Du pessimisme au progressisme

On a l’impression que cela ne peut pas durer, qu’on ne peut pas vivre longtemps entre le vent et le vide. Le vent des faux problèmes dont on nous rebat les oreilles, grâce à la force des médias, le peuple dit souverain ne pesant plus par son vote, mais par son opinion, et le vide des consciences. Elles ont été désertées par le courage. Si les anciens n’en avaient pas eu plus que nous, nous serions sous la bannière à la croix gammée. Comment ne serions-nous pas poussés au pessimisme, lorsque l’on sait que les systèmes d’information ne nous signalent pas les trains qui arrivent à l’heure, mais plutôt toutes les catastrophes, grandes et petites. Un sentiment de fatalité règne, comme si le peuple était sûr que rien ne va plus changer et que ce qui vient est soit autant soit pire. Avec aussi le sentiment que c’est usant de résister dans les conditions actuelles, d’être entouré de si peu d’idées, de si peu de possibilités d’être digne, d’être stimulé par le travail, par la vie.

La politesse, l’honnêteté, la gentillesse, la courtoisie, le respect, le courage, le travail ne sont plus des valeurs que certains parents estiment devoir enseigner à leurs enfants. Malheureusement ! Il est vrai que, de nos jours, un « killer » réussit bien mieux dans la vie qu’un enfant « bien élevé » ! A l’image de ces élus dont les choix de carrière correspondent plus à des opportunités qu’à des convictions et dont la gamelle constitue le seul horizon. Et l’homme dénué de convictions n’a pas de consistance propre. Simple buvard des poncifs et des mots d’ordre qu’il entend dans les médias, son destin est de devenir un perroquet. Il aura donc une identité de rechange et la rhétorique qui va avec.

Aux origines de la réflexion politique, il y a un grand livre d’Aristote qui distingue la parole tout court et la parole qui a vocation à devenir des actes. Le propre de la parole politique serait-il d’être une « parole verbale » ? Quand on entend quelqu’un qui parle pour dire qu’il faut des actes concrets, comme cela se vérifie chaque jour, c’est presque un aveu : il est en train de dire, justement, ce qu’il n’est pas en train de faire !

Le comble de la censure n’est pas de se faire imposer le silence. C’est de se faire imposer ce que l’on doit dire. Et c’est à cette insupportable dictature que l’on est confronté lorsqu’on voudrait répondre à des élucubrations idéologiques par des vérités démontrées, relevant des sciences, de l’Histoire, de la biologie, mais que des histrions bavards, se substituant aux scientifiques, ont frappé d’interdit. Il est temps de ne plus supporter la dictature de certains écologistes, des hystéro-féministes, les décapiteurs, les peines de prison raccourcies, la fraude sociale, les fausses pistes cyclables, France-Inter, le quinoa, Lilian Thuram… Bon, là, j’arrête, en soulignant l’intolérable imposture sémantique que constitue le terme de « progressiste » dont s’affublent ceux qui depuis plus d’un demi-siècle ont fait régresser le pays jusqu’à l’extrême. Voir le sens antinomique pris désormais par le mot « progrès » ! Les adeptes d’un néo-progressisme devenu fou sont violemment intolérants à toute forme d’opinion ou d’expression qui leur serait contraire. Ce qui se révèle un peu plus chaque jour est leur revendication parfaitement décomplexée de la censure comme outil et moyen d’action.

Ces gens qui se disent progressistes ne sont que des apprentis sorciers qui ne seront plus là lorsque leur invention nous « explosera » à la figure. Ils avalent goulûment des études statistiques de psychologie évolutionniste comme d’autres se goinfrent de Nutella. L’erreur est de se laisser imposer le langage de l’adversaire en dénommant « progressistes » des gens qui font régresser notre société dans tous les domaines, avec l’aval inconscient d’une majorité introuvable de parlementaires « playmobil. C’est Platon qui l’a écrit : « La perversion de la cité commence par la fraude des mots »…

Pierre Nespoulous