affiche du spectacle, dessinée par le décorateur Laurent Martinel.

Le printemps bien installé voit revenir les Compagnons du Théâtre, la troupe quasi résidentielle du théâtre municipal de Castres qui fait vibrer les amateurs de lyrique depuis 1953. Dès samedi soir, ils présentent La veuve joyeuse, opérette viennoise de Franz Lehár.

Ce n’est pas en critique lyrique que j’écris cet article, puisque chacun sait la relation congénitale qui me lie aux Compagnons du théâtre, mais c’est en amateur de la discipline. Comme j’ai eu l’occasion de le dire un jour, avec mon frère et mes cousins nous avons dû assumer très tôt le fait que notre famille mène une double vie : entrepreneurs ou professeurs le jour, artistes la nuit, nos parents et leurs amis ont très vite cru aux bienfaits de la musique et du chant pour donner du bonheur aux autres et parfois changer de vie. Cette remarque permet de rappeler que depuis 1953, la mission des Compagnons du Théâtre est de former des artistes amateurs et professionnels aux disciplines de l’art lyrique.

 

Une étape généreuse pour les jeunes artistes lyriques

Depuis les années 80, date de la professionnalisation de la troupe, nous avons vu grandir des talents qui font la joie des grandes scènes lyriques comme des ondes de France Musique. En février dernier, Les Compagnons ont eu la surpise de voir la soprano Anaïs Constans nominée aux Victoires de la Musique dans la catégorie «Révélations artiste lyrique». Elle avait campé une délicieuse Metella dans La vie parisienne, en 2009. Michel Vayssière, le baryton Martin de Brassac, est l’artiste le plus emblématique de cette mission, avec un parcours démarré au théâtre de Castres en 1986, poursuivi à l’école d’Art Lyrique de l’Opéra de Paris, puis sur les grandes scènes, comme celle de l’Opéra comique. Il interprètera le rôle titre de Danilo dans la production présentée cette année. Par l’intermédiaire des Compagnons du Théâtre, Castres est devenu une étape généreuse pour les jeunes artistes lyriques. C’est la raison pour laquelle la troupe reçoit le soutien de la Ville, du Conseil général du Tarn et de l’ADDA, tout en étant conventionnés par le conservatoire départemental. Et cette troupe rajeunit depuis qu’une matinée scolaire a été instituée le mardi après-midi : de jeunes vocations ont rejoint le chœur des Compagnons. Magie de l’éducation populaire.

 

Le mariage du boulevard et de la valse viennoise

Venons en à l’œuvre. Dès le premier acte, nous serons conviés à l’Ambassade parisienne de la principauté de Marsovie où le baron Popoff et sa femme Nadia donneront une réception en l’honneur de Missia Palmieri, riche veuve marsovienne. L’intrigue est simple : on cherche à remarier Missia Palmieri à un de ses compatriotes afin que la fortune de son défunt mari ne quitte pas le pays. Reflet des fastes de la Vienne impériale, La veuve joyeuse est une caricature du Monténégro de l’époque, au bord de la faillite, qui avait besoin de renflouer son trésor. « Vue de dot, elle n’est pas mal », dit une réplique certainement reprise du fameux mot qui moquait Anna Gould, millionnaire américaine grassouillette et vilaine qui fit un mariage de raison avec le comte de Castellane, en 1895. Mais Missia Palmieri est riche et belle. Le livret de Flers et Caillavet, adaptation de celui de Léon et Stein, eux-mêmes inspirés par la comédie de Meilhac L’Attaché d’ambassade (1861), se moque des mœurs aristocratiques et bourgeois de l’époque. Jack Gervais, metteur en scène, le commente ainsi : « Sublimé par la musique de Franz Lehár, le livret nous montre à quel point l’argent, le pouvoir et la femme restent, de tout temps, les atouts principaux de la réussite ». C’est le mariage du boulevard et du lyrique.

La France de la Belle époque s’enthousiasma pour cette œuvre crée à Vienne en 1905, qui fut jouée pour la première fois en français à l’Apollo de Paris le 28 avril 1909 en présence du compositeur. La troupe et le public de Castres pourront ainsi célébrer la date anniversaire de la création en France lors de la représentation de mardi soir. Le public sera conquis par la richesse mélodique de la partition qui offre une quantité d’airs connus, que l’on fredonne avec plaisir, tels l’air de Vilya, le duo «Viens dans mon joli pavillon», celui de l’«Heure exquise» et le pétillant septuor «Ah les femmes, femmes, femmes». Et comme dans toutes les opérettes viennoises, la valse sera présente du début à la fin. Notons la présence charmante du ballet de Sabine Rigal dans un décor signé Laurent Martinel.

 

Une distribution prometteuse 

Côté distribution, outre Michel Vayssière qui campera un élégant Danilo, nous découvrirons la charmante Jennifer Michel, soprano prometteuse qui a gagné de nombreux prix dans les concours internationaux, programmée pour la première fois par la troupe. Dans le rôle de Camille de Coutençon, nous rencontrerons Olivier Montmory, issu du Conservatoire national de musique de Paris. Grégory Juppin, habitué des comédies musicales parisiennes, jouera le rôle de Figg. Alfred Bironien, fait un retour chez les Compagnons. Il avait tenu le rôle d’Oreste dans La Belle Hélène. Ayant acquis une belle maturité et un premier prix au concours d’Opérettes de la ville de Marseille en 2013, il sera d’Estillac. Dernière trouvaille parmi les jeunes, issue de la classe de Nicole Fournié (l’épouse de Michel Vayssière) à Montauban, nous accueillerons la soprano Charlotte Bonnet, dans le rôle de Nadia. Enfin, on pourra compter sur Dominique Desmond (Baron Popoff) et Vincent Alary (Lerida) pour égayer la production. Ils étaient irrésistiblement comiques dans les deux derniers Lopez.

Jack Gervais, comme toujours, signe une mise en scène efficace. La baguette est confiée à Jean-Christophe Gauthier, directeur artistique du Conservatoire. Il est assisté par le chef de chœur Didier Oueillé et par le chef de chant Éric Laur qui ont fait prendre une ampleur vocale puissante au chœur des Compagnons. Ce dernier la restitue avec brio pour le plaisir d’un public qui sait, dès qu’il franchit les portes du théâtre, qu’il va passer deux heures trente d’émerveillement.

Voilà. Tout est dit avec la subjectivité affective attendue, mais avec la garantie que dès samedi soir, la veuve sera joyeuse.

Richard Amalvy

Représentations : samedi 25 avril à 21h00, dimanche 26 avril à 15h30, mardi 28 avril à 21h00. Réservations au théâtre municipal de Castres par téléphone (05 63 71 56 60) ou sur place.

Répétition Compagnons

La troupe lors d’une répétition cette semaine au théâtre.