Deux mages à Moscou

Au Seigneur, Dieu tout puissant, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans salut et respect de ses fidèles serviteurs Angela la Germaine et François le Français.

Tu nous a demandé Seigneur d’aller à Moscou visiter Vladimir le Tsar héréditaire puisqu’il se succède toujours à lui-même, et nous l’avons fait !

Il faut dire que ce qui s’est passé entre le Tsar Nicolas en 1917 et l’arrivée de Vladimir à la fin du dernier siècle, vous apparaîtra, Seigneur, à vous qui êtes si haut et si loin, comme une aspérité de l’histoire puisqu’il ne reste rien de ces 85 ans qui ne soit ruine ou désolation.

Il faut dire qu’en Russie, le communisme qui se voulait universel depuis 1917, resta fédérateur non seulement pour les Républiques de l’Union soviétique mais dès 1945 pour l’Europe Centrale et Orientale et pour les autres peuples où les partis communistes bien que minoritaires servaient de relais aux intérêts qui n’étaient pas ceux de quelque prolétariat mais de l’Union soviétique comme puissance, ce qui un jour de colère fit dire à Guy Mollet : “Les communistes ne sont pas à gauche mais à l’Est”.

Cette puissance fédératrice des Partis communistes qui reliait dans le monde des peuples divers et qui en imprégnait beaucoup d’autres, Vladimir Poutine ne l’a plus.

Car, comme les fidèles de certaines religions, s’il a été pratiquant dans l’Union soviétique de sa jeunesse, rien ne dit qu’il ait été croyant. Il a trouvé une autre manière d’être Russe, voilà ce qui est certain !

Or, le vide créé en Russie par la fin d’une Union soviétique, tombée comme un fruit mûr, n’était pas seulement intérieur mais laissait les successeurs sans les moyens extérieurs de la pratique d’une politique internationale cohérente.

Le Communisme fédérateur disparu, quoi de plus inévitable que certaines républiques s‘éloignent avec leurs frontières fictives ou incertaines telles que les avait tracées le pouvoir soviétique, tout assuré qu’il était qu’elles n’auraient jamais d’ambitions nationales.

Sans moyens fédéraux, Monsieur Poutine recherchant s’il restait quelque chose de ceux d’autrefois ne pouvait se retrouver qu’avant 1917.

Il apparaissait que la Russie n’était plus ce qu’elle avait été après Nicolas II mais qu’elle redevenait un peu de ce qu’elle était avant lui.

Il en est ainsi du pouvoir de Monsieur Poutine qui, devenu Président avant d’être Premier ministre et redevenu Président avant peut-être de recommencer, a quelque chose de dynastique en un seul homme.

Cette nouveauté institutionnelle que le droit public enregistre pour la première fois dans le monde est jusqu’à ce jour majoritairement appréciée par le peuple russe.

votre demande Seigneur, c’est donc ce souverain héréditaire qui se succède rituellement à lui-même que la France et l’Allemagne sont venues rencontrer ensemble pour la première fois.

Là aussi, c’est une nouveauté car l’habitude s’était prise que ce soit l’un après l’autre, ou deux contre l’autre.

Déjà sous Louis XV, pendant la Guerre de Sept ans, la France s’était trouvée alliée de la Russie contre la Prusse dans des conditions qui ressemblaient à celles de 1914 et qu’en dernière heure Staline refusa de suivre en juillet 1939 pour préférer l’Allemagne à la France.

Aujourd’hui, et parce qu’il n’en existe pas d’autre, la diplomatie européenne ne peut être que Franco-Allemande et ne doit se laisser ni surprendre ni dépasser par les événements.

Seigneur, il faut d’abord éviter que les Américains que l’on va chercher à trop de propos, s’en mêlent en ressuscitant la Guerre froide, ce qui ne manquera pas d’arriver s’ils arment l’Ukraine ; ce ne sera peut-être pas la guerre mais ce sera pendant dix ans ce qui y ressemble le plus.

La deuxième erreur serait de mettre l’Ukraine dans une Europe où il y a déjà trop de monde et, cerise sur le gâteau, mettre l’Ukraine dans l’OTAN montrant à l’évidence que l’OTAN est un pacte militaire dirigé contre la seule Russie.

Sans doute, l’Ukraine est en Europe puisqu’elle n’est pas en Asie, mais dans l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, celle des géographes, celle du Général de Gaulle, celle-là même qui n’était pas toute ou toujours dans l’OTAN.

Pour aller vers un règlement, il faut prendre le problème par le petit bout et se dire que loin d’être international, il est régional. Si Monsieur Khrouchtchev avait placé tant de Russes dans l’Ukraine qu’il dessinait, c’est que çà n’avait pas d’importance, pas plus d’ailleurs que sous le Tsar. Aujourd’hui, il faut que chacun puisse vivre quelque part avec la quiétude qui s’impose ; c’est dans le détail par le menu et entre partenaires que la recherche de solutions doit se faire, sans aller chercher l’Amérique, l’OTAN et même une Europe déjà malade de trop d’Etats qu’elle ne digère plus. Deux puissances européennes doivent suffire, elles en ont fait l’une et l’autre suffisamment dans l’histoire pour ne pas peser encore lourd lorsqu’elles parlent ensemble.

Seigneur, il y a à Paris un ambassadeur de M. Poutine qui est Russe et qui parle aussi bien le français que les russes d’autrefois. Il s’agit de M. Alexandre Constantinovitch Orlov.

En 1853 lors de la guerre de Crimée, il y avait à Paris auprès de Napoléon III l’ambassadeur de Nicolas 1er que l’on nommait tout simplement le Comte Orlov.

En 1784, lorsque finit la construction de la base de Sébastopol, il y avait eu successivement deux conseillers que nous dirons spéciaux auprès de la Tsarine, les frères Orlov.

On se tromperait donc lourdement si l’on croyait que Vladimir Poutine est l’héritier de cette Union soviétique qui fut celle de sa jeunesse ; il serait plutôt le successeur de Nicolas 1er et tout est redevenu semblable puisque l’église orthodoxe renaissante garantit à tous que l’épée nationale qu’il porte à son coté est à nouveau celle de la Sainte Russie.

Plus tard, un jour viendra Seigneur, où l’histoire qui explique tout fera de 1917 une sorte de révolution de Palais de plus dans le parcours impérial de la Russie et où les 80 ans qui ont suivi deviendront eux-mêmes l’histoire de deux générations disparues qui firent un moment trembler le monde.

Voilà Seigneur le compte-rendu de notre mission. Le Tsar Vladimir a été très prévenant à notre égard ; selon son habitude, il nous a assuré qu’il ne voulait point de guerre. En outre, nous avons observé qu’il était devenu fort dévot, il paraît le premier dans les cérémonies à nouveau étincelantes de l’église orthodoxe, il s’entoure des conseils du Patriarche et on lui prête l’intention de faire de Moscou une seconde Rome. Mais ceci Seigneur, te concerne plus qu’à nous.

A toi Seigneur, tes fidèles serviteurs qui implorent pour leur salut, ta grâce et ta bénédiction.

Angela & François